3 choses que vous ne saviez pas sur l’histoire politique de Montréal

Au-delà de Denis Coderre et de Jean Drapeau

Valérie Plante est devenue au début du mois la première mairesse de Montréal. Dans son discours de victoire, elle a déclaré : « 375 ans après Jeanne-Mance, Montréal a enfin sa première mairesse ».

Évidemment, c’était un beau clin d’œil à celle qui est considérée comme l’une des fondatrices de Montréal (ou Ville-Marie?), mais on s’est quand même demandés pendant une fraction de seconde si elle avait été mairesse. Ça nous a fait réaliser qu’à part les récents Coderre et Tremblay, puis le fameux Jean Drapeau et l’Expo, on ne connaissait pas grand-chose sur les maires de Montréal, ni sur son histoire politique, d’ailleurs.

Pour remédier à la situation, voici 3 choses que vous ne saviez pas sur l’histoire politique de Montréal…

  1. Le premier maire avait 15 métiers

Le premier maire de Montréal s’appelait Jacques Viger, et il était entre autres archéologue, journaliste, historien et écrivain. Mais surtout, c’était l’un des fonctionnaires les plus importants de Montréal : il portait le glorieux titre d’« inspecteur des chemins », et avait fait le recensement des habitants de l’île en 1825. Il l’aimait, sa ville!

En passant, non, le premier maire ne remonte pas à l’époque de la Nouvelle-France : c’est seulement au début des années 1830, bien après la conquête anglaise, que Montréal se fait incorporer et peut élire ses dirigeants (en même temps que Québec et Toronto, d’ailleurs).

À partir de ce moment, les hommes âgés de 21 ans et plus, propriétaires de biens immobiliers et résidant dans la ville depuis 12 mois, peuvent élire leurs représentants. Après, les élus choisissent le maire parmi eux (ce n’est qu’à partir de 1852 qu’il est élu par le peuple).

Jacques Viger n’a pas eu une carrière très flamboyante. Il faut dire qu’il n’en a pas vraiment eut le temps : tout de suite après son premier mandat, en 1836, on est à la veille des rébellions des Patriotes. Le gouvernement bas-canadien freak un peu, et ne renouvelle pas la loi qui permet à Montréal d’élire ses représentants elle-même, le temps que les choses se calment.

Cependant, c’est Viger qui a mis en place la devise de la ville, Concordia Salus (Le salut par la concorde), ainsi que les armoiries de celle-ci, représentant les quatre groupes ethniques fondateurs de la ville (en ignorant les autochtones, ce qu’on a corrigé cette année en ajoutant un pin blanc au milieu de celles-ci).

On y retrouve donc une rose pour les Anglais, un chardon pour les Écossais, du trèfle pour les Irlandais et un castor pour les Canadiens-Français.

(À noter que le castor a été remplacé quelques années plus tard par une fleur de lys, pour rendre le tout plus conforme aux règles de l’héraldique.)

Viger a aussi cofondé la Société Saint-Jean-Baptiste et créé la Société historique de Montréal. Disons qu’il a mérité son square.

  1. Montréal a déjà été la capitale du Canada…

… et ce fut un échec!

La devise Concordia Salus a l’air bien rassembleuse, mais l’épisode politique survenu dans les années suivant son adoption nous a fait paraître assez hypocrites.

Comme on l’a dit plus tôt, l’effervescence politique des années 1830 ne respirait pas vraiment la bonne entente à Montréal. Le parti Patriote y avait son principal centre de gestion, Louis-Joseph Papineau habitait sur l’île et de nombreux journaux se menaient une guerre éditoriale.

Des Canadiens innocents ont été abattus dans les rues de la ville par des militaires en 1832 lors d’une élection partielle, des centaines de personnes ont été emprisonnées à Montréal et c’est aussi là qu’on a pendu des Patriotes. Même si le soulèvement armé en tant que tel s’est plutôt déroulé en milieu rural (Deux-Montagnes, vallée du Richelieu), ce n’était pas jojo à Montréal.

La « défaite des Patriotes » a donc représenté une victoire pour les Anglo-Montréalais les plus radicaux. À la fin des années 1830, « leurs ennemis sont défaits et le rêve nationaliste d’une république bas-canadienne est tué dans l’œuf. Ils semblent avoir le champ libre pour faire de Montréal une ville à leur image », résume l’historien Paul-André Linteau dans son livre Une histoire de Montréal.

Après cette tempête, la démocratie municipale revient en 1840, et en 1843, la ville est même nommée capitale du Canada. On installe le parlement dans le marché Sainte-Anne, et tout va bien. Mais cinq ans plus tard, une loi est adoptée pour indemniser les victimes des rébellions de 37-38, et des torys montréalais se sentent lésés : ils sont 1500 à se réunir devant le parlement, et incendient l’édifice, ce qui détruit la bibliothèque et les archives.

Le parlement sacre donc son camp et laisse Montréal travailler sur sa concorde et son développement économique, pour aller s’installer en alternance entre Québec et Toronto, avant de finir par se fixer à Ottawa.

  1. La première conseillère élue : Kathleen Fisher

Poursuivons maintenant avec un point plus positif : ça fait quand même depuis 1940 que des femmes sont élues au conseil municipal de Montréal (c’est d’ailleurs l’année lors de laquelle les Québécoises ont obtenu le droit de vote au provincial).

C’est Kathleen Fisher, une Montréalaise impliquée dans plusieurs associations locales, qui est la première à se faire élire. Elle siègera pendant 14 ans pour le district numéro 4, qui inclut Côte-des-Neiges et une grande partie du centre-ville.

En 1947, elle deviendra la première femme à présider une séance du conseil, alors que le maire est absent lors d’un (probablement passionnant) débat sur l’augmentation des pénalités pour infractions au règlement de la circulation.

Le lendemain matin, le Montréal-Matin fait état de la confusion que cette présidence a créée à l’hôtel de ville : « Ceci eut pour effet de plonger dans l’embarras quelques conseillers, qui ignoraient s’ils devaient s’adresser à M. le Maire ou à Madame la Mairesse. Finalement la question fut tranchée par le conseiller Goyette, qui affirma que l’occupant de la chaire présidentielle devait être considéré comme M. le Maire, quel que soit son sexe. »

Aujourd’hui, 77 ans plus tard, Valérie Plante a beau s’être présentée comme « l’homme de la situation » au début de sa campagne électorale, elle revendique fièrement son titre de première mairesse de la métropole. Un beau cadeau pour l’histoire démocratique de Montréal en ce 375e…

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