Histoires
Farah Paul : Adoption en région, éducatrice à boutte et racisme
De la DPJ aux Vikings du Québec.
« Bonsoir tout le monde, ça va bien ? » C’est avec un sourire désarmant et une énergie contagieuse que Farah Paul s’empare de la scène de Notre-Dame-du-Stand-Up. Ancienne éducatrice en petite enfance devenue humoriste, elle possède ce talent rare de savoir naviguer entre l’autodérision et la satire sociale sans jamais perdre son public. Pendant près de dix minutes, elle déballe son parcours avec une franchise qui frappe là où ça fait rire, mais surtout là où ça fait réfléchir.
Une enfance sous le signe des questions absurdes
Farah n’a pas peur d’aborder son histoire personnelle, notamment son adoption. Ayant grandi en région, elle s’est vite sentie comme une curiosité locale. « C’était cool d’être adoptée puis de grandir en région parce que moi, j’étais comme une vedette », lance-t-elle. Mais cette célébrité venait avec son lot de questions pour le moins… originales.
La perle du lot ? « Est-ce que tu as froid ici l’hiver ? » Une interrogation qui laisse encore l’humoriste perplexe : « Je n’ai jamais trop compris pourquoi les gens me posaient cette question-là. Je pense qu’ils essayaient de calculer si avoir froid l’hiver, c’est une question de génétique ou d’habitude. » Entre les questions sur la « qualité » de ses parents adoptifs et celles sur le moment précis où elle a « su » qu’elle était adoptée, Farah souligne l’absurdité du quotidien de manière chirurgicale. « Mes deux parents sont blancs… C’est évident que je l’ai su à mes 18 ans, tu sais ! »
L’arbre généalogique des « Vikings »
L’un des moments forts de son passage est sans contredit le récit de son projet scolaire de secondaire 4. Confrontée à l’exercice de l’arbre généalogique, elle décide de ne pas se laisser démonter par l’absence de données biologiques. Elle utilise simplement le nom de sa famille adoptive. Le résultat ? Une présentation surréaliste de 20 minutes où elle explique avec aplomb que ses ancêtres sont des Vikings et que c’est précisément pour cette raison que tout le monde est roux dans sa famille. Une anecdote qui illustre parfaitement sa capacité à s’approprier son identité avec humour, peu importe le contexte.
La vie à deux et le « jardin secret »
Farah Paul ne se contente pas de parler du passé; elle explore aussi les méandres de la vie de couple et de la cohabitation. Si tout le monde l’avait prévenue que c’était difficile, elle, elle trouve ça « vraiment facile ». Le bémol ? C’est son copain qui semble en arracher un peu plus.
Elle confie d’ailleurs, avec une pointe de malice, avoir suivi le conseil d’un psychologue suggérant d’avoir un « jardin secret » en relation. Sauf que Farah a pris le conseil au pied de la lettre. « Ce que j’ai fait, c’est que tout l’été, en cachette, j’ai fait pousser des tomates puis des concombres dans la cour. » Résultat : le couple ne va pas mieux, mais le chum a mangé d’excellentes tomates tout l’été.
Du burnout à la scène
Avant de faire rire les foules, Farah travaillait dans le milieu des services de garde. Un métier qu’elle admire, mais qui l’a menée tout droit au burnout. Elle rend un hommage vibrant — et grinçant — aux éducatrices qui apprennent aux enfants le langage signé pour bébé ou l’empathie.
Elle-même a eu besoin de beaucoup de patience de la part de ses parents lorsqu’elle était jeune, surtout concernant son problème de « pipi au lit » qui a duré jusqu’à l’adolescence. Le remède radical ? Une machine électrique reliée au matelas qui hurle à la moindre goutte. « Après une fois, je n’ai plus jamais fait pipi dans mon lit… mais maintenant, j’ai envie d’aller aux toilettes à chaque fois qu’il y a une alerte Amber ! »
Avec ce passage remarqué, Farah Paul prouve qu’elle est bien plus qu’une humoriste de la relève : elle est une voix nécessaire qui nous rappelle que, derrière chaque malaise, se cache souvent une excellente blague.

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