Vive le Harfang des Neiges!

« Le vin devient plusse meilleur en vieillissant parce qu’il prend de l’âge. »    Après tout, la jeune employée du vignoble n’avait pas tort.  C’est en vieillissant qu’on prend de l’âge.  Touché.  Et c’est en jouant les faux amateurs de vin qu’on est vraiment Québécois. Les faux amateurs.  Ceux qui partent faire la route des vins et qui se la jouent.  Ceux qui débarquent dans un souper avec une bouteille à 20 piastres, le menton en l’air, prétextant que « même Josée Distasio en met dans sa sauce parce que les habitants d’un petit village dans le sud de la Sicile font pareil bon».  Ceux qui arpentent les allées de la SAQ en lâchant un petit « hmmm…  Corsé! » ou un bon vieux « Parfait pour les viandes rouges » en sachant très bien, au fond d’eux-mêmes, qu’ils sont dans le champ. Les Québécois connaisseurs de vin?  Allez donc rêver. Suffit de se lancer sur la Route des Vins des Cantons-de-l’Est un beau week-end de septembre pour le réaliser.  Tous des frimeurs.  Des arnaqueurs de la pire espèce levant le petit doigt comme si la chose leur permettait de lâcher les pires idioties entre deux gorgées du « p’tit vin pas piqué des verres que Lucie nous a amené au souper l’autre jour ».  Le week-end dernier, un vieux couple habillé en beige et portant des Crocs bleu ciels était ainsi arrêté au vignoble des Deux Clochers de la Route 202, y allant d’une bonne session de gargarisage en faisant rouler l’alcool dans leur gorge comme s’il s’agissait d’une bonne rasade de Scope vert qui pique la langue.  « Hmmm…  Pas certain.  Il est peut-être trop tôt pour le boire! »  « Tu crois qu’il est bouchonné? »  « Pas mal pour un beaujolais du Québec! »  De la foutaise! Pire encore : le type Jeune Gonflé Professionnel et Faussement Connaisseur de la Rive-Sud habitant aux abords du Quartier Dix-30 y allant de ses phrases-chocs de nouveau bien nanti pendant un BBQ à Laval.  « Moi je fais toujours affaire avec un importateur privé le gros.  Au moins je sais qu’on se parle entre connaisseurs.  Pas comme les épais à la SAQ qui connaissent rien.  Moi, le vin, c’est sacré. »  Faites-moi donc rire! Les Québécois ne connaissent rien au vin. Pas vous plus que moi. Et si l’on continue à s’en faire à croire en en faisant même un petit plaisir coupable, c’est pour mieux faire oublier la bonne vieille bouteille d’Harfang des Neiges qui traîne au fond de  notre frigidaire.

Du même auteur