Attendre un oui, c’est si simple

Tout d’abord, mettons quelque chose au clair.

Je n’ai pas la prétention de prendre la parole au nom des femmes, ni même d’être un porte-parole pour mettre un frein à la culture du viol (#StopCultureDuViol) ou expliquer aux gens ce qu’il faut faire face à ces situations épineuses et répréhensibles. Des femmes plus talentueuses et plus pertinentes que moi le font déjà avec brio, ici même sur URBANIA et ailleurs, et je vous invite à les lire, à partager leurs propos et, surtout, propager leurs idées.

Parce qu’en plus d’être bonnes, ces idées devraient tellement être acquises que c’est frustrant de voir à quel point elles ne le sont pas. C’est sur ce point, d’ailleurs, que je crois être en mesure de m’adresser aux hommes qui me lisent pour leur dire une chose : attendre un oui, c’est si simple, si évident, que l’idée contraire ne devrait jamais te traverser l’esprit.

JAMAIS – Pas « une fois au chalet », pas un « oui, mais, je pensais que… », pas un « elle m’a déjà dit oui avant », juste jamais.

Je peux comprendre que c’est difficile d’attendre un oui quand, depuis notre plus jeune âge, on nous martèle d’images qui n’encouragent pas forcément les femmes à émettre leurs opinions de façons franches et définitives. Moi le premier, j’ai grandi en visionnant des films très machos, de la lutte professionnelle particulièrement répréhensible dans son utilisation de la femme-objet  et de la musique qui trouvait que c’était une bonne idée de refrain « smack my bitch up ».

J’ai été exposé à toute cette culture, ces images, cette vision de la femme assujettie aux désirs de l’homme et présente que pour mettre en valeur la gent masculine. Pourtant, j’ai appris à attendre un oui et vous savez quoi – ça ne m’a même pas fait mal.

Mieux encore, ça ne m’a absolument rien enlevé. Au contraire.

J’ai encore un pénis, une sexualité, un emploi, une fille en santé, des amis, des loisirs, de l’argent, du plaisir. J’ai encore tout ça et, incroyable mais vrai, je suis capable de m’assurer qu’une femme veut réellement avoir mes mains sur elle avant d’explorer son corps et exprimer mes envies.

C’est quand même fou comme concept, n’est-ce pas? Quand je vois des hommes fâchés, frustrés, qui occupent une très grande place publique pour nous dire à quel point ce « féminisme sauvage » enlève des privilèges à l’homme, j’ai envie de jouer aux fléchettes avec leur visage. Pas une photo, ne-non, leur visage en chair et en os, préférablement en direct sur les ondes pendant qu’ils disent des âneries..

J’ai beau chercher, je ne trouve pas qui perd dans le respect du consentement de l’autre. Pas juste de la femme, ne-non, de l’autre. Attendre un oui avant d’agir, avant d’assumer, avant de toucher, avant d’aborder avec insistance. Juste attendre un oui et vivre sa vie sans blesser personne.

Qui perd quoi là-dedans?

Si ton truc c’est d’étrangler une femme durant l’acte, trouves-en une qui va te dire oui avant de le faire. Tu vas voir, ça existe. La sexualité épanouie, curieuse et audacieuse n’est pas une exclusivité masculine.

Même chose si ton truc c’est l’échange de photos nues sur le web. Trouve une fille qui a dit oui à la question « veux-tu voir mon pénis? » avant de lui imposer ta verge dans son iPhone. Tu aimes l’humiliation? Le pas propre? Crier? Pleurer? Saigner? Sais-tu quoi, il y aura une femme pour te dire oui à tout ça, faut juste lui demander et avec le sourire c’est encore plus charmant. Pas plus compliqué que ça.

On se casse le cul à enseigner le « s’il-vous-plait » et le « merci » à nos enfants, mais on offre encore un micro à des gens qui se bombent le torse quand la simple notion de consentement devient un obstacle à leur vie quotidienne.

Sérieux, get the fuck out!

Comme je disais, des femmes plus talentueuses et plus pertinentes que moi vous expliqueront les blessures, les traces et les conséquences de la violence sexuelle. Par contre, je crois qu’on peut tous prendre la parole pour faire une revendication simple: utilisons notre gros bon sens et arrêtons de laisser des cicatrices à nos amies, nos filles, nos sœurs et nos mères.

Sans oui, c’est non.

C’est pas juste un slogan cute pour un chandail ou un macaron. C’est le gros bon sens, qu’on parle de consentement, de relations intimes ou de poutine.

« Voulez-vous coucher avec moi? », « Veux-tu venir prendre un verre avec moi? », « Veux-tu un extra saucisses dans ta poutine? »

Si tu ne réponds pas oui à ces questions, ben la réponse c’est non. Pas « peut-être », « je croyais que tu voulais » ou « ben, tu m’as dit oui la semaine passée alors j’ai assumé que ».

Si ce n’est pas oui, c’est non – fak, attend un oui pis c’est tout.

C’est-tu assez simple comme marche à suivre? J’ose croire que oui.

Arrêter la culture du viol et le traitement inéquitable des femmes comporte énormément plus d’enjeux complexes et ça repose sur des décennies de banalisation de la chose et j’ai l’humilité de dire que je n’en maîtrise pas le quart du tiers. Mais, attendre un oui, ça, c’est dans le spectre des possibles accessibles à tous.

C’est simple, il n’y a pas d’exceptions comme avec l’accord du participe passé en français et ça s’applique partout, tout le temps.

Pourquoi ça accroche encore alors? Qui est contre attendre un oui? Surtout, pourquoi on apporte encore de l’importance à leurs idées si la simplicité et le gros bon sens d’un « sans oui, c’est non » ne fait pas sonner une cloche dans leur tête?

Soyons respectueux – ça reste la solution la plus simple. C’est toujours plus court se taire que d’insulter ou slutshamer quelqu’un, toujours plus court garder son sexe dans ses culottes au lieu de l’imposer à une femme qui se débat et toujours plus court de border une fille trop saoule et s’assurer qu’elle ne soit pas malade plutôt que de poursuivre (ou pire amorcer) la relation sexuelle.

C’est con de même, être une bonne personne c’est plus simple, plus court, plus logique, plus toute. Qu’est-ce qui t’empêche d’en être une alors?

Explique-moi ça, je suis curieux – et je vais te juger, parce que tu fais parti du problème si tu t’opposes à « sans oui, c’est non ».

Pour lire un autre article de Stéphane Morneau: « Papa, c’est quoi le féminisme? »

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