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Les entrevues d’Hugo Meunier
Saison 01 - Ép. 06

Fabien Cloutier: la ruralité, l’art de raconter et le vrai Québec

« Je ne suis pas un porte-parole de la ruralité, je fais ce que j'aime »

Pour l’occasion, je repasse ici un vieil article publié en marge de la sortie de son dernier spectacle d’humour, Délicat.

En fait, il n’y a que deux voitures dans le stationnement exposé aux bourrasques de fin de tempête : celle de l’hôte des lieux et celle de Fabien Cloutier.

Le premier termine d’installer environ 200 chaises dans la grande salle, l’autre termine de souper dans une pièce au fond servant de loge.

Fabien Cloutier m’accueille en vêtements décontractés et en Crocs avant de s’échouer dans un sofa en face de moi.

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Même si le spectacle achève de prendre forme, Fabien Cloutier se permet encore de casser du nouveau matériel. Ce soir, il essayera une ou deux minutes de contenu neuf.

Lors de son premier one man show d’humour, Assume, il n’avait pas rodé autant ses numéros en salle avant de se lancer. Par déformation professionnelle, peut-être, pour cet habitué du théâtre où l’on se lance rapidement dans le bain devant public.

« Mais je ne renie rien [de mon premier spectacle], ça ne sert à rien. Je fais peut-être plus attention aux gens que je nomme », souligne Fabien, un brin mal à l’aise avec l’idée de cibler personnellement des personnalités dans ses numéros. Ce qu’il a fait un peu dans le premier, notamment en raillant l’animatrice Saskia Thuot avec son personnage grivois.

Quelque chose qu’il n’assume pas tant justement. « Je l’ai croisée [Saskia] et c’est une personne très sympathique. Quand je fais des blagues sur quelqu’un, c’est parce que c’est des gens que j’aime. »

Il avoue avoir pris du galon depuis son dernier solo d’humour. Avec l’animation de quatre galas ComediHA! derrière la cravate, il s’autodiagnostique davantage d’aisance et de dégaine sur scène.

« Des sujets m’appartiennent peut-être moins. »

Mais pour bien cerner le personnage, justement, il faut voir l’œuvre dans son intégralité et pas seulement en pièces détachées à la télé ou sur leur web, où une confusion est possible. « Quand tu fais de l’humour, tout ce que tu dis pris hors contexte a un potentiel de te nuire. »

Fabien Cloutier n’a pour sa part eu aucun mal à se sevrer des réseaux sociaux où il sévit à peine. « Au début, j’ai eu ce petit kick pour me prononcer en 140 caractères. Là, quand j’ai de quoi à dire, j’ai la radio », souligne le Mike Pratt de Faits Divers.

« Ça va tellement vite et tout le monde en parle alors tu te retrouves rapidement à ne plus chroniquer sur la nouvelle, mais plutôt son traitement », explique Fabien Cloutier. Il se remémore cet enseignant inspirant du cégep, qui demandait à ses élèves de s’intéresser aux différents traitements d’une même nouvelle dans plusieurs médias.

« Je suis conscient, mais pas anxieux. »

L’environnement le préoccupe certes beaucoup, mais il aborde certains enjeux d’un point de vue excentré par rapport à Montréal, ce qui montre une perspective différente. Un exemple banal serait lorsqu’il fustige le goût et une certaine posture militante liée à la consommation de lait d’amande dans son premier spectacle.

Au-delà de l’ironie et de la caricature, Fabien Cloutier exprime des idées à contre-courant (de mon fil Facebook en tout cas) qui rejoignent pourtant à ce jour la majorité. Parce que oui, le dramaturge boit du lait de vache (scandale!). « Les vaches ne sont pas toutes maltraitées. Je connais plein de producteurs laitiers qui s’en soucient », précise le Beauceron d’origine.

« Parler à beaucoup de monde, j’aime ça. »

Mais Fabien Cloutier jure ne pas être en campagne de séduction pour être populaire. Il s’efforce simplement de rester lui-même, le secret de son succès. Il aime les gens en plus, sans le feindre. « Parler à beaucoup de monde, j’aime ça. C’est le fun trouver la bonne ligne et de la voir se rendre à plusieurs oreilles, j’aime cette sensation », confie-t-il.

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S’il aime le contact avec les gens, Fabien Cloutier choisit aujourd’hui plus soigneusement ses bains de foule, sachant qu’on l’arrêtera plus souvent. « Je pense que je dégage quelque chose de proche, d’accessible. Les gars chauds, je les attire », sourit-il.

À des années-lumière de la condescendance, il y a une candeur du terroir dans ses expressions, son franc-parler, qui ramène une bonne partie de son œuvre sur le plancher des vaches.

Je ne peux rien ventiler sur la pièce avant la tournée officielle, mais il fallait voir le public de Saint-Marc-des-Carrières réagir pour s’en convaincre. Au point de me demander si les mêmes envolées rurales trouveront un écho semblable dans les centres urbains.

« Mais qui a dit que la société était parfaite?»

« Tu sors de chez vous et il y a encore plein de messieurs. Je ne me sens pas en danger, mais c’est sûr que certaines idées nous bousculent. Des fois, la société change et notre premier réflexe est de nous braquer. Mais qui a dit que la société était parfaite? Sur quel modèle on se base pour dire qu’on est idéal au point de ne pas vouloir changer? »

Moins d’une heure avant de grimper sur scène. Fabien n’est pas nerveux, juste fébrile, fier de présenter un autre morceau de son univers. Un spectacle qui se mériterait sans doute le trophée du titre le moins raccord à l’œuvre.

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