\nDans une infolettre de la semaine dernière, je vous avais confié mon malaise à me prononcer sur la fusillade ayant eu lieu dans le quartier Côte-des-Neiges avant de disposer de plus d'informations.
C'est quelque chose que ma psy m'encourage beaucoup à faire : laisser la poussière retomber avant de crier au feu.
\nPourtant, alors que mes collègues échangeaient des théories piquées à gauche et à droite de comptes russes sur X ou Reddit, la mienne se formait déjà – petite et insistante –, au creux de mon estomac. Une théorie alimentée sur cette fréquence à laquelle nous, les femmes, sommes toutes branchées. Cette même fréquence qui a fait qu'une inconnue m'a raccompagnée chez moi après une soirée trop arrosée aux Foufs et celle qui nous pousse à texter nos amies avant même qu'on ait retiré nos chaussures quand on rentre chez nous. \n
Cette fréquence, c'est cette conscience de la haine qu'on nous porte. Une haine qu'on apprend à reconnaître et à ressentir beaucoup trop tôt.
\nLe problème, c'est qu'on a trop souvent tendance à considérer que cette haine ne concerne que les femmes. Or, c'est faux. Cette haine ne se cantonne pas aux parcs mal éclairés et aux bars mal fréquentés. Cette haine, c'est celle qui fait que les hommes ont peur de s'ouvrir sur leurs émotions. C'est celle qui fait que les hommes se sentent seuls. C'est celle qui fait que les hommes aussi meurent. Parce que dire qu'on ne va pas bien, c'est se montrer vulnérable. Faible. Un paquet d'autres qualificatifs qu'on associe aux femmes. Et lundi dernier, on en a eu la preuve bien concrète, que cette haine finira par tous nous tuer : un homme qui haïssait les femmes a fini par tuer deux hommes. \n
Pour citer bell hooks, le « [p]atriarcat est le fléau social le plus mortel qui s'attaque au corps et à l'esprit des hommes de notre pays. » Il faut que les choses changent, gang. Sinon, on va tous mourir. Ou pire : être forcés de regarder une émission sur un dude qui essaie d'acheter toutes nos réserves d'eau.
\nPar chance, mes collègues Vanessa Destiné et Salomé Maari sont là pour nous aider à mieux comprendre les enjeux soulevés par la tragédie de la semaine dernière. Et non, Karl Marx n'a rien à voir là-dedans, merci.
Bonne lecture. Restez en vie et vulnérables.
Audrey B.,
Adjointe à la rédaction et grande prêtresse des infolettres URBANIA
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