Vivre de poudre et d’eau fraîche (1)

Le défi Soylent

Ça fait maintenant presque deux semaines que je n’ai rien mangé.

Quand j’ai appris l’existence de Soylent il y a quelques années, j’ai tout de suite été intrigué. Un mélange de poudre qui remplace toute la nourriture dont t’as besoin pour toute la vie? WTF. Malheureusement, ce n’était disponible qu’aux États-Unis. J’ai donc continué à manger des pâtes pis des burgers comme un vulgaire piéton du vingtième siècle.

Je suis quelqu’un qui aime manger. (Ceux qui me connaissent savent que je ne pèse pas 85 lbs, et ça ne vient pas de nulle part.) Mais je suis aussi un gros nerd, et quand quelqu’un annonce qu’il a cracké le code de la NUTRITION HUMAINE — rien de moins –, je m’emballe. Quand Soylent est devenu disponible au Canada, à la mi-juin, j’ai placé ma commande en moins d’une heure: un mois de nourriture complète pour $375 (tout inclus).

J’ai reçu ma gigantesque boîte aux bureaux d’Urbania quelques jours plus tard; le 25 juin, j’entamais la transition qui me mènerait à me nourrir exclusivement de smoothies beiges pendant près d’un mois.

Soylent m’ont en fait livré suffisamment de poudre pour quatre semaines, l’idée étant qu’à chaque 28 jours, on replace une nouvelle commande et tout se passe comme dans du beurre de la margarine un substitut de quelque chose qui glisse bien. Je suis donc à la mi-parcours de mon expérience, avec douze jours de Soylent exclusif derrière moi et douze jours à venir, avant une réintroduction graduelle à la nourriture solide, tel que recommandé.

À mi-chemin, il est temps de faire un bilan.

On va se le dire, ça se passe plutôt bien.

Étonnamment.

Mais commençons par le début:

Qu’est-ce que c’est?

Version courte: Le Soylent est une poudre beige qu’on mélange avec de l’eau (2 parts eau, une part poudre) pour donner une mixture qui remplace, théoriquement, tous les besoins nutritionnels de l’homo sapiens moyen. Le résultat se veut sans odeur, sans goût et sans texture. Dans les faits, ça ressemble à un mélange à crêpes un peu trop dilué et ça goûte le smoothie au pain brun. C’est farineux et peu ragoûtant.

Le Soylent a été inventé en 2013 par Rob Rhineheart, un développeur informatique en Californie. Comme plusieurs geeks, il se nourrissait presque exclusivement de pizza congelées et de repas préparés: quand on travaille 70 heures par semaine, on n’a pas toujours envie de cuisiner. Puis, il s’est demandé s’il était possible de créer quelque chose qui fournirait toute la nutrition dont le corps humain a besoin (vitamines, minéraux, glucides, acides aminés, graisses, protéines) en une seule recette simple et facile d’utilisation.

Soylent était né. Et Internet était très, très intéressé: Rhinehart a créé un Kickstarter pour gérer la demande, et il a amassé plus de 750 000$. Avec de l’aide de nutritionnistes, de biochimistes et de médecins, la recette 1.0 du Soylent était enfin disponible en avril 2014. Mais seulement aux États-Unis, et avec plusieurs mois d’attente pour les nouveaux clients. Depuis, périodiquement, certains ajustements sont faits à la recette, que ce soit pour changer des ingrédients (récemment, on a retiré les extraits d’huile de poisson pour rendre Soylent complètement végane) ou pour ajuster le taux de lipides/glucides/protéines en fonction des commentaires des utilisateurs. La version actuelle, que j’ai testée, est la 1.5.

Alors que le milieu de la nutrition industrielle est reconnu pour ses secrets, Soylent est résolument ouvert: depuis le début, la recette est disponible publiquement et ils offrent même un outil pour ceux qui voudraient créer leur propre soylent, que ce soit parce que l’aliment officiel n’est pas disponible chez eux ou qu’ils ont d’autres besoin (ceux qui suivent des diètes cétogènes par exemple).

Les règles du défi

J’ai commandé «un mois» de Soylent, c’est-à-dire quatre boîtes de 7 sachets, chaque sachet de 460g contenant une journée de nourriture. J’allais suivre les règles d’introduction au produit, c’est-à-dire intégrer le Soylent progressivement en remplaçant d’abord un repas, puis deux, et enfin trois, au cours d’une semaine. Puis, dès le 1er juillet, j’allais cesser de consommer autre chose que du Soylent et de l’eau, jusqu’à ce qu’il ne me reste que trois sachets, que j’étirerais sur la semaine qui suivrait pour réintroduire la nourriture solide dans ma diète.

Ce que ce n’est pas

Ce n’est pas un régime. Ce n’est pas une diète. Ce n’est pas une cure. Il ne s’agit pas ici de me nourrir exclusivement de jus verts ou de tisanes. Soylent est un aliment à part entière, qui n’est pas conçu pour la perte de poids ou la détoxification ou quoi que ce soit. C’est fait pour être un remplacement à la nourriture “pour toujours”, pas une diète flash de deux semaines. Je ne recommande évidemment pas ça à tout le monde, et je ne recommanderais jamais de faire quelque chose du genre avec un mélange qui n’aurait pas été testé et approuvé par des nutritionnistes et plusieurs sources. Ce serait extrêmement dangereux.

Jusqu’ici tout va bien

Étonnamment, me nourrir de Soylent est beaucoup plus facile que je ne le pensais. J’ai évidemment des cravings de certains aliments de temps en temps, mais la chose principale est que, avec un pichet d’1.6L par jour (ce qui est la portion recommandée, à 2000cal), je ne souffre absolument pas de la faim. Oui, bien sûr, j’ai faim comme tout le monde, le matin, le midi et le soir (et quelques fois entre les repas) mais je me sers un verre de Soylent bien froid et le problème est réglé.

Ceci dit, les paramètres du défi font en sorte que je ne dois pas tricher : je ne peux pas prendre une chip dans le bol au centre de la table de réunion au bureau, je ne peux pas m’acheter une limonade s’il fait chaud, je ne peux pas profiter des BBQ pour me gâter avec un hot dog. Et je ne peux évidemment pas boire une bière non plus.

Ça se passe bien, donc, mais c’est plate en ta’.

Dans le prochain billet, je vous parle de la préparation de la mixture, on fait un test de goût, et je vous glisse un mot sur la réaction des gens face à tout ça. (Bon dieu que j’en ai long à dire!)

Ça vous intéresse? Vous avez des questions? Il me fera plaisir d’y répondre dans les commentaires plus bas, ou au eric@urbania.ca

“Kampaï”.

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