Reportage
Le pétromasculinisme : quand l’or noir sert de carburant à la virilité
Bienvenue dans le pétromasculinisme.
Le pétrole, plus qu’une simple ressource ?
« Les États-Unis viennent encore de pogner un globe terrestre et de pointer un pays du Sud global en disant : “Hum, on dirait qu’il y a du pétrole ici. Peut-être qu’on devrait les enva… les libérer ?” »
Cette fois, c’est le Venezuela qui est dans la mire américaine. Si la version officielle invoque la lutte contre un dictateur corrompu et le narcotrafic, l’administration Trump a rapidement laissé entrevoir des motivations plus terre à terre : l’exploitation du pétrole vénézuélien. Au-delà de la géopolitique, cette intervention met en lumière une dynamique sociologique fascinante où les énergies fossiles et l’identité masculine s’entremêlent : le pétromasculinisme.
Un concept féministe
Le terme n’est pas une invention farfelue pour désigner des gars « en chest » enduits de pétrole. Le pétromasculinisme a été théorisé dans les années 2010 par la politologue américaine Cara Daggett. Elle y décrit une forme de masculinité toxique intimement liée à la politique et à l’exploitation des énergies fossiles.
Cette identité se définit par des traits bien précis : la domination, la force brute, le rejet des frontières territoriales et une certaine nostalgie. Comme l’explique la vidéo, il s’agit d’un attachement à un monde fantasmé « où les hommes étaient des hommes, qui jouaient au Hot Wheels, faisaient du quatre roues et assistaient à des shows de Monster Trucks au Stade Olympique. »
Le pétrole comme symbole de puissance
Dans cette logique, le pétrole cesse d’être une simple ressource énergétique pour devenir plutôt un symbole de puissance infinie. Extraire, brûler et consommer sans retenue devient alors une expression pure de la virilité.
Par conséquent, toute tentative de transition énergétique ou de sensibilisation à la crise climatique est perçue comme un affront. Réduire notre dépendance au pétrole, c’est s’attaquer directement à cette virilité. Les préoccupations écologistes sont associées à la féminité et sont donc perçues comme un signe de faiblesse, voire comme une attaque frontale contre l’économie et l’identité masculine et par extension, celle de la nation, suprémacisme mâle oblige.
Une riposte face à la menace
Aujourd’hui, le règne de l’or noir est menacé de toutes parts : par la crise climatique, les mouvements autochtones, les féministes, et par toute une génération — menée par des figures comme Greta Thunberg — qui dénonce l’obsession de la croissance économique éternelle.
Mais qu’arrive-t-il, socialement et historiquement, quand la masculinité est ainsi challengée ? Elle riposte, elle frappe, elle veut montrer qui est le boss. C’est ici que l’intervention américaine au Venezuela prend tout son sens. Pour de nombreux experts, cette violation du droit international marque le retour à une « logique de la loi du plus fort ». C’est l’archétype du mâle alpha qui reprend le contrôle par la coercition pour gouverner.
Un lien avec les régimes autoritaires
Le pétromasculinisme semble être le socle commun de plusieurs régimes conservateurs ou autoritaires. La recette demeure la même d’un pays à l’autre : glorification de la force, rejet de la dissidence et mépris pour les luttes sociales (LGBTQ+, décoloniales, etc.) qui remettent en question le modèle traditionnel blanc hétéronormatif.
Sous cette loupe, le pétrole ne sert plus seulement à faire rouler nos voitures ; il devient un carburant idéologique qui justifie parfois la violence. En comprenant le pétromasculinisme, on comprend mieux pourquoi certains dirigeants semblent prêts à tout pour maintenir le statu quo fossile, quitte à sacrifier l’avenir de la planète sur l’autel d’une virilité mal placée.

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