Courrier recommandé
Dominique Fils-Aimé et Ariane Roy
Dominique Fils-Aimé et Ariane Roy
« La musique, c’est donné à tous. N’importe qui peut fredonner une chanson, taper du pied. »
« Déranger n’est pas forcément confronter », affirme la musicienne Dominique Fils-Aimé en conversation avec Ariane Roy lors d’un Courrier recommandé. Cette conversation sensible et lucide tourne autour d’un mot-clé : authenticité. Pas celle qu’on affiche sur les réseaux sociaux, mais celle qui demande du courage, du temps et parfois… de déranger. À travers une discussion intime et sans fard, on pénètre dans l’univers de deux créatrices qui n’ont pas peur de revisiter les standards, de remettre en question le consensus ou encore de redéfinir ce que veut dire l’amitié véritable.
L’émotion comme moteur de création
Ce qui frappe dans cette discussion, c’est la manière dont émotions et introspection guident le processus créatif. Certaines personnes sont en colère, Dominique Fils-Aimé, elle, ressent surtout une immense tristesse. « Je suis pas fâchée, je suis triste », dit-elle. Triste du potentiel humain inassouvi, d’un monde qui manque d’empathie, entre les humains eux-mêmes mais aussi avec la nature. Ces émotions ne sont pas bloquantes, bien au contraire : elles alimentent l’art, elles inspirent de la douceur, des remises en question, et une volonté de ne pas se mentir.
À l’opposé d’un art formaté, elles revendiquent une pratique artistique qui reflète leur état d’âme sans chercher la perfection ni l’approbation. Et c’est justement dans leur refus du consensus qu’elles trouvent la liberté. « J’ai pas envie que ce que je fais soit dicté par une envie d’être consensuelle. Ce serait une trahison envers moi-même », souligne Ariane Roy.
Créer, c’est aussi déranger
Déranger, dans cette conversation, prend tout son sens. Il ne s’agit pas de choquer gratuitement, mais de troubler les lignes établies pour faire apparaître quelque chose de vrai. Dans leur parcours, cela passe entre autres par le choix d’un genre musical souvent perçu comme élitiste : le jazz.
« Le jazz, au début, a dérangé aussi. Donc peut-être que je suis alignée avec le but de la création libre », affirme Dominique Fils-Aimé. Le jazz est ici symbole de liberté, mais aussi d’un espace artistique où certaines barrières d’accessibilité – sociales, économiques ou esthétiques – persistent encore. Oui, on peut enregistrer un album dans sa chambre aujourd’hui, mais encore faut-il avoir la chambre… et l’ordi. Cette tension constante entre création libre et système artistique verrouillé souligne combien il est crucial de se battre pour ouvrir davantage de portes.
L’amitié comme ancrage
Au-delà de la création, ce dialogue révèle combien l’amitié agit comme une force vitale. Loin d’être une simple compagnie, elle devient un miroir, un catalyseur, une famille choisie. « C’est l’amour ultime », dit Dominique Fils-Aimé. Mais pas un amour complaisant. Pour elles, l’amitié doit surtout être honnête, parfois brutalement, mais toujours avec bienveillance. Être amie, ce n’est pas valider chaque décision, c’est souhaiter sincèrement l’évolution de l’autre.
Et dans cet espace intime, les liens d’amitié peuvent même remplacer les liens familiaux traditionnels. Comme le dit Ariane Roy : « Mes chums de femmes, j’ai l’impression qu’à cause d’elles, je suis la personne que je suis. »
Vers un art accessible… et nécessaire
À la question « La musique est-elle un domaine élitiste ? », la réponse est nuancée. Oui, il y a des barrières d’entrées, encore plus pour les personnes issues de milieux défavorisés. Mais en parallèle, il existe toujours une forme de musique libre, spontanée, accessible à tous. « N’importe qui peut fredonner une chanson, taper du pied », rappelle Dominique Fils-Aimé. C’est là que l’essentiel se joue : dans l’acte même de créer, même à travers un message laissé sur un vieux répondeur.
Cet échange laisse entrevoir une vérité essentielle : l’art n’a pas besoin de permission. Et exister, c’est parfois déranger — en douceur, mais avec fermeté. Pour celles qui prennent la parole ici, déranger n’est pas une provocation vaine, c’est une conquête de soi. Une façon non négociable d’habiter pleinement le monde.
Alors, à vous qui créez, dansez, écrivez ou simplement cherchez votre voix : autorisez-vous à déranger. Parce que dans le fond, c’est peut-être là que commence la liberté.
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