Balado URBANIA
Saison 02 - Ép. 16
Chialer sur la parentalité, être politisé mais ne pas voter et la folie des séries
Saison 2 | Épisode #16
Flo : ne pas voter
Gab, c’est jour d’élection pis pour l’occasion j’avais envie qu’on jase d’une gang qui est souvent dans l’angle mort des médias : ceux et celles qui votent pas. Cette semaine c’est le film Les Perdants qui m’a donné le goût de parler de ce 40% là de la population canadienne qui y vont juste pas, aux urnes. (Un chiffre qui a doublé depuis les années 1970, une période pré-fatigue électorale qui a un peu été l’âge d’or de notre démocratie).
Je sais pas toi, mais moi, j’ai longtemps eu des préjugés sur ceux et celles qui choisissent de pas voter : je m’imaginais du monde un peu désintéressé de ce qui se passe dans le monde, un peu pas politisés, peut-être même des conspis qui pensent que le vote est truqué anyway.
Bref, je les regardais de haut, parce qu’on m’a toujours dit que voter, c’est un geste noble. Mais ce que j’ai compris en écoutant Les Perdants, c’est qu’exercer son droit de s’abstenir, ça aussi, ça peut être réfléchi, et que ça va au-delà du désengagement politique.
On ne se mentira pas : y’a du monde qui ne votent pas par désintérêt. Mais y’en a d’autres qui sont, au contraire, très intéressés par la politique, mais qui s’abstiennent parce qu’ils sont juste désenchantés. Plusieurs phénomènes expliquent :
Bref, on dénonce pis on est vite à juger l’abstention, mais ce serait peut-être plus productif pis surtout intéressant de se demander : pourquoi y’a tant de monde qui votent juste pas?
Gab : La parentalité a un problème de PR
L’autre jour, je suis allée dans un café. Il y avait un groupe qui a attiré mon attention : deux parents, un bébé et leur couple d’amis sans enfant. Tout le monde jasait ensemble mais si je suis honnête avec toi, les parents avaient l’air un peu à bout. La mère et le père se passaient le bébé qui arrêtait pas de gigoter, tout ça pour essayer de continuer leur conversation.
Moi, en voyant cette scène-là, j’avais l’impression d’être devant un tableau classique que j’aurais appelé « Les deux solitudes ». Plus ça allait, moins les parents avaient l’air de pouvoir diviser leur attention entre leur bébé et leurs amis, pis plus leurs amis avaient l’air gossés de parler dans le vide.
Je me suis imaginée le couple de non-parents repartir du café en se disant : hey, on en veut-tu vraiment un, nous ? Pis j’avais le goût d’aller les voir pour leur dire : OUI! c’est le fun! Mais pas tout le temps ! Mais quand même !
Le fait est que la parentalité a un problème de réputation. C’est une idée super intéressante que j’ai lue dans l’infolettre Maybe Baby de la journaliste Hayley Nahman.
Les histoires qu’on entend ou les vidéos qu’on voit en ligne vont souvent dans deux sens : la parentalité, et surtout la maternité, c’est génial, magique, watatatow, ou c’est un enfer, on est à boutte, on dort pas et on a plus de cheveux.
Y’a comme un stress des parents de performer leur parentalité devant les non-parents, soit pour justifier leur choix en matière d’éducation, soit par volonté de montrer toute la complexité de notre nouveau quotidien, avec ses hauts et ses bas, puis qu’on y arrive comme pas. On dirait que chaque crise ou chaque bisou attendrissant devient un argument pour ou contre la parentalité, ou même pour ou contre notre parentalité.
Hayley Newman suggère que c’est peut-être aussi pour ça que plusieurs nouveaux parents s’isolent de leurs amis non-parents : par réflexe de protection, parce qu’ils et elles se sentent en représentation permanente dans les espaces publics ou sociaux.
Devenir mère, c’est traverser le Rubicon. Entre la vision qu’on a de la parentalité avant d’avoir des enfants et celle qu’on a une fois qu’on a accouché, il y a un monde de différence.
C’est surtout une expérience difficile à communiquer ou à transmettre parce que c’est une expérience qui se vit et qui se ressent. Limite, c’est spirituel, puis je pense que c’est correct aussi d’accepter que ce décalage-là entre les deux mondes existe et est réel.

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