Les entrevues d’Hugo Meunier
Saison 02 - Ép. 21
La belle lancée de Sinem Kara
De la pizzeria familiale au Bye Bye
« Faire le Bye Bye, ça a amené une genre de pression différente ». C’est avec cette franchise désarmante que Sinem Kara, humoriste avec le vent dans les voiles, s’est confiée en grande entrevue. Révélée lors de l’émission Le prochain stand-up en 2020, puis grande gagnante de Big Brother Célébrités en 2022, elle a récemment franchi une étape mythique pour tout artiste québécois : intégrer la distribution du prestigieux sp écial de fin d’année.
Pourtant, derrière l’assurance d’une adepte du stand up, se cache une femme anxieuse, qui angoissait à l’idée de faire des lectures devant la classe au secondaire. Ses études en théâtre à Lionel-Groulx l’ont forcée à affronter ce démon lors des lectures de table. Encore aujourd’hui, l’idée de bafouiller devant le Québec l’effraie plus que de performer un sketch complexe. C’est d’ailleurs ce qui l’a le plus stressée lors de son passage au Bye Bye : la crainte de ne pas être à la hauteur de l’équipe établie et des comédiens chevronnés qu’elle admire depuis toujours.
Les racines : Saint-Jean-sur-Richelieu et la pizzeria
Le parcours de Sinem est indissociable de ses racines turques et d’une éducation rigoureuse. Née à Montréal-Nord, elle a grandi à Saint-Jean-sur-Richelieu, ce qui fut à l’époque un véritable « choc culturel » en raison du manque de diversité.
Dès l’âge de 13 ans, elle travaille dans la pizzeria de ses parents. Cette expérience l’a forgée préocément. « À partir de 13-14 ans, je gérais les serveuses… c’est venu très tôt que je formais des madames de 40 ans ». Si elle a longtemps détesté ce manque de vie sociale adolescente, elle reconnaît aujourd’hui que cette discipline et ce sens des responsabilités ont fait d’elle la « patronne » qu’elle est dans sa carrière.
Une réconciliation familiale par l’humour
Sa relation avec son père a longtemps été teintée par l’incompréhension de ce dernier face au métier d’humoriste. Très strict, il n’avait pas apprécié son premier spectacle, percevant ses propos comme une attaque envers leur culture. « Il y avait l’impression que je bashais sur ma culture beaucoup plus que j’en parlais en bien ».
Le vent a tourné lorsque la communauté turque a commencé à exprimer sa fierté envers Sinem. En la voyant gagner à Big Brother et en entendant son talent à la radio, son père a finalement assisté à son spectacle à Longueuil. Ce fut un moment charnière : « Ça a été le meilleur show que j’ai fait de ma vie… mes parents étaient extrêmement fiers de moi ». Depuis, elle se sent investie d’une mission de représentation, portant fièrement sa double identité entre le Québec et la Turquie.
Regarder vers l’avant
Aujourd’hui, Sinem Kara rode son deuxième spectacle solo avec la volonté de « défricher un chemin qui n’est pas tapé ». Si elle rêve d’un grand rôle dramatique — peut-être dans l’univers de Michel Tremblay qu’elle affectionne tant — elle se concentre pour l’instant sur l’humour pour « amuser le monde dans tout ce qui est en train de brûler ».
Entre les taxes municipales de sa nouvelle maison et l’écriture de ses nouveaux numéros, Sinem Kara continue de prouver que l’authenticité est la clé pour conquérir le cœur du public, un rire à la fois.

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