Logo

Les entrevues d’Hugo Meunier
Saison 02 - Ép. 36

Steven Guilbeault, ex-ministre, toujours militant

4 juin 2026

Après avoir claqué la porte de la politique fédérale, Steven Guilbeault s’est posé dans notre bunker pour faire le bilan de sept ans d’une aventure politique tumultueuse. L’ex-ministre de l’Environnement ne se cache pas : le virage actuel du gouvernement Carney le déçoit profondément.

Mais attention, n’allez pas croire qu’il part avec un constat d’échec. Pour lui, l’essentiel est ailleurs : les bases d’une transition verte ont été coulées. Le problème, c’est ce qu’on en fait aujourd’hui.

Mission accomplie, malgré les reculs

Si le public retient surtout les reculs majeurs sur le climat, Steven Guilbeault préfère nuancer. « Sous l’ère de Justin Trudeau, pour la première fois de l’histoire de notre pays, on a montré qu’à travers les politiques publiques, on pouvait réduire la pollution », rappelle-t-il avec une pointe de fierté.

Pour l’ex-militant de Greenpeace, le travail de fond a été fait, peu importe les décisions actuelles du cabinet.

« On a écrit le livre, on a écrit la carte routière de comment on s’attaque à la pollution », affirme-t-il, soulignant les avancées passées dans les secteurs de l’automobile, des raffineries et du ciment.

L’environnement relégué au second plan

Abolition de la taxe carbone pour les consommateurs, abandon du plafond d’émissions, réformes des évaluations environnementales qui vont plus loin que l’ère Harper… La liste des reculs est longue. Selon Guilbeault, l’environnement a perdu sa place centrale sur la scène fédérale. « Sous le gouvernement de Justin Trudeau, la question du climat était toujours parmi les deux ou trois priorités gouvernementales », explique-t-il.

Ce changement de cap est d’autant plus difficile à avaler que les impacts climatiques frappent de plein fouet le portefeuille des Canadiens. Guilbeault cite les chiffres alarmants du Bureau de l’assurance du Canada : le coût des catastrophes naturelles est passé de 300 millions $par année au début des années 2000 à 8 milliards$ en 2024.

« C’est tragique de voir que nos décideurs ne sont pas capables de comprendre qu’on ne peut pas avoir une économie robuste si on détruit l’environnement », lance-t-il.

Bernard Drainville en prend pour son rhume

L’ex-ministre n’a pas manqué l’occasion de lancer une flèche directe au ministre québécois de l’Environnement, Bernard Drainville, et à son fameux discours sur « l’équilibre » entre économie et écologie.

Prenant un ton solennel, il s’est adressé à lui : « Mon cher Bernard, ton discours sur l’équilibre […], ça fait des années et des décennies qu’on travaille à favoriser l’économie au détriment de l’environnement. » Pour Guilbeault, cet équilibre est un mythe qui détruit des pans entiers de nos ressources, comme le démontre la crise de l’industrie forestière ou la disparition des caribous.

Malgré les menaces de mort reçues durant son mandat et la polarisation extrême du débat, Steven Guilbeault ne regrette rien et refuse de s’avouer vaincu. Il passe simplement le flambeau. La lutte pour la planète reste, selon ses mots, le combat de notre génération, et il compte bien continuer à la mener, mais loin des projecteurs d’Ottawa.

Pour comprendre les dessous de sa démission et entendre ses vérités sur l’état d’urgence climatique au pays, écoutez l’entrevue complète dans la vidéo ci-dessus.

Publicité
Publicité