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Reportage

La furie du rugby

Entre les plaquages, les longs trajets en autobus et l’adrénaline des séries, les joueuses de l’Université de Montréal nous ouvrent les portes de leur vestiaire. Spoiler : ça fait mal, mais ça vaut chaque ecchymose.

Le réalisateur Jules Falardeau a suivi l’équipe lors de son parcours en séries éliminatoires, une incursion rare dans l’intimité d’un groupe où la solidarité se forge dans la douleur.

L’art d’aimer le contact

Le rugby n’est pas pour tout le monde. C’est le constat clair que dresse Pauline Moussa, l’entraîneuse-chef. Contrairement au flag-football ou au soccer, ici, l’évitement n’est pas toujours une option. « C’est sûr que l’aspect physique est important, il ne faut pas avoir peur, il faut foncer », explique-t-elle.

Dans le vestiaire, l’ambiance est au « taping ». On bande les poignets, on sécurise les genoux, on prépare les corps à l’impact. La capitaine et 3e de ligne Dajia Bergeron, ne passe pas par quatre chemins pour décrire son quotidien : « J’ai des bleus partout. J’ai des foulures de chevilles, des foulures de doigts tout le temps. »

Pourtant, malgré la rudesse, il y a une satisfaction paradoxale à se jeter dans la mêlée. Comme le souligne Dajia Bergeron, bien que ça fasse mal sur le coup, le sentiment de plaquer ou de se faire plaquer devient vite « plaisant et satisfaisant ». C’est un sport de combat déguisé en jeu de balle.

Une sororité blindée

Ce qui frappe le plus dans les images captées, ce n’est pas tant la violence des chocs contre l’éternel rival, le Rouge et Or de l’Université Laval, que la tendresse qui règne en dehors du terrain.

Cette cohésion est essentielle, car sur le terrain, la stratégie du rugby exige une confiance aveugle. Pour marquer, il faut avancer, mais on ne peut passer le ballon que vers l’arrière. C’est une métaphore assez juste de leur dynamique : on ne peut progresser que si l’on sait que quelqu’un derrière nous est prêt à prendre le relais.

Au-delà du tableau d’affichage

Le parcours des Carabins cette saison-là ne fut pas un conte de fées hollywoodien. En demi-finale, elles ont affronté les championnes en titre, le Rouge et Or, une équipe qu’elles n’avaient jamais battue. Le résultat fut sans appel : une défaite crève-cœur de 81-14.

Mais l’histoire ne s’arrête pas à une dégelée. La véritable force de ce groupe s’est révélée la semaine suivante. En remportant le match pour la troisième place contre les Stingers de Concordia (36-32), l’équipe a décroché le collier de bronze, le meilleur résultat de son histoire.

Au final, comme le résume si bien Pauline Moussa, ce qui reste gravé en mémoire, ce ne sont pas uniquement les victoires ou les défaites. Ce sont les liens indéfectibles créés dans l’adversité. « C’est littéralement notre famille », conclut-elle. Et ça, ça vaut bien quelques bleus.

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