Voyager pour guérir une peine d’amour

Est-ce que ça fonctionne vraiment ?

On ne se le cachera pas : les ruptures, qu’on les initie ou qu’on les subisse, ça craint.

Les émotions qui nous assaillent sont impitoyables (douleur, tristesse, peur, regret, inquiétude) et on les ressent à la puissance mille, parfois même toutes en même temps. C’est pas étonnant qu’on ait envie de se cacher sous les couvertures jusqu’à la fin des temps, ou qu’on contemple l’idée de s’acheter un aller simple pour n’importe où tant qu’on n’est plus dans l’appart, le quartier ou la ville infesté du spectre de notre amour déçu.

Aaaaaaah, partir! Ne plus être là où ça fait mal. Fuir. Fuir? Vraiment? Est-ce que voyager peut guérir un cœur brisé? Guérir, je ne pense pas, non. Mais je crois que ça aide si on le fait pour les bonnes raisons.

Le gros danger, c’est de considérer le voyage comme une fuite.

Tout d’abord si ça fonctionnait réellement, si on pouvait se remettre automatiquement d’une rupture en passant une semaine hors de chez soi, ça ferait longtemps que l’industrie du voyage se serait emparée de cette idée.

«Essayez notre forfait Fuck ton ex: une semaine dans un palace avec crème glacée et mouchoirs à volonté!»

Ça ne sera jamais facile

Le gros danger, c’est de considérer le voyage comme une fuite. C’est aussi peu productif que se tourner vers l’alcool, la drogue ou les soirées pour éviter de faire face à une réalité pas idyllique.

Je me souviens de la première fois où j’étais ailleurs avec le cœur brisé.

Tu vas peut-être t’éclater pendant une semaine à Pounta Plata, mais au retour, tu vas retomber dans le même caca que t’as quitté et ça peut être décevant.

Ceci dit, je suis une grande fan du voyage thérapeutique. Je me souviens de la première fois où j’étais ailleurs avec le cœur brisé. En roulant le long de l’autoroute 1 sur la côte ouest-californienne, devant le paysage hallucinant des falaises, de l’océan, des montagnes et des forêts, j’ai eu la vive impression que mon cœur s’agrandissait pour laisser entrer toute cette beauté. Et ça m’a fait tellement de bien. Après des semaines de tension physique et mentale où la peine, la douleur et l’anxiété m’avaient gardée chiffonnée serré, ce paysage époustouflant m’offrait un immense espace pour me redresser.

Bref, je te dirais que si on intègre le voyage dans un processus de guérison, ça ne peut certainement pas faire de tort.

Dans un contexte de peine d’amour, le voyage peut être un moyen de se créer une bulle d’espace-temps qui favorise un retour sur soi.

En voyage, le passé et l’avenir n’existent pas. On est toujours dans l’instant présent.

Être ailleurs, ça peut être une façon de prendre du recul physique et psychologique sur ce qui vient de nous arriver. En pause de notre quotidien, on a plus d’espace dans la tête et plus de temps pour démêler nos sentiments.

Ça peut aussi nous aider à réapprivoiser notre solitude et notre indépendance. Être seul à nouveau après une relation ça fait peur, mais voyager en solitaire, que ce soit dans une autre province où à l’autre bout de la planète, ça peut nous aider à réaliser qu’on est assez hot pour se débrouiller seul. Si on a réussi à traverser un souk marocain sans se perdre, si on a survécu aux douanes italiennes ou si on a passé 2 semaines seul à bord du Transsibérien sans péter les plombs, la vie en solo c’est du gâteau à côté.

La richesse et la joie qu’apportent les nouvelles amitiés ne peuvent qu’être bénéfiques.

Et puis oui, comme dans Wild ou Eat, Pray, Love, le voyage peut nous ramener à une partie de nous qui nous était devenue étrangère, on apprend à mieux se connaître et à mieux s’aimer.

Et tout ça, c’est sans compter toutes les rencontres qu’on peut faire. Que ce soit d’autres voyageurs ou des habitants, la richesse et la joie qu’apportent les nouvelles amitiés ne peuvent qu’être bénéfiques.

Et au final, tous les souvenirs qu’on se fait pourront nous aider plus tard, dans les moments plus sombres. Tu sais, ces moments où on est particulièrement dévasté et qu’on se demande combien de temps encore on va continuer à avoir mal, le souvenir des moments vécus et des amitiés qui ont fleuri à partir d’une période de pure souffrance peut réconforter et donner espoir. Ça fait réaliser que même quand on a l’impression de ne pas avancer, il y a quand même un mouvement de résilience qui replace les choses à notre insu.

Ok, mais on va où? Y a-t-il des pays, des villes qui plairont plus aux touristes au cœur brisé ?

Honnêtement, ça dépend des personnalités et de ce qu’on recherche comme viati-thérapie (je viens d’inventer le mot). J’ai sondé mon entourage et à partir de leurs réponses, j’ai dégagé quatre catégories de destinations. Note qu’une destination peut se retrouver dans plusieurs catégories et que tout ça est très subjectif et empirique comme classement.

Les destinations réconfortantes
Ce sont des destinations reconnues pour la chaleur de l’accueil de leurs habitants. Parce que des fois, un contact humain bienveillant, sincère et chaleureux, c’est comme un filet de miel sur un cœur tapoché. On m’a mentionné les Maritimes: Terre-Neuve, Halifax, les Îles de la Madeleine, le Nouveau-Brunswick. Je sais aussi d’expérience qu’en Louisiane, l’hospitalité c’est du sérieux. On a aussi suggéré la Mongolie, le Sénégal ainsi que les communautés de Bédouins d’Afrique du Nord.

Les destinations-défi
Après un choc émotif engourdissant comme une rupture amoureuse, on a envie de se sentir vivant, de se prouver de quoi, d’accomplir quelque chose, de se dépasser. À cet égard, on peut tenter de relever un défi physique d’endurance, comme gravir une montagne, faire du trekking sur de longues distances, faire de la plongée dans des endroits peu fréquentés. Dans cette optique, ce ne sont pas les destinations qui manquent. Certaines personnes peuvent aussi saisir cette occasion pour confronter leur situation à des réalités humaines différentes. À ce titre, certains pays aux cultures radicalement différentes comme le Japon ou l’Inde peuvent offrir une expérience à la fois dépaysante et enrichissante.

Les destinations propices à l’introspection
La nature est un cadre idéal pour se recueillir. On m’a vanté les paysages époustouflants de l’Islande et du désert du Nevada. À cet égard, les destinations se comptent par milliers. Moi, j’ai eu de véritables épiphanies en contemplant les falaises de Big Sur, en observant les montagnes d’Anatolie et en buvant du thé sur le quai d’un lac des Laurentides (parfois, être à 1 h 15 de Montréal, c’est assez pour se sentir ailleurs).

Les destinations fun
Il y a des villes qui ne dorment jamais, où on trouve toujours quelque chose à faire à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Des villes où le plaisir est roi et où on peut se distraire, se cultiver, faire la fête, rencontrer de nouveaux amis et se laisser emporter dans un tourbillon d’activités. On m’a conseillé entre autres Barcelone, San Francisco et Paris. J’ajouterais Rome et La Nouvelle-Orléans à cette liste.

Cool, me diras-tu, mais je fais quoi si tout d’un coup je me sens particulièrement triste et que je suis tout seul à l’autre bout du monde?

En définitive, si tu décides de voyager en peine d’amour, je te dirais de rester conscient que ta tristesse ne disparaîtra pas juste parce que tu es ailleurs. Je te conseille alors de continuer ton processus de guérison pendant tes pérégrinations :

  • En ne refusant pas les larmes, la tristesse ou la douleur. C’est bon signe de pleurer, c’est important de faire sortir ces émotions-là.
  • En gardant un carnet de notes pas trop loin pour écrire ce qui te passe par la tête.
  • En étant patient avec toi-même. Ce n’est pas grave si t’éclates en sanglots dans l’avion ou devant un paysage qui t’émeut. Ce n’est pas grave si tu ne pètes pas le feu chaque minute de ton séjour.
  • En restant prudent quant aux façons de fuir des émotions particulièrement difficiles à gérer. Comme je disais, tu peux enchaîner les soirées à Bali pendant 12 jours consécutifs, c’est cool, mais ça ne fait que retarder ton processus de guérison.
  • En restant en contact avec des proches qui te font du bien. C’est normal de skyper avec ton amie ou ta mère un soir où t’as un cafard passager.

Et si, en revenant, tu as un coup de blues solide ou si tu te sens encore vulnérable face à ce que tu vis, tu peux faire appel à un psychologue pour t’aider à passer à travers tout ça.

Pour lire un autre texte d’Audrey Pageau-Marcotte : « Petit guide d’autodéfense pour étudiants ».

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