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Chronique

Provoquer la fin du monde, une bonne idée?

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Provoquer la fin du monde, une bonne idée?

Est-ce que vous avez l’impression que tout va trop vite et que tout est chaos? Et si je vous disais que c’est le but? Que ce chaos est manufacturé et qu’il est le fruit d’un agenda politique qui donne froid dans le dos?

Il y a un concept très utile pour décrire notre réalité politique actuelle : l’accélérationnisme.

En ce début d’année 2026, entre les tensions au Venezuela, au Groenland et l’élection d’un président d’extrême droite au Chili, le sentiment de vertige est généralisé. Mais derrière ce désordre apparent se cache une théorie radicale qui prône l’effondrement du système pour mieux le reconstruire.

Une idée, deux trajectoires

L’accélérationnisme part d’un constat simple : notre monde et le système sur lequel il est construit est dégueulasse, corrompu et vraisemblablement irrécupérable. Plutôt que de perdre notre temps à le réparer par des réformes lentes, pourquoi ne pas le pousser vers son point de rupture ?

Historiquement, cette idée a séduit les penseurs de gauche, de Karl Marx aux théoriciens des années 70. Pour eux, le capitalisme est intrinsèquement insoutenable. La logique est alors de précipiter sa chute pour faire table rase de tout dans l’espoir de repartir à zéro sur de meilleures bases. L’objectif ? Une utopie plus juste, égalitaire et humaine.

Le concept a cependant été récupéré par une frange de l’extrême droite, menée par des figures influentes comme le philosophe britannique Nick Land. Ici, on ne cherche plus à libérer l’humain, mais à justifier un monde ultra-hiérarchisé, dominé par les plus forts, les plus riches ayant accès aux technologies les plus évoluées. C’est une version sur stéroïdes du monde actuel.

La stratégie du “Muzzle Velocity”

Aux États-Unis, cette philosophie infuse directement le mouvement MAGA et l’entourage de Donald Trump. Des figures comme le vice-président JD Vance, le techbro Peter Thiel ou le philosophe et blogueur Curtis Yarvin gravitent autour de cette idée que le chaos est un outil. L’ancien conseiller stratégique, Steve Bannon, a d’ailleurs marqué les esprits avec une formule choc résumant cette approche brutale : « Flood the zone », c’est-à-dire saturer lle discours public de façon à ce qu’on perde de vue les enjeux après avoir été noyés dans un flux ininterrompu d’informations.

L’objectif de cette accélération — qu’il s’agisse de crises économiques, de tensions sociales ou de désinformation massive — n’est pas de bâtir une société meilleure, mais de créer un climat de peur et de fatigue démocratique. Quand une société est épuisée, confuse, bombardée d’informations contradictoires, voire de mensonges, elle ne réclame pas plus de démocratie, elle réclame l’ordre plutôt que la justice.

La vitesse comme arme

Cette quête de l’ordre au détriment de la justice rappelle les avertissements de Martin Luther King Jr., qui déplorait déjà ceux qui sont « plus dévoués à l’ordre qu’à la justice » et qui préfèrent une « paix négative, qui n’est que l’absence de tension, à une paix positive, qui est la présence de justice ».

Aujourd’hui, l’accélérationnisme se nourrit de chaque crise — climatique, migratoire ou politique — pour normaliser la répression et les solutions autoritaires. La violence n’est plus un dommage collatéral, elle est voulue et provoquée. Pendant que les « tech bros » de la Silicon Valley se construisent des bunkers en Nouvelle-Zélande pour survivre à l’apocalypse qu’ils contribuent parfois à précipiter, le citoyen moyen, lui, se retrouve désorienté.

Si vous avez l’impression de ne plus pouvoir respirer ou de ne plus comprendre le fil des événements, ce n’est pas une défaillance de votre part. C’est simplement que, dans l’arène politique moderne, « la vitesse est devenue une arme ».

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