J’ai l’impression d’avoir écrit ce texte cent fois. Mais fuck it, je vais l’écrire encore.

Je suis tannée de voir mes consoeurs se faire attaquer. Je suis tannée de la honte qu’on tente de nous imposer. Je suis tannée de voir des gens profiter de leur tribune pour ralentir la révolution qu’on tente d’engendrer.

Je suis tannée de cette culture où on peut comparer le viol au vol d’une voiture dont on n’aurait pas barré la porte, et ce, sans craindre de perdre notre micro.

Je suis fatiguée.

Je suis fatiguée, mais je n’arrive même plus à soupirer. Il n’y a plus rien qui me surprend. Les coups sont incessants, on finit par s’y habituer.

Pourtant, entre une énième violence de Trump, une déclaration complètement conne d’Éric Duhaime, une accusation d’agression sexuelle remise en question par un député libéral et un fan de Marc Lépine, il y a de quoi en avoir plein le cul.

Alors, on sort de notre absurde neutralité et on prend la parole. Encore. On se dit qu’il le faut, que ça va en réveiller quelques-uns. Quitte à se faire mal.

Combien de fois va-t-on devoir se remémorer nos agressions, les revivre et les dénoncer au nom de l’éveil collectif ? Combien de fois va-t-on encore devoir se dire qu’on crève l’abcès ?

Il y a deux ans, on se fâchait. On levait le voile sur nos histoires – parce qu’on en a toutes, des osties d’histoires d’agression. On se faisait mal en dévoilant le pire parce qu’on croyait que l’effet serait durable. On subissait le backlash, l’immense solitude, en croyant que ça vaudrait la peine.

Et regardez où on en est.

J’ai l’impression d’avoir écrit ce texte cent fois. Mais fuck it, je vais l’écrire encore.

Fâchons-nous.

***

J’aimerais profiter de cet article pour partager les sages mots de Camille Robert.

« Si vous êtes un homme cisgenre qui n’a pas vécu d’agression sexuelle, comment vous positionner lorsqu’il y a une vague de dénonciations?

Vous êtes sans doute habitué à avoir une opinion sur tout, à dire ou à écrire peu importe le sujet, et même à être invité à en discuter dans les médias. On vous écoute davantage, vos voix sont plus fortes, plus crédibles, portent plus. Mais cette fois-ci, faites l’exercice de prendre un peu de recul.

Au lieu de parler et d’écrire, écoutez, pour une fois. Entendez ce que les survivantes ont à dire. Questionnez-vous sur vos propres comportements, passés ou actuels. Avec vos amies, vos blondes, vos ex. Discutez-en avec vos chums de gars. Écoutez vos amoureuses, vos amies, vos sœurs, vos collègues, épaulez-les. Faites le même travail de care qu’elles font pour vous pratiquement à tous les jours. Les vagues de dénonciations et les backlash sont particulièrement éprouvants pour les survivantes, qui se remémorent des événements traumatiques et qui revoient les répercussions négatives : ne pas être prise au sérieux, ne pas être crue, être diminuée, être shamée. Croyez-les. Soyez là. Prenez le relais du travail ménager pour qu’elles soufflent un peu plus, enlevez-leur un peu du poids qu’elles portent depuis des années.

Ça donne moins de likes, moins de visibilité, mais ça fait toute la différence. »