Ville de la semaine : Lyon

Découvrir ou redécouvrir une ville, un village, un quartier par le biais d’une personne qui l’aime.

Au risque de me faire haïr par certains expatriés français, Lyon c’est la plus belle ville de France. Voilà, c’est dit. L’autre jour le monsieur de Service Canada m’a même dit «c’est elle la vraie capitale de la France», donc si les fonctionnaires québécois le pensent…

Avec plus de 500 000 habitants, Lyon est grande, mais pas submergeante, éclectique et colorée, mais surtout, Lyon est à la fois moderne et très puritaine.

En fait, on passe en quelques minutes d’un quartier où des catholiques pas pauvres du tout vendent des meubles de déco à 2000 euros la chaise en plastique, aux pentes de la colline de la Croix-Rousse, jadis réputées pour ses punks à chiens, qui a cependant tout conservé de son côté brut, graffitis et hipsters en prime. Cette dualité un peu étrange donne à Lyon son charme et sa signature particulière.

On aime Lyon pour sa belle «bipolarité» urbaine et poétique.

Bien que Lyon et sa banlieue s’étendent sur 500 km2, son centre-ville se situe sur une presqu’île entre la rivière de la Saône et le fleuve du Rhône. Alors rien qu’en traversant un pont, on change littéralement d’ambiance (et des ponts, il y en a une bonne vingtaine).

Pas pire, hein?

Mais on aime justement la ville pour cette raison, sa belle «bipolarité» urbaine et poétique. Là-dessus, elle s’entend à merveille avec Montréal.

Aujourd’hui, la ville est toujours en pleine évolution, sa population s’accroît et elle semble tout doucement attirer l’attention qu’elle mérite. Pour ça, on peut remercier l’établissement de plusieurs événements qui ont su valoriser son atmosphère. Le festival des Nuits Sonores a notamment participé à redonner vie à un quartier oublié, la Confluence, remettant au goût du jour les vieilles usines, l’art et les soirées électros éphémères.

Mais n’oublions pas qu’à la Rome Antique, Lyon était tout aussi hype, sauf qu’elle s’appelait Lugdunum et était la capitale de la Gaule romaine. Raison de plus pour dire que notre coolness se cultive depuis des siècles. Et c’est parce que la ville est très (très) ancestrale qu’on peut encore en 2017 chiller dans un grand théâtre gallo-romain à ciel ouvert plus vieux que notre lignée de naissance.

Je ne peux que vous conseiller d’aller rencontrer Lyon par vous-même. Voici donc quelques conseils, non exhaustifs et pas toujours très nets, avant que vous atterrissiez dans la splendide capitale des Gaules.

À Lyon, on n’est pas full végé.

  • Manger dans un «bouchon». Bah oui, c’est la capitale de la gastronomie et les «bouchons», petit mot bien mignon pour désigner les restaurants, il y en a vraiment beaucoup. Mais attention à ne pas aller dans les mauvais restos pour les touristes, situés particulièrement dans le Vieux-Lyon. On risque de vous servir des calamars frits congelés qui n’ont rien de local. Et ça va être dispendieux en plus. Mieux vaut se rendre par exemple rue Mercière pour apprécier notre gastronomie ou encore souper dans les brasseries de Paul Bocuse. Par contre vous risquez de vous faire proposer de goûter des abats. Ouin, à Lyon, on n’est pas full végé. Beaucoup des spécialités culinaires lyonnaises ressemblent à ça: tripes, cervelles, rognons…

Pas génial pour ton feed instagram…

Je sais que la poutine a elle aussi un aspect peu esthétique et on serait tenté de leur laisser leurs chances, mais non, juste non. La rosette c’est meilleur par exemple.

  • Boire sur les quais du Rhône ou de la Saône.
    Comme un-e vrai-e Lyonnais-se! À l’image d’un cliché français, les nombreux quais se transforment au coucher du soleil en apéros géants et fantasques. Mais passé le coucher du soleil instagramable, le party lève et les gens deviennent fous, ils sautent dans les fontaines, se rendent soudainement sociables et lorsque vous rentrerez chez vous après 4h du matin c’est pas mal sûr que vous aurez 5 nouveaux amis sur Facebook. Seul bémol: il n’y a pas de toilettes sur les quais. Faudra faire pipi entre deux autos. (Ce n’est pas parce qu’on a une belle vue qu’on abandonne notre côté
    trash, hin).

    Au début de l’apéro, tout est beau.

    À la fin du party, c’est moins pittoresque, mettons… Crédit : Paolo Nardiello

     

  • Spotter les «célébrités» du coin.
    L’autre activité des quais divertissante reste tout de même d’attendre le passage de Jean-Pierre, le coureur des berges du Rhône. Jean-Pierre est une légende dans le paysage citadin. Il court très vite pour son âge avancé et se fait applaudir à chaque passage, été comme hiver d’ailleurs. C’est un peu notre Céline à nous, sauf qu’il n’est pas connu ailleurs. Les Lyonnais lui vouent un amour inconditionnel et il a même une fanpage Facebook avec plus de 30K abonnés.

    Crédit : Joris Couronnet

    Apparemment l’humoriste Florence Foresti et le réalisateur-acteur Alexandre Astier (Kaamelott) sont aussi originaires de Lyon, mais laissez-faire, je ne les ai jamais vu…

  • Adopter le «parler lyonnais».
    Utiliser l’adjectif «cher» à outrance. Ici tout est CHER, c’est cher bon, c’est cher beau, c’est cher cool, c’est même cher cher (surtout là ou y’a Dior et toute la patente, rue de la République). Même histoire pour les «y». On ne dit pas «je vais le faire», mais «je vais y faire». Au bout de quelques pratiques, vous allez cher y aimer, vous verrez. Au pire vous serez
    tannés fanés.
  • Dire que Paris est mieux que Lyon.
    OU PIRE ENCORE, que Marseille est mieux que Lyon! Même si techniquement le débat n’est pas tranché, ici on y croit fort que Lyon c’est LA deuxième ville française et ça anime nos débats. Lorsqu’un Lyonnais sort du placard en admettant, oh calvaire, avoir aimé Marseille, la chicane est inéluctable. Probablement qu’ils seront moins frus d’en parler avec des Québécois, mais c’est un sujet sensible, je vous aurais prévenu.
  • Aller à la Fête des Lumières.
    À l’origine il s’agissait d’une fête chrétienne en l’honneur de la vierge Marie pour la remercier d’avoir sauvé la ville de la peste. Maintenant que la peste et autres syphilis sont rendus #so1643, c’est aussi devenu un grand festival artistique et populaire qui prend place début décembre. Pendant toute une fin de semaine, des illuminations et des créations artistiques sont installées à travers la ville, des spectacles de sons et lumières sont projetés sur les bâtiments et les Lyonnais déposent sur le rebord de leurs fenêtres des petites bougies appelées lumignons. Si vous aimez les arts, le vin chaud, et les Français qui se bousculent, c’est l’endroit. 

  • Rapporter dans ses valises un guignol en bois.
    La marionnette créée à Lyon au début du 19
    e siècle est encore (et malheureusement) un symbole fort de la ville. C’est creepy, et sa coiffe que l’on nomme «salsifis» ajoute à la laideur de l’objet. Apparemment c’était la tenue des canuts (le nom donné aux Lyonnais qui tissaient la soie y’a très très longtemps). Le cadeau de voyage idéal à offrir à votre mononcle insupportable.

  • Se perdre un peu partout.
    De la fontaine des Terreaux jusqu’à l’Institut Lumière en passant par les vieux funiculaires. C’est le conseil le plus vague et le plus sensé que je peux vous donner. La gentrification existe aussi de l’autre côté de l’Atlantique, mais ça me permet de vous conseiller de vous la jouer bobo à la Croix-Rousse, de flâner au nouveau musée des Confluences ou encore de vous frotter à la vie des noctambules du quartier de la Guillotière où bars branchés et bouffe des quatre coins du monde se côtoient. Pour les autres choses à visiter et à faire, le blogue
    Lyon CityCrunch fut une ressource indispensable à ma vie lyonnaise.

En écrivant ses mots, la nostalgie s’empare quelque peu de ma personne. On dirait que c’était le bon vieux temps lorsque j’avais le mal de mer d’avoir trop bu de cocktails sur les péniches et que je gardais des enfants qui me demandaient de leur parler de Jésus tous les soirs.

Parfois, je l’admets, elle me manque Lyon.

PS : Lyon > Marseille.

Les cousins français ont leur page Facebook. Du coup, tu peux liker : URBANIA France.

Pour lire un autre texte de Claire-Marine Beha: «Photographier les Montréalais dans leur habitat naturel».

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