Les entrevues d’Hugo Meunier
Saison 02 - Ép. 18
Jasmin Lavoie: vrai citoyen du monde
Travailler dans le bon sens de l’histoire
Un saut dans l’inconnu
Tout commence par un choix audacieux. Alors jeune journaliste à La Presse, Jasmin refuse un poste permanent et un fonds de pension sécurisant pour suivre son instinct : l’aventure et l’inconnu. Après une maîtrise à Londres, il devient correspondant à l’étranger, notamment au Pakistan pour France 24 et Arte.
Ce passage par le journalisme de terrain lui forge une vision nuancée du monde, loin des clichés. Au Pakistan comme au Yémen, il découvre des populations accueillantes là où l’Occident ne voit que des « poudrières ». « Le Yémen, de l’extérieur, c’est la guerre civile, les bombes… Mais une fois que tu es là-bas, c’est des gens qui n’ont rien et qui t’invitent à manger », explique-t-il.
De l’information à l’action humanitaire
Après des années à documenter la crise, Jasmin décide de passer de l’autre côté du miroir en rejoignant le monde humanitaire. Il intègre d’abord le Conseil norvégien pour les réfugiés, puis le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies. Basé en Jordanie, il gère les communications pour l’une des plus grandes réponses humanitaires au monde : celle du Yémen, avec un budget d’un milliard de dollars et une équipe de 800 personnes.
Cette transition lui a permis de comprendre les rouages complexes de l’aide internationale, mais aussi ses limites. « Tu es vraiment comme une fourmi dans une fourmilière », confie-t-il, soulignant la lourdeur bureaucratique des grandes institutions comme l’ONU. Son dernier mandat l’a mené auprès des Casques bleus en République démocratique du Congo, une expérience qu’il décrit comme radicalement différente des missions purement humanitaires ou politiques.
Le combat contre l’algorithme
Aujourd’hui, Jasmin Lavoie entame un nouveau chapitre : la vulgarisation de l’actualité internationale sur les réseaux sociaux. Depuis janvier, il publie des vidéos sur Instagram pour expliquer des enjeux complexes comme les tensions au Venezuela, en Iran ou la situation au Groenland.
Son objectif ? Combattre la radicalisation en ligne et offrir une alternative aux contenus sensationnalistes. « En ce moment, il y a des milliardaires qui contrôlent nos plateformes et qui visent le profit. En visant le profit, c’est les extrêmes qui gagnent », déplore-t-il. En utilisant les codes du storytelling numérique, il souhaite ramener un peu de rigueur journalistique et de « juste milieu » dans nos fils d’actualité.
Une voix nécessaire
Si Jasmin ne se définit plus strictement comme un journaliste traditionnel, il n’en demeure pas moins un observateur essentiel. À une époque où l’actualité internationale est souvent éclipsée par la politique américaine, son regard tourné vers le reste de la planète est une bouffée d’air frais.
Désormais installé entre Montréal et Paris, Jasmin Lavoie continue de bouger, non plus pour fuir les bombes, mais pour capturer l’attention d’une génération qui a soif de comprendre le monde au-delà des frontières du Québec.

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