23 Mars 2011
La ville de la semaine : Fermont
À peu près tout le monde a déjà entendu le nom de Fermont, souvent parce que Colette Provencher dit le nom en faisant sa météo. Tout au plus, ils ont entendu parler de son mur et que c'est quelque part dans le nord, comme Chibougamau et la Baie-James. Ça sonne loin, ça sonne nordique, ça sonne «j’irai jamais là.» Peu de gens visitent la région pour le plaisir, malgré sa beauté et son potentiel récréotouristique – qui est sous-exploité, avouons-le.
Comme son nom l'indique, Fermont est intiment lié au fer. En fait, si on inclut les mines de Labrador City, il s'extrait en ce moment plus de 45 millions de tonnes de fer annuellement. Et ce chiffre grimpera encore au cours des prochains mois alors que deux minières procèdent à des agrandissements et que des rumeurs d'agrandissement circulent ardemment autour d'une autre. Selon le ministère des Ressources naturelles du Québec, «95 % de la production [canadienne] de fer est concentrée dans la région frontalière Québec-Labrador.» Pas mêlant, il y a de la poudre de fer partout en ville.
2- La plus haute ville du Québec
Il existe une expression que l'on assimile rapidement à Fermont: «en bas». C'est simple, «en bas», c'est presque tout le reste de la province. Il faut dire que la ville est à quelques degrés du 53e parallèle. Donc que tu ailles à Port-Cartier, à Québec, à Rimouski ou à Gatineau, tu vas «en bas». Ironiquement, cette expression est apparue bien avant que Radio-Canada ne stipule que Fermont est la ville la plus haute du Québec, perchée à 606 mètres d'altitude, et ce, suite à une chicane entre deux villes (St-Malo en Estrie et St-Zénon dans Lanaudière) qui se disputaient le titre – et qui ne sont finalement même pas dans le top3.
3- Le bar de danseuse
Le seul véritable bar de Fermont est le bar de danseuses, la Fer-Thèque (je n’ai toujours pas compris le nom). Il y a aussi un bar-restaurant – dit la brasserie, mais voilà, c'est un bar-restaurant. Zéro ambiance. Chez les danseuses, tu y croises donc tout le monde, autant des conseillers municipaux que des professeurs, des infirmières, des policiers, etc. La clientèle se divise en trois catégories: ceux qui sont là pour boire, ceux qui sont là pour jouer aux loteries vidéo et ceux qui sont là pour les danseuses. Celles-ci viennent d'en bas et ne sont là qu'une semaine, un nouveau lot débarque tous les mercredis. Ce qui crée, comme par hasard, un attroupement de garçons autour du bar, les mercredis (question de checker la nouvelle marchandise, probablement).
4- Plus qu'un mur
Oui, il y a bel et bien un mur à Fermont, mais il y a aussi une «banlieue», c’est-à-dire les maisons autour du mur, où vit la majorité de la population. Le mur, long d'un kilomètre et demi et en forme de «L», contient à la fois des appartements, le centre d'achat, le centre récréatif, la mairie et d’autres affaires, comme le bar de danseuses. Oui, en théorie, quelqu'un peut y passer quelques mois sans avoir à en sortir, pour autant que son logement et son boulot soient dans le mur, ce qui n'est pas le cas pour la plupart du monde. D’ailleurs, si vous voulez fâcher un Fermontois, demandez-lui si les gens se promènent en pyjama dans le mur. Cette légende urbaine n’est pas fondée. Les très rares personnes que j'ai vues se promener ainsi dans le mur sont des touristes (des danseuses en fait) séjournant à l'hôtel (qui est dans le mur, évidemment).
5- Où les humoristes rient tous de l'hôtel
C'est immanquable. Quand un humoriste débarque à Fermont - oui, il y a des spectacles là-bas, une trentaine par année, il commence son spectacle en riant de l'Hôtel Fermont. Construit il y a 35 ans et jamais rénové depuis (peut-être même jamais entretenu depuis), l'endroit fait un peu dur, en effet. Par exemple, L’un rit de l’odeur, l’autre des couleurs, de la décoration ou du service aux chambres inexistant. Et est-ce le public a un malaise? Non! Il rigole avec l’humoriste! Ça en dit long…
6- On magasine chez les Newfies
À une vingtaine de minutes de Fermont se trouvent les villes de Labrador City et de Wabush. Ces deux villes sont tellement collées qu'elles semblent en former qu'une seule de 12 000 habitants, soit le quadruple de Fermont. Il va donc dire que le Wal-Mart, le McDo, le Subway et le Tim sont au Labrador et non au Québec. Les Fermontois sont donc régulièrement dans les magasins de l'autre côté de la frontière. Inversement, les Labradoriens viennent veiller à Fermont, profitant du décalage d'une heure entre le Québec et le Labrador. Est-ce les Newfies sont colons comme dans nos blagues? Disons qu’ils sont lents, en effet, mais pas intellectuellement, le stress ne semble juste pas dans leur gêne. Mais ils sont ben gentils.
7- Ville de riches
Le plus haut salaire moyen du Québec est à Fermont, et de loin. Alors que la province affiche un salaire moyen de 44 000$ - oui, moi aussi je me trouve pauvre, la ville du fer présente une moyenne de 71 000$. Et encore, si on prend le salaire moyen chez les hommes seulement, on grimpe à 90 500$ (et n'est que de 41 000$ chez les femmes – injustice, je sais). Il faut comprendre que la moitié de la ville travaille pour l'une des deux minières – et vous aurez compris que c'est principalement les hommes.
8- La hantise des camionneurs
Ce n’est pas facile se rendre à Fermont. Il y a une route, la 389, à partir de Baie-Comeau, longue de 560 kilomètres. Sur cette route, vous croisez des arbres, Manic-5, des arbres, une halte routière et... ah oui, des lacs. Aucun village. C'est tout en courbe de Baie-Comeau à Manic-5 – comme si ça avait été fait pour donner mal au cœur. Ensuite, on tombe sur une route de terre. Oh, il y a une petite partie asphaltée un moment donné, mais c'est principalement en terre. Je l'ai déjà fait en 6h30 et certains Fermontois se vantent de temps plus rapide, mais la moyenne est de 7h à 8h… quand la route est belle.
Sincèrement, c'est la plus belle route de bois que j'ai faite de ma vie, et j'en ai fait. Sauf qu'elle sert plus qu'une route de bois, c'est une route nationale, c'est la Trans-Québec-Labrador. C'est ça, le hic. Une expérience à vivre au moins une fois – mais vous allez la faire deux fois, puisqu'il vous faudra revenir sur vos pas.
Certains diront qu'il y a l'avion. En effet, mais il faut avoir le porte-feuille pour le prendre, cet avion. Au moment d'écrire ces lignes, un simple aller Montréal-Wabush (c'est là qu'est l'aéroport) varie de 400$ à 1300$, selon le jour du départ. Il y a aussi un train qui part de Sept-Îles et qui s'arrête à 25 minutes à l'est de Wabush (et donc environ 45 minutes de Fermont)... mais faut encore se rendre à Sept-Îles, peu pratique pour les gens à l'extérieur de la Côte-Nord.
9- L'enfer des célibataires
Le cliché veut qu'il y ait 10 filles pour un gars au Saguenay-Lac-Saint-Jean, c'est le contraire à Fermont. En fait, on doit être près de l'égalité, sauf lorsqu'on scrute la catégorie «célibataires». La majorité des Fermontoises sont là parce qu'elles ont suivi leur conjoint. Mais plusieurs hommes célibataires sont là pour le boulot. En entrevue pour le magazine Jobboom, une célibataire avait confié se sentir comme un steak, parfois. Une phrase qu'elle a par la suite regrettée, mais que les rares filles célibataires ont approuvée.
10- Impossible d'y mourir
À Fermont, il n'y a aucun cimetière. Et très peu de personnes âgées. La plupart des gens partent à la retraite. Et la retraite peut être assez jeune. Elle s'acquiert après 30 ans de services à la minière. Il y en a qui tombe donc à la retraite à 50 ans! En ce moment, la ville fait face à ses premiers retraités voulant demeurer dans la région. Ils sont une minorité, sauf qu'à Fermont, pas d'emploi, pas de logement, puisqu'ils appartiennent à l'employeur. C'est la crise totale. Inversement, plusieurs parlent comme s’ils étaient en prison: «Y me reste 8 ans à faire.»
11- La vraie ville de la nature
Val-Bélair se disait la Ville de la nature: pff! À Fermont, le skidoo est stationné dans la cour et la trail passe l'autre bord de la rue, si ce n'est pas dans ta cour directement. Il y a même des stationnements publics pour les skidoos autour du mur. C'est aussi des milliers de lacs – bon, il y en a un qui est rouge, mais la mine dit que c'est normal... – des forêts d'épinettes à perte de vue, le paradis de la raquette, du vélo, de la randonnée pédestre, de la chasse, de la pêche, toutes des affaires que je n'ai pas faites durant mes 18 mois là-bas. Mais je garde surtout le souvenir d'une nature sauvage, encore très peu touchée par l'homme, des pleines lunes éclatantes, de la pureté de la neige, du grand air, du silence... et des *$&!# de mouches. Bref, le bonheur du chalet non-stop. Sérieusement, il y a un réel bien-être là-bas.
Fermont en images
Autre ville de la semaine: Sept-Îles, Sept-Îles en images
Plus sur Fermont: Voyage au centre de la Terre, Fermont
Plus sur Mickaël Bergeron: Le cowboy de Fermont





Il serait intéressant de savoir quels sont effectivement les trois villages (ou villes ?) situés à plus haute altitude que Fermont. Merci à celui qui répondra.
Salutations.
27 Mars 2013 | Henri Dorion
Bon reportage, j'ai vécu de 1975-80 à Fermont, mes enfants sont nés là bas et j'ai toujours gardé la saveur des grands espaces, des lacs, de la pêche...la route n'existait pas... mais vivre à Fermont était quelque chose d'exceptionnel.
13 Oct 2012 | lucie
Eric Coté est enseignant au niveau secondaire à Rimouski
29 Mai 2011 | Fermontour
Éric Coté y enseignait au secondaire .Un jour il nous a annoncé qu'il partait mais je ne sais pas pour ou.Ai adoré mes 12 ans a Fermont .Il y a autre chose que le bar Bye
26 Mars 2011 | CLAUDE YVES
Bonjour à tous...
j'ai eu le plaisir de passer deux séjours à Fermont... Le premier il y a près de 20ans au cours de mes études au Québec (je suis Français) et le second lors de vacances avec des amis qques années plus tard. Je garde des souvenirs très forts de l'atmosphère de cette ville très spéciale... et surtout le souvenir d'un accueil très chaleureux et sincère. J'ai perdu la trace d'un ami qui a vécu de nombreuses années à Fermont ainsi que sa famille... Certainement le connaissez vous, il s'agit d'Eric Côté, qui était enseignant au CEGEP de Fermont... Est-ce qu'une personne pourrait me donner de ces nouvelles... Ou lui dire que son ami d'Auvergne cherche à avoir de ces nouvelles... Merci à tous les "Fermontais"
26 Mars 2011 | Tony
Ça donne le goût de retourner vivre dans la ville qui ma vue grandir. Toute monde disait que vivre en ville c'est facille. Maintenant que je suis a Vancouver Qui offre un paysage a couper le souffle. Mais le fait de vivre dans une boîte de sardine et de voir ce magnific paysage sans pouvoir en profiter. Me donne vraiment envie de retourner dans troue comme ils disent les gens de la ville.
Merci ILlme reste juste a avoir le courrge de faire mes boites.
25 Mars 2011 | Steve Dionne
On s'en fou du nom du Bar , ça fait 22 ans que je suis ici et çafait 21 ans que je ne suis pas aller à ce Bar , c'est une légende urbaine qui est véhiculé par les journalistes ou les cinéaste de passage de dire que toute la population y fait son tour ... comme si on était obliger d'y aller sans ça on se bannir de la ville !
25 Mars 2011 | Denis
Wow !
Super belle présentation j' adore c est bien comme sa que je vois ma ville loll !!!! avec c est bon et mauvais coté !!!!
25 Mars 2011 | Manon
Ok... la plus part est vrai et assez agréable à lire, mais il me semble qu'il n'est pas nésséssaire de donner autant d'importance au bar de danceuses. En parler un peu...ok, mais de là a préciser le jour de l'arriver des danceuses c'est un peu exagéré. Il n'est pas nécéssaire non plus de donner les cathégories des gens qui le fréquente... on s'entent pour dire que c'est partout pareil. Pour le reste j'apprécie beaucoup et ça ma fait sourir du début à la fin!
24 Mars 2011 | un fermontois
salut mich¸aël
j'ai grandit a Fermont on est arriver en 1975 au debut et j'y suis rester pendant 20 ans .je peut te dire que j'ai passer les plus belle annees de ma vie a Fermont . on fesait de la motoneige a volonter ou de la peche ou de la chasse . j'y retournerait demain si j'en avait la chance . On a pas besoin de bar on va au chalet dans le bois les fin de semaines avec des amis pis l.été ont va a la peche .
24 Mars 2011 | ron
Bon, après vérification, c'est bel et bien écrit Ferthèque dans le bottin. Mais je suis certain que c'est écrit Fer-Tek à son entrée... et fouillez-moi pourquoi, j'avais toujours lu "Far-Tek".
Désolé!
24 Mars 2011 | Mickaël Bergeron | Sept-Îles
Petite erreur le nom du bar et Fer-Thèque !!
24 Mars 2011 | jess
Très intéressant. Pour moi qui n'y suis jamais allée, n'y ai même jamais songé, ça me donne le goût d'aller découvrir ce fameux mur. Une chose de plus à ma road-trip-to-do-list.
23 Mars 2011 | Marion Megglé | Montréal
Ayoye, je suis fatiguée je pense...
... je ne sais pas si le bar A CHANGÉ de nom....
23 Mars 2011 | Christine
Ah Mickaël! C'est le fun te lire!!! Merci pour ta présentation de ma chère ville natale... Et ton texte sur Sept-Îles était super chouette aussi.
Je voulais juste répondre à ton interrogation sur le super bar fermontois... Je ne sais pas si le bar à changer de nom, mais à l'origine, c'était la FER-THÈQUE. Je crois que je n'ai pas besoin d'en expliquer le sens...
à bientôt j'espère!
23 Mars 2011 | Christine
Cool Mickaël! J'aime bien!
23 Mars 2011 | ninithebishop
Continue de faire découvrir les villes/villages du québec. C'est très intéressant !
23 Mars 2011 | CtoF