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Vous ĂȘtes pas tannĂ©s de payer, bande de caves?
Si je vous dis que le financement des partis politiques devrait ĂȘtre entiĂšrement public et ne plus permettre quelque don privĂ© que ce soit, aurez-vous le rĂ©flexe de vous dire que ça coĂ»tera trop cher aux contribuables qui sont dĂ©jĂ pris Ă la gorge? Si oui, vous avez Ă©tĂ© victimes de dĂ©sinformation. Un financement public coĂ»tera beaucoup moins cher Ă lâĂtat et aux contribuables que nous sommes et il est grandement temps quâon lâinstaure.
RĂ©alitĂ© qui est trop souvent passĂ©e sous silence par certains chroniqueux mal documentĂ©s, le systĂšme actuel coĂ»te dĂ©jĂ des millions de dollars Ă lâĂtat sous forme de remboursement de certaines dĂ©penses Ă©lectorales, de financement basĂ© sur les rĂ©sultats Ă©lectoraux et de crĂ©dits dâimpĂŽt versĂ©s aux donateurs privĂ©s. Ce dernier Ă©lĂ©ment fait mĂȘme en sorte que les donateurs vĂ©reux qui sâattendent Ă un retour dâascenseur sous forme de contrat public sont subventionnĂ©s pour le faire. Ils recevront un beau crĂ©dit dâimpĂŽt pour leur don, en plus du cadeau escomptĂ© si les gens avec qui ils dealent sont des pourris.
Mais la plus grande Ă©conomie potentielle provient dâune corruption moindre dans un systĂšme de financement public. On nâĂ©liminera jamais toute la corruption, mais elle sera forcĂ©ment rĂ©duite par lâamoindrissement des influences qui existent dans le systĂšme actuel de donateurs privĂ©s. Cette Ă©conomie reprĂ©sente des centaines de millions de dollars de fonds public Ă terme. Y a-t-il encore des gens qui pensent que ça coĂ»terait trop cher? Bon.
Revoyons tout de mĂȘme quelques autres arguments usuels contre le financement public. Autant vous le dire tout de suite, ils sont tous mauvais.
Oui mais si quelquâun veut encourager son parti?
Eh bien quâil vote pour ce parti, quâil milite pour ce parti, quâil fasse du porte-Ă -porte pour ce parti ou mĂȘme quâil se prĂ©sente pour ce parti. Je suis convaincu quâune bonne partie des donateurs de 3000$ Ă lâĂ©poque, ou de 1000$ rĂ©cemment, ne sont pas des militants actifs du parti auquel ils ont donnĂ©. De fait, je serais trĂšs curieux de voir combien ont donnĂ© le montant maximal sans mĂȘme ĂȘtre membre du parti en question (ce qui est lĂ©gal). La rĂ©alitĂ©, câest que les dons maximaux qui ont Ă©tĂ© faits aux partis politiques nâont pas tous Ă©tĂ© versĂ©s par amour de la dĂ©mocratie. Ăa commence dâailleurs Ă se savoir de plus en plus Ă la Commission Charbonneau.
Nâest-ce pas dĂ©mocratique de pouvoir donner au parti de son choix?
Non.
Câest dĂ©mocratique de pouvoir voter. Mais il y a un vice dĂ©mocratique Ă dire que les gens plus fortunĂ©s, qui ont globalement tendance Ă penser de la mĂȘme maniĂšre dans certains dĂ©bats, pourront encourager davantage avec leur portefeuille le parti qui soutient leurs intĂ©rĂȘts particuliers. MathĂ©matiquement, ça mĂšne Ă des partis pro-patronat qui sont riches et des partis pro-classe-moyenne qui ne le sont pas. Je me souviens de Raymond Bachand qui dĂ©fendait le droit des honnĂȘtes citoyens de donner beaucoup dâargent sâils le voulaient au parti qui les reprĂ©sentait le mieux. Je vous laisse deviner de quels honnĂȘtes gens et de quel parti il pouvait bien parler.
Oui mais les nouveaux partis?
Un systĂšme entiĂšrement public qui dĂ©pendrait en bonne partie des rĂ©sultats Ă©lectoraux nâexclut pas de mettre en place une mesure qui donne un financement de base Ă tout nouveau parti qui recueille un certain nombre de signatures, par exemple. Ăa permettrait lâĂ©mergence de nouveaux partis entre deux Ă©lections si la population ne se reconnaĂźt dans ni lâune ni lâautre des formations existantes.
Et il ne faut pas oublier que tous les partis, nouveaux inclus, peuvent vendre des cartes de membres. La loi permet quâon vende cette carte jusquâĂ 50$. Il sâagit dâune source de financement non nĂ©gligeable pour un nouveau parti qui saurait attirer quelques milliers de membres. Sinon, il devrait peut-ĂȘtre conclure que son temps nâest pas venu.
Autre aspect souvent oublié dans ce débat, les grands donateurs sont plus généreux envers les vieux partis qui sont plus prÚs du pouvoir. Un financement public qui éliminerait cet avantage économique pour les vieux partis ferait donc en sorte de niveler les forces, pas le contraire.
La dĂ©mocratie sera mieux servie le jour oĂč chaque citoyen, Ă travers son vote, aura le mĂȘme pouvoir sur le financement des partis. Actuellement, les portefeuilles privĂ©s ont beaucoup trop leur mot Ă dire et lâargent privĂ© nâest pas lâami naturel de la dĂ©mocratie.
La participation citoyenne en souffrira. (Ă dire avec un ton un peu perdu)
Cet argument mâa toujours fascinĂ©. Je le trouve, au mieux, ridicule. Je me souviens de collĂšgues qui disaient que leurs membres risqueraient de se sentir moins impliquĂ©s si le systĂšme de dons privĂ©s devait disparaĂźtre, et quâil serait possiblement plus difficile dâattirer des militants. Quequoi? Au contraire ! Il est beaucoup plus facile dâinviter un citoyen Ă discuter dâenjeux politiques importants, que de lâinviter Ă discuter dâenjeux politiques importants plus un petit 400$ pour le parti.
Mais lâĂ©lu ne doit-il pas soutenir son parti, entre autres par du financement?
Les Ă©lus, les candidats et les militants doivent soutenir leur parti en faisant avancer ses idĂ©es et en expliquant le mieux possible leurs fondements. En devenant des collecteurs de fonds, tous ces gens insĂšrent quelque chose de viciĂ© dans la dynamique. Quand on demande une faveur Ă quelquâun sous forme dâargent, il se crĂ©e, quâon le veuille ou non, un lien de dette. Ceux qui nient ça nâont pas vĂ©cu la rĂ©alitĂ© dâun Ă©lu qui se souvient, malgrĂ© lui, que telle ou telle personne a donnĂ© son 400$ au parti. Le simple fait dâidentifier des personnes par leur don est malsain. Il faut y mettre fin.
Et on y arrive. Le gouvernement a dĂ©posĂ© Ă lâAssemblĂ©e nationale le projet de loi 2, qui vise Ă rĂ©duire Ă 100$ le don privĂ© maximal versĂ© Ă un parti politique. La porte de la magouille Ă©tait ouverte Ă hauteur de 3000$ il nây a pas si longtemps. On sâest rendu compte quâil y avait un problĂšme. On lâa tout de mĂȘme laissĂ©e ouverte Ă hauteur de 1000$. Il y avait encore un problĂšme. La meilleure chose Ă faire est de la refermer complĂštement, câest-Ă -dire un systĂšme entiĂšrement public qui, je le rappelle, coĂ»tera moins cher aux contribuables, dĂ©gagera les Ă©lus de faire office de collecteurs de fonds et redonnera confiance en la machine politique globale.
Le projet de loi 2 qui laisse la porte ouverte Ă 100$ est Ă©videmment mieux que de ne rien faire, et je lâappuie. Mais il ne va pas au bout de sa logique. Et si je lance des fleurs au gouvernement pour son projet de loi, je lui rĂ©serve le pot pour son comportement parallĂšle, lui qui a dĂ©clenchĂ© un blitz de financement auprĂšs de ses donateurs privĂ©s pour profiter des derniĂšres semaines du systĂšme malade quâil veut rĂ©former. Ăa Ă©coeure un peu.
On mâa beaucoup posĂ© la question Ă savoir si le financement public que je prĂŽne ne nuirait pas Ă mon propre parti, qui en est Ă ses dĂ©buts. Ma rĂ©ponse est claire lĂ -dessus. Quand vient le temps de concevoir des politiques publiques, il faut se demander ce qui est bon pour lâintĂ©rĂȘt collectif, pas ce qui est bon pour sa formation. Si tous les partis avaient ce rĂ©flexe, la politique serait autrement plus respectĂ©e.
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