Le « Signal gate » expliqué en 2 minutes
Dans la série « Est-ce un jour lambda de la présidence de Donald Trump ou bien le scénario d’un téléfilm sur Netflix? », accueillons la dernière révélation en date :
Le groupe privé sur l’application de messagerie cryptée Signal dans lequel était planifiée la frappe américaine au Yémen du 17 mars contre le groupe rebelle des Houthis.
Une situation incroyable et vraie, car révélée le 24 mars dans un article explosif du média The Atlantic dans lequel le journaliste et rédacteur en chef du média, Jeffrey Goldberg, annonce avoir été ajouté « par accident » dans ce groupe deux heures seulement avant le début des opérations.
Jeffrey Goldberg – que Donald Trump aime surnommer « sac à merde » et « gauchiste radical et lunatique » – nous décrit un groupe d’un nom sobre et sans mystère : « Houthi PC small group ».
Dedans, pas moins 18 hauts fonctionnaires du gouvernement américain y supervisaient les derniers détails de l’attaque puis, une fois tombée la première pluie de bombes, se réjouissaient que chaque goutte ait atteint sa cible.
Parmi les membres réjouis se trouvaient JD Vance, vice-président des États-Unis, John Ratcliffe, chef de la CIA, ou encore Pete Hegseth, ministre de la Défense.
« Personne n’a envoyé de plans de guerre par message texte, et c’est tout ce que j’ai à dire à ce sujet », soutient pourtant ce dernier dans les premières 48 heures d’un scandale qui, si confirmé, serait une faille militaire majeure.
Le lendemain, le bal du déni se poursuit sur X avec Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, qui nie l’existence de tout plan de guerre à informations confidentielles, diagnostiquant au passage Jeffrey Goldberg de « sensationnalisme » chronique.
Pour riposte, The Atlantic publie le jour suivant les captures d’écran des messages envoyés au sein de la conversation « Houthi PC small group », ce qui ajoute une épine considérable à l’argumentaire des personnes concernées.
Difficile de nier l’existence d’un plan de guerre face à Pete Hegseth détaillant par message l’heure des frappes, les armes prévues, les cibles et la météo sur place.
« La cible principale – leur meilleur expert en missiles – a été formellement identifiée alors qu’elle pénétrait dans l’immeuble de sa petite amie. Le bâtiment s’est effondré », écrit-il dans la conversation en temps réel.
Ces messages précis nous informent donc que l’opération a débuté à 12h15 pour se poursuivre dans l’après-midi à l’aide de drones, d’avions de combat F/A-18 et de missiles BGM-109 Tomahawk.
« C’EST À CE MOMENT-LÀ QUE LES PREMIÈRES BOMBES VONT TOMBER », lit-on également en majuscules dans un long message détaillant chronologiquement le déroulement – oserait-on dire « plan »? – de l’attaque.
Mais la vraie surprise vient un peu avant, lorsque la pertinence même de la mission ordonnée par Donald Trump est brièvement remise en cause par son bras droit, le vice-président JD Vance.
« Je pense que nous commettons une erreur », affirme-t-il, suggérant même de repousser d’un mois une opération dont le président ne serait pas « conscient » de l’« incohérence ».
« Il existe un risque réel que le public ne comprenne pas [cette frappe] ni pourquoi il est nécessaire […] d’envoyer un message [aux Houthis] », craint JD Vance.
Selon lui, si la zone contrôlée par les Houthis – donc la Mer rouge et le canal de Suez – affaiblit beaucoup plus l’économie européenne que celle américaine, les États-Unis ont bien meilleur compte à laisser le continent voisin gérer la situation.
Mais cette rébellion dure un message et demi, ne rencontrant aucun écho parmi ses collègues, et le vice-président finit donc par se ranger derrière « le consensus de l’équipe », non sans préciser, sa cape de superhéros sur le dos, qu’il déteste « devoir à nouveau venir à la rescousse de l’Europe ».
« Je partage pleinement votre aversion pour les parasites européens. C’est PATHÉTIQUE », renchérit Pete Hegseth, habité du même amour des majuscules que Donald Trump.
Ces derniers doutes écartés, l’attaque peut donc être lancée, chaque nouvelle avancée aussitôt accueillie par une salve de commentaires soulagés et élogieux.
« Un bon début », salue le chef de la CIA, tandis que le vice-président « prie pour une victoire » et que le ministre de la Défense répond en émoticônes ; un poing, un drapeau américain et une flamme.
En tout, 53 morts, nous apprend dans son premier article Jeffrey Goldberg, qui, en coulisses de ces bombardements, se pensait d’abord victime d’un canular.