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Zoofest jour 1
Des Français, Dave Morgan dans un char, Katherine Levac et un autre gars sympathique
Zoofest, c’est peut-être le festival le plus fun que Montréal ait à offrir par les temps qui courent. Premièrement, pendant trois semaines, le centre-ville est rempli de semi-vedettes de l’humour, des gens qui te font dire : «Coudonc, j’le connais lui, il se tient au Salon Officiel me semble (oui, mes références de où c’est cool sortir datent)». Finalement, tu réalises que tu l’as seulement vu y a deux ans à En route vers mon premier gala.
Deuxièmement, c’est plein de belle jeunesse au grand potentiel humoristique. Des jeunes qui n’ont pas encore été contaminés par l’industrie de l’humour et qui te font rire sans penser à leur compte en banque, mais avec au ventre, l’ambition de conquérir le monde.
Troisièmement, Katherine Levac.
Finalement, eh, il faut bien en profiter, parce qu’il paraît que bientôt, les humoristes ne pourront plus rien dire. C’est donc remplie d’un sentiment de goûter aux dernières minutes d’un monde sans rire, et un parti pris évident à l’endroit de Katherine Levac, que j’ai abordé la première soirée de Zoofest hier.
Maudits français et autres lieux communs
Le Cabaret des maudits français, animé par Uncle Fofi, l’homme derrière le Couscous comedy show, rassemble des humoristes de toute la francophonie. Par définition, on y fait donc de belles découvertes. Au premier plan, la suisse Marina Rollman, qui nous entraîne sans qu’on s’en soit rendu compte dans un univers de plus en plus… explicite, et le belge Alex Vizorek, qui nous offre un bon délire franco-allemand sur les joueurs de cymbale. Ce numéro bien maîtrisé – et fort applaudi – offre, par contre-exemple, une leçon sur les dangers qui guettent un cabaret réunissant des Français en sol Québécois : l’écueil des comparaisons faciles. Je comprends que la tentation d’adapter son matériel en voyage soit forte, comme celle d’imiter notre accent ou d’échouer à dire «tabarnak» [tabèrnacle]. Le risque de tomber dans les clichés, idées reçues et autres synonymes de lieux communs est toutefois grand, mais pas aussi grand que celui d’arriver avec un matériel qui n’est pas rodé. «Non, sérieux, vous êtes belles aussi les Québécoises, mais il faut faire attention de ne pas trop engraisser, vous êtes à une poutine d’être des américaines», n’est PAS la blague que j’ai trouvée la plus drôle. J’ai préféré les jokes de cymbaliste et de Patrick Süskind. Pour le reste, il est tout à fait fascinant de voir quels chemins on peut emprunter avec la même langue, mais des expressions différentes. Vachement marrant. <— Moi, en train de faire ce que je dis de pas faire aux Français.
Représentations tous les soirs du 9 au 16 juillet au studio Hydro-Québec du Monument National.
Show de moins en moins exclusif
J’ai poursuivi ma soirée en assistant en grande exclusivité à un spectacle de Dave Morgan dans une voiture. Le concept de «L’ascension de Dave Morgan, + petit que demain + grand qu’hier», est, comme son nom l’indique, d’assister à l’ascension de l’humoriste, qui se produira, durant le Zoofest dans des salles de plus en plus grandes, de l’automobile à l’Agora Hydro-Québec de l’UQAM, en passant par l’ascenseur de Juste pour rire et une rampe de skate. L’humoriste y livre un matériel – parfois nouveau, parfois qu’il roule depuis En route… – avec une grande habileté et une aisance à improviser avec les aléas du boulevard Saint-Laurent.
Mes co-publics étaient Marlon, Pamela, Hugues et Caroline, des gens très sympathiques et rieurs qui avaient vu Dave Morgan à En route… et qui ne demandaient qu’à rigoler entre amis. J’étais le +1 de leur groupe mais ça allait parce qu’avant le spectacle, j’angoissais à l’idée d’embarquer avec quelqu’un que je connais un peu, tsé, le genre de connaissance à qui tu ne dis pas bonjour quand tu la croises à l’épicerie et avec qui tu n’as pas envie de partager ce moment intense? Ou, genre, Gab Roy. Là, c’étaient de parfaits inconnus. J’avais pris soin, avant d’embarquer dans le véhicule, de demander pas d’oignons dans mon hot dog et j’ai senti que mes covoitureurs avaient aussi soigné leur hygiène corporelle donc c’était super.
Au niveau de la mise en scène, Dave Morgan se trouvait devant la voiture stationnée sur Saint-Laurent avec son micro entre les voitures, le son étant amplifié à l’intérieur de la voiture. J’avais peur que le concept soit : Dave Morgan, assis côté conducteur, qui nous raconte des jokes comme dans Taxi-22 et qu’on soit obligés de rire pour éviter les malaises. Nous n’étions finalement pas obligés de rire, Dave Morgan n’entendait rien et c’était probablement là le plus grand défi de l’exercice pour l’humoriste : n’avoir aucune rétroaction de son public (sauf pour Marlon, qui reflétait nos éclats de rire en klaxonnant). Un pari courageux bravement relevé.
Plusieurs soirs et endroits différents.
Katherine Levac et un chanceux qui l’accompagne
Il serait tentant de dire que David Beaucage s’accroche à la notoriété de Katherine Levac, mais il faut aussi une dose de courage pour se produire sur scène à côté de celle qui est 2-3 coches au-dessus des collègues de sa cuvée. Je dis à côté, mais les deux humoristes présentent Un beau programme ensemble, démontrant une complicité qui nous pousse à nous attacher également au moins connu des deux. Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2013, David Beaucage fait dans l’humour absurde et la chanson. Il gagnerait peut-être à développer une plus grande confiance quant à son orientation sexuelle (on s’en fout, pour vrai, que tu sois homosexuel ou pas, SURTOUT si t’es PAS gai), mais il gagne aussi à être connu. Quant à Katherine Levac, qu’on connaît de SNL-Québec et de PaparaGilles, entre autres, on la découvre ici – en tapant fort les pieds sur le plancher – à la chanson. Son jeu d’une finesse inouïe nous montre qu’il ne faut pas grand chose pour faire rire : une légère inflexion de voix, un regard assassin, une image pile sur la réalité. On en prendrait pendant des heures, aussi confortablement qu’on se prélasserait dans un bain de crème en mangeant des raisins.
Quatre soirs seulement au Studio Hydro-Québec du Monument National.
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