Balado URBANIA
Faire parler les morts avec Philippe Boxho
Faire parler les morts avec Philippe Boxho
« La mort n’est ni bonne ni mauvaise. C’est la mort. »
Cette semaine aux grandes entrevues, Hugo Meunier reçoit Philippe Boxho, médecin légiste belge et auteur à succès. Il revient sur son parcours atypique et dévoile les coulisses de son métier, loin des clichés. Entre récits vrais, rigueur scientifique et une touche d’humour, Philippe nous fait découvrir la médecine légale sous un angle humain et fascinant.
Qu’est-ce qui pousse un homme à consacrer sa vie à examiner des cadavres ? Cette question fascine autant qu’elle intrigue. Médecin légiste depuis plus de 30 ans, Philippe Boxho, originaire de Liège, en Belgique, est passé maître dans l’art de faire parler les morts. Entre humour, anecdotes morbides et vulgarisation scientifique, il partage son quotidien dans des best-sellers qui ont conquis la francophonie. De passage au Québec, il revient sur son parcours singulier et les coulisses d’une vie passée au service de la vérité médico-légale.
Des rêves de prêtrise aux salles d’autopsie
Avant de devenir un médecin légiste renommé, Philippe Boxho a nourri l’idée de devenir prêtre. « L’évêque de mon diocèse m’avait conseillé de poursuivre des études universitaires avant d’engager trop sérieusement cette voie », raconte-t-il. Mais l’université a chamboulé son intérêt pour la prêtrise. Entre son émerveillement pour les études en médecine et ses premières interactions « révélatrices » avec les femmes, Philippe a trouvé une nouvelle vocation.
Une rencontre fortuite l’a ensuite mené à la médecine légale. Amateur de dissection, il s’est intéressé aux techniques d’autopsie en découvrant un jour une salle dédiée à cette pratique. « J’ai été immédiatement captivé par ce monde méconnu. Je n’ai plus jamais quitté cette discipline depuis. »
Depuis, Philippe Boxho a mené environ 6 000 autopsies. Pourtant, rien ne le destinait à devenir une sorte de star dans son domaine, avec une carrière éclatante non seulement dans la médecine, mais aussi dans la littérature.
L’écrivain malgré lui
C’est à travers un balado pour la RTBF (la télévision belge) que Philippe Boxho s’est fait connaître du grand public. Un projet destiné à raconter trois enquêtes médico-légales tirées de ses expériences personnelles a rapidement conquis les esprits : dix millions d’écoutes pour un pays qui compte onze millions d’habitants. Ce succès inattendu a poussé un éditeur à lui proposer de transformer ses récits en livres.
« Je n’avais jamais écrit de ma vie au-delà des rapports médico-légaux », confie-t-il. Malgré ses doutes, sa tentative s’est révélée percutante : en quelques années, trois livres se sont écoulés à plus d’un million d’exemplaires. Son secret ? Romancer sobrement la vie autour des cas médico-légaux tout en gardant la vérité scientifique intacte.
Avec une écriture à la fois accessible et documentée, Philippe fait entrer ses lecteurs dans l’envers du décor : « montrer la médecine légale avec un regard différent du glamour et des clichés hollywoodiens ». Entre cynisme, humour et précision technique, le médecin légiste parvient à captiver tant des amateurs de récits policiers que des lecteurs à l’habitude moins assidue.
Une passion étrange : faire parler les morts
Dans l’univers professionnel comme dans ses récits, Philippe Boxho décortique la mort sous toutes ses coutures. Chaque cadavre raconte une histoire. Qu’il s’agisse d’un pendu, d’un corps réduit à l’os en huit jours grâce à des larves, ou d’un mystère résolu grâce à une fourchette avalée, les défis et les anecdotes ne manquent pas à la table d’autopsie de ce médecin pas comme les autres.
L’une de ses histoires marquantes, qu’il partage avec une honnêteté troublante, raconte par exemple la découverte d’un cadavre mangé par des cochons. À travers ces anecdotes tranchantes (parfois littéralement), Philippe dit vouloir sensibiliser à la réalité brutale du métier : « Il faut savoir s’éloigner de l’émotion pour mieux comprendre ce que le corps nous révèle. Un mort devient alors un objet d’étude, pas une personne. »
Le succès des récits vrais
Malgré leur côté morbide, les histoires de Philippe Boxho captivent par leur authenticité. Amateurs de « true crime » et curiosités scientifiques trouvent leur compte dans ses récits courts, construits pour être lus dans le métro ou avant de dormir.
Alors que la Wallonie le célèbre déjà comme une figure incontournable, le succès de Philippe dépasse les frontières, notamment au Québec. Traduit et distribué par la maison d’édition Les Malins, l’auteur espère que ses ouvrages continueront à éveiller une curiosité pour une discipline qu’il juge encore méconnue.
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