Vivre dans le déni

Vivre dans l’déni, c’est d’même que j’veux faire ça.

NON, c’est pas d’même que j’veux faire ça. Vivre dans l’déni, c’est l’apothéose de la procrastination. Comme quand je vis dans le déni de mon compte d’hydro à payer, de ma relation à terminer, de mes rapports d’impôts à compléter. Vivre dans c’déni-là me nuit. De refuser de voir ces réalités ne relèvent tout simplement plus du déni, c’est de la lâcheté.

Bien sûr, y’a des choses qui valent la peine qu’on vive dans le déni de. Tel que l’existence de certains chroniqueurs, par exemple. Depuis que j’ai décidé que j’faisais comme s’ils existaient pas, j’m’en porte mieux. Pas de cancer à l’horizon, ma peau est douce et mon niveau de cynisme, stable. Je vis dans le déni de la télévision aussi depuis bientôt 6 ans. Ça fait que j’comprends pas la moitié des statuts facebook de mes amis mais who cares, tout c’que j’vois c’est du monde se plaindre de la mauvaise qualité de telle ou telle émission et des scandales à plus finir sur des starlettes inutiles.

MAIS, y’a un des déni dans lequel on vit que j’aimerais aborder.

C’est le pseudo-déni de l’existence des flatulences.

Je dis pseudo, parce qu’on ne nie pas de façon catégorique son existence. On en parle, on en fait des jokes, mais on l’assume zéro. Le mythe allègrement nourri par la société sur le fait que les femmes ne pètent jamais en est un bon exemple. J’m’excuse de froisser ton monde imaginaire de pouliches propres étincelantes de bonheur mais j’te l’dis moé, une fille, ça pète. Parce que si elles pètaient pas, elles ballonneraient tellement qu’on les verrait toutes s’envoler comme des montgolfières. Et là je vais te choquer encore plus, elle pètent avec leur ANUS. Yep, elles en ont un pis non, leur derrière n’est pas qu’une seule fesse lisse et immaculée.

Pourquoi on veut pas que les filles pètent? Hein? C’est quoi l’affaire avec ça? J’ai sondé des gens autour de moi, et ce de façon TRÈS sérieuse et voici quelques réponses éclairantes à ma question :

Pour ou contre une fille qui pète.

Gars no. 67 :  Moi, ça me gosse. Genre, ça fait -3 sur l’échelle de sexiness immédiatement. C’est pas cute ni drôle. J’suis pas offusqué, j’la trouve juste moins désirable et plus conne.

Fille no. 465 : Chez moi on a vécu une dictature du pet, c’était correct que papa et mon frère pètent mais tout à fait inacceptable que moi ou maman le fasse.

Gars no. 754 : Je ne m’en préoccupe pas, au-delà du civisme habituel.

Fille no. 92 : Je travaille dans un milieu masculin et les gars pètent sans arrêt mais ce serait vraiment mal vu que j’m’y mette aussi.

Gars no. 34 : Ok ben, pet pas pet j’y vas, je suis féministe alors je crois que les filles ont les mêmes droits que les gars. Je crois d’ailleurs que la chanson Sous le vent de Garou et Céline, c’est en fait un hymne au pet.

Fille no. 98 : J’pète jamais voyons toé!

Gars no 64 :

Tirez-en vos propres conclusions, mais me semble que le message ici est clair, une fille qui pète c’est plus disgracieux qu’un gars et que les filles ne peuvent pas pèter en paix sans qu’on leur fasse vivre quelque chose que j’ai appelé :

le FARTSHAMING.

Certes, je ne dis pas qu’on devrait pèter à tous vents au point que notre anus devienne un carburateur qui nous propulserait vers l’avant, mais ce serait tu possible que si ça arrive, par inadvertance, qu’on ne le mette pas sur YouTube en nous pointant du doigt comme si on était la pire estie d’gigonne que la Terre ait jamais portée? Ça s’pourrait-tu que la vision qu’ont les hommes des filles qui pètent soit un tantinet conservatrice et qu’elle encourage le mythe de la femme parfaite qui reste à sa place pis qui pète pas plus haut que l’trou?

Pète pas plus fort que moé, femme, c’est déplacé.

C’est peut-être une question de classe sociale et/ou de culture aussi. Ici (en Amérique) quand quelqu’un lâche une perlouse, il se passe quelque chose, inévitablement. On rit, on réagit, il y a un malaise. Sans parler de ce que ressent le ou la coupable de la dite-déflagration, un mélange de honte et de gêne doublé d’une montée extrême d’adrénaline et de peur que ça sente. Par exemple en Inde, tu peux pèter ta vie sans que personne ne s’en formalise outre-mesure, ça passe dans l’beurre, les gens rient même pas. Ce que je trouve très étrange, car j’ai toujours dit qu’il fallait jamais truster ça, une personne qui ne rie pas quand quelqu’un pète. Un ami qui y a vécu quelques temps me disait que lors de séances de méditation dans un quelconque vipassana, il s’était amusé à recenser le nombre de pets entendus et ça frôlait le 80 pets/h. Aussi, saviez-vous qu’il est interdit de pèter en Afghanistan? Par contre, tu peux tirer du gun dins airs et violer toutes tes cousines mais avise-toi surtout pas d’pèter mon esti.

Est-ce qu’on pète plus dans Hochelaga que sur le Plateau? C’est legit comme question, me semble. Je suis certaine que Christian Bégin y pète sul Plateau autant que Sophie Cadieux pète sur la Place Valois. MAIS, avoue que ça te gosse d’imaginer Sophie Cadieux pèter? Ben c’est ça.

Une fille qui rote aussi apparemment, c’pas yâb. T’as peut-être plus envie d’y donner une bine que d’la frencher après ça. Pourtant, ce sont des réflexes humains. Pèter ce n’est pas un privilège mâle, c’est uni-sexe ok? J’peux-tu pas souffrir de ballonnements juste à cause de ton étiquette de marde que c’est pas beau une fille qui pète? Si j’pète sur Instagram, y vont tu deleter ma vidéo? J’suis pas pétophile là, mais on sait jamais, peut-être que dans le méthane dégagé par les vesses féminines se trouvent un agent qui perturbe la reproduction des maringouins et que si les femmes pétaradaient tel des KALASHNIKOV on éradiquerait cette race maudite ON L’SAIT PAS ÇA.

On va me dire que je devrais mieux choisir mes batailles, probablement. Que la liberté de pet ne peut être le porte étendard de la lutte féministe, y’a toujours des gens pour te dicter comment penser. Mais je crois que le micro-dénoncement, c’est important aussi. Le yâb est dins détails, non? À bas le fartshaming et de grâce, au nom de toutes les venteuses de ce monde, qu’on nous laisse pèter allègrement. Qu’on se sorte la tête du trou pis qu’on cesse de vivre dans l’déni. Car on obtiendra l’égalité des sexes seulement, et seulement, quand ce sera aussi acceptable pour une femme de pèter aussi impunément que ce l’est pour un homme.

(Message pour l’Académie Française : il serait temps, à l’instar du mot “évènement” que le mot “péter” connusse la même évolution, comme en témoigne son utilisation abusive dans ce texte, merci.)

Pour lire un autre texte de Mad Amesti : Quitter Facebook pour écouter le silence

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