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Les entrevues d’Hugo Meunier
Saison 02 - Ép. 04

Guy A. Lepage : « Je suis un des artistes les plus libres au Québec »

Guy A. Lepage est connu pour sa polyvalence unique dans le paysage culturel québécois : humoriste, animateur, acteur, réalisateur, écrivain… à croire qu’aucun média ou plateforme ne lui échappe. Lors de son passage au Balado Urbania, il a évoqué avec franchise – et une touche d’autodérision – son impressionnant parcours, marqué par des débuts incertains et une arrivée presque accidentelle dans le domaine de l’art.

Originaire d’un milieu modeste, Guy A. Lepage se définit aussi comme un « transfuge de classe ». Il explique : « J’ai été le premier universitaire de ma famille, le premier propriétaire. Je suis arrivé dans un univers auquel je ne me destinais pas au départ. » Cette dynamique, selon lui, a teinté son approche du métier et lui a conféré une perspective unique dans sa manière de créer et de collaborer avec d’autres artistes.

Mais ce que Guy A. Lepage revendique avant tout, c’est la liberté artistique. Après 45 ans de carrière, il considère cette indépendance comme essentielle : « Je me considère comme un des artistes les plus libres au Québec. Choisir mes projets, c’est un privilège, et j’en suis conscient. »

Grand critique des balados

Si vous pensiez inviter Guy A. Lepage sur votre balado, sachez qu’il aborde ce format avec un mélange de scepticisme et d’ironie. Lors de son entretien, il n’a pas mâché ses mots : « Honnêtement, ça me déprime profondément. Trop de balados prennent des détours inutiles avant d’arriver au sujet principal. » Ce qu’il critique surtout, c’est l’absence de clarté et d’intensité dans le contenu proposé.

À ses yeux, une bonne conversation ne doit pas être noyée dans des introductions interminables ou des questions qu’il qualifie de banales, comme « Quand tu te lèves le matin, t’es de bonne humeur ? ». Pour Lepage, un balado réussi doit aller droit au but : parler avec sincérité, tout en respectant l’intelligence de l’audience.

Cependant, il admet que certains projets structurés et sérieux lui plaisent davantage. « Quand c’est réfléchi et pertinent, ça devient intéressant, mais ça reste rare, » lance-t-il avant de rapidement renouer avec son humour caustique, égratignant au passage les formats plus improvisés.

L’équilibre entre public et privé

Un autre thème marquant abordé durant l’entrevue fut la gestion de la notoriété. À 65 ans, Guy A. Lepage confie avoir mieux compris comment naviguer dans cette relation parfois complexe avec le public. « Je suis plus connu qu’avant, mais mes interactions avec les gens sont bien meilleures aujourd’hui. »

Pour Lepage, le partage avec ses spectateurs se doit de rester authentique, mais ne doit pas franchir les limites du respect de sa vie privée : « À l’époque, je ne comprenais pas la popularité. Maintenant, j’ai appris à interagir avec des gens qui m’approchent, mais je n’apprécie pas le côté groupie. » Ce positionnement, sans concession, reflète un équilibre fragile mais nécessaire pour durer dans le milieu artistique.

Vieillir : une source d’émotions et de réflexions

Touchant, Guy A. Lepage s’est également livré à une réflexion sur le vieillissement, le rôle d’un parent et la fugacité de la vie publique : « On passe du plan B au plan A pour nos enfants, puis on devient leur confident. Vieillir me touche, surtout en tant que parent. » Ces confidences laissent entrevoir une autre facette de l’artiste : celle d’un individu sensible, porté par l’envie de bien accompagner ses proches.

Et si la mort fait partie de la discussion, elle ne semble pas l’effrayer en tant que telle. « Je ne suis pas angoissé par la fin, mais j’aimerais être là pour mes enfants le plus longtemps possible, surtout pour mes plus jeunes qui ont encore tant à apprendre. »

La longévité d’une carrière

Ce qui impressionne peut-être le plus chez Guy A. Lepage, c’est sa capacité à se réinventer et à durer dans un milieu souvent impitoyable. Avec des projets phares comme « Tout le monde en parle » et « Une gars, une fille », il demeure incontournable. « Le secret, c’est de s’entourer de gens brillants qui bonifient vos idées », confie-t-il en rendant hommage aux collaborateurs qui ont marqué sa carrière.

Pour ceux qui s’interrogent sur son moteur, Guy A. Lepage le résume ainsi : la passion alliée au professionnalisme, la recherche constante d’excellence et, surtout, une capacité d’autocritique rare pour rester pertinent.

En conclusion, cet entretien démontre qu’à la fois artiste, critique et philosophe du quotidien, Guy A. Lepage continue de captiver par sa franchise et sa lucidité désarmante.

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