Vietnam, PQ

Y a un p’tit peu de chez nous là-dedans.

Nous sommes une famille montréalaise plutôt sympathique, ayant décidé de tout sacrer là pour faire le tour de l’Asie durant environ sept mois. Nous ne sommes pas des hippies (sauf ma blonde qui porte encore des bijoux en bois), ni des gens riches, nous avons seulement décrété que ce projet supplantait en importance tous les autres. Voici le récit de notre voyage.

«Yé là!!», s’est exclamé Victor en apercevant son grand-père sortir de l’aéroport d’Ho Chin Minh, avant de se garocher dans ses bras comme dans les films, talonné par sa sœur tout aussi extatique.

Claude, mon père, est venu passer trois semaines avec nous au Vietnam. Ce retraité de la police de Montréal n’a pas beaucoup voyagé dans sa vie, mais c’est un naturel.

Au jeu « Trouve le personnage de la défunte série Lost qui te ressemble le plus », il serait assurément John Locke, avant sa transformation en monstre de fumée.

Ma mère n’a pas suivi, parce qu’elle haïrait probablement chaque seconde de ce périple. La chaleur, les longues marches, la sollicitation, le chaos ambiant, traverser la rue, le confort discutable, les trajets fleuves en bus, les bébittes, etc. etc.

Au jeu « Trouve le personnage de la série Lost qui te ressemble le plus », elle serait assurément morte dans le crash ou rapidement assassinée par les survivants.

On la salue.

Mon père, donc, venu déstabiliser le noyau familial tricoté serré légèrement sectaire qui caractérise nos quatre premiers mois de voyage.

Pour le mieux. Les enfants capotent, surtout Victor qui commençait à démontrer quelques signes d’ennui. Faut dire que le Cambodge n’a pas été un gros coup de cœur et que notre dernière plage, activité chouchou de nos rejetons, remontait à la Thaïlande, presque deux mois plus tôt.

Sauf si ton enfant est Grégory Charles en 1979, les chances sont minces qu’ils se développent une passion pour des visites de ruines à 40 degrés Celsius.

Normal après tout. Sauf si ton enfant est Grégory Charles en 1979, les chances sont minces qu’ils se développent une passion pour des visites de ruines à 40 degrés Celsius ou l’exposition de photos crève-cœur des victimes de l’agent Orange au Musée de la guerre.

Bref, l’arrivée de leur grand-papa semble mettre un plaster momentané sur leurs blues de voyageurs. Avant, on allait chez McDo pour un effet similaire, mais moins durable.

Martine et moi sommes aussi heureux de cette visite. Et pas juste parce qu’on peut lui shipper les enfants pour faire de la sexualité ailleurs qu’en ninjas dans une douche sans eau chaude à la salubrité variable.

Non, c’est quand même beau de le voir profiter à son tour des moments qui nous obligent parfois à se pincer depuis janvier. Déjà que mon père est un maniaque de nature et que le Vietnam offre justement une panoplie de décors grandioses.

 

Ça nous rappelle à la fois le Sri Lanka pour les paysages, l’Inde pour l’exotisme et la Thaïlande pour la facilité. Bref, on aime vraiment le Vietnam jusqu’ici. Plus qu’on croyait ou qu’on nous l’avait vendu en tout cas.

Comme mon père n’est là que durant trois semaines, on a dû adopter un rythme « voyage organisé », où l’on passe environ deux-trois jours par destination.

Sauf à Ho chi Minh où j’avais loué pour six nuits une authentique maison vietnamienne, trouvée sur Airbnb. L’idée était de vivre la vraie patente, dans un quartier populaire avec des locaux qui mangent de la soupe au déjeuner comme voisins. On a été servis. Toutes les pièces de l’appartement se résumaient à des matelas crissés au sol, dans des pièces louches sans fenêtres. Sur notre « balcon » donnant sur la rue, des rats émergeaient régulièrement de notre cage d’escalier super glauque où quelqu’un a probablement déjà été assassiné, violé ou les deux en même temps.

On a quand même profité du balcon pour refaire le monde en boisson, mon père et moi, amusés devant le défilé permanent de motocyclettes dans les rues animées d’Ho Chi Minh.

Si ça se trouve, j’avais un aïeul de la Nouvelle-France qui avait ma grosse face et mon talent pour imiter Bruce Willis en français dans Piège de cristal.

Je suis parti me coucher dans un stade assez avancé, où je réalisais qu’on ne connait réellement jamais sa descendance au-delà de ses grands-parents et que, par conséquent, toutes nos actions ou idées ne servent ultimement à rien. Ton opinion sur le port du voile, tes résultats au Ironman de Mont-Tremblant, sans oublier le renouvellement de tes vœux pieds nus dans le sable de Playa Del Carmen.

Si ça se trouve, j’avais un aïeul de la Nouvelle-France qui avait ma grosse face et mon talent pour imiter Bruce Willis en français dans Piège de cristal.

Fallait être en forme le lendemain de toute façon, on fêtait les sept ans Simone aux glissades d’eau, situées en plein cœur de la ville. Jamais vu autant d’êtres humains réunis dans un seul et même endroit. Tous des jeunes Vietnamiens très bruyants. Comme nous étions les seuls touristes, j’ai enfin compris comment pouvait se sentir une minorité visible dans une salle de presse québécoise.

Une grosse journée en tout cas, dont une portion s’est déroulée sous des pluies torrentielles.

Le début de la saison des pluies nous a d’ailleurs convaincus de se sauver en avion à Hué, au centre du pays.

Très beau ça Hué, avec sa citadelle qui s’étend à perte de vue et ses fortifications au bord de la rivière. C’est aussi très touristique et plusieurs restaurants destinés aux Occidentaux ont été ouverts en bordure d’une rue piétonnière. Tsé, l’endroit où t’as de fortes chances de croiser un chansonnier au milieu de la rue en train de chanter Hotel California avec un fort accent. On a croisé un autobus de Québécois près de notre hôtel. Grâce à une des passagères, on a appris « qu’on mangeait bien à Hanoi ». Une autre a répondu « j’sais pas, moé j’suis », à la question « Vous allez où après Hué? ». Comme j’ai l’air un peu gigon, un monsieur m’a évidemment dit avec un clin d’œil que la bière allait être bonne à soir, faisant référence à la chaleur accablante.

Du ben bon monde.

On n’avait presque pas vu de Québécois depuis notre départ, mais le hasard a voulu qu’on s’enfarge depuis deux semaines dans des compatriotes.

Ce fut le cas à notre hôtel d’Hoi An, la destination qui a suivi Hué et probablement la plus mignonne ville du monde (va googler si tu ne me crois pas). Jocelyn, Natasha et leur fils Thomas, des gens de Boucherville, déjeunaient à la table voisine de notre guesthouse. Comme nous, ils voyagent durant sept mois et sont aussi sympathiques que Patrice Lécuyer devant la caméra.

Verdict de cette Saint-Jean improvisé : Martine a vomi sa vie et Jocelyn n’a pas été revu pendant près de 24 heures.

Comme les gens qui connaissent l’expression « Passer la nuit sur la corde à linge » sont rares, on est allés souper avec eux dans un bouiboui. Ce qui devait arriver arriva. On s’est paqueté la fraise au Da Lat, un vin vietnamien de calibre Couche-Tard. Les enfants se géraient avec leurs écrans et on a dû commander six bouteilles, assurément un record au chic Purple Latern, où une grosse araignée pas belle t’observe pendant que tu fais pipi.

Verdict de cette Saint-Jean improvisé : Martine a vomi sa vie et Jocelyn n’a pas été revu pendant près de 24 heures.

Ce qui ne nous a pas empêchés d’aller visiter Ba Na Hills avec eux deux jours plus tard.

J’avais mal lu les petits caractères et j’ai découvert à la dure qu’au-delà du pont avec les grosses mains, Ba Na Hills héberge aussi un gros parc d’attractions méga-touristique au sommet d’une montagne. L’horreur. Une estifi de grosse arcade sur trois étages dans un décor de faux château médiéval.

C’est pas compliqué, j’ai tout haï de cette journée, mais si je devais hiérarchiser ma haine, ça ressemblerait à :

4)  Les gros orages et les pluies diluviennes qui nous ont coincés près de quatre heures au sommet de la montagne, accessible seulement via des funiculaires épeurants.

3)  Les funiculaires épeurants, même si je tremblais en silence, j’essayais de faire croire aux enfants que tout est chill.

2)  Les hordes de touristes chinois qui te poussent dans le dos et qui dépassent dans les masses de monde compactes et désorganisées devant les funiculaires en panne.

  1. 1)  Me faire huer par une foule hostile parce que je refusais de laisser passer une maman enceinte de trois mois et un bébé dans une poussette. Je voulais ben les laisser passer, MAIS IL N’Y AVAIT AUCUNE CRISSE DE PLACE DEVANT NOUS. Bref, un monsieur m’a crié fuck you et plusieurs autres ont applaudi.

Pour décompresser, on est allé souper à Danang avec Jean-Michel Dufaux et sa copine. Oui oui, LE Jean-Michel Dufaux. Martine et moi en avons profité pour faire une première sortie sans enfants depuis le départ. Jean-Michel a loué un appartement à Danang, une grosse ville en ébullition. On ne les connaissait pas, mais ce fut une très agréable soirée. Surtout pour Jean-Michel je crois, d’avoir enfin pu rencontrer un esprit aussi fin et raffiné, après des années à trainer avec des gens comme Sébastien Benoit et Benoit Roberge.

Ce fut une très agréable soirée. Surtout pour Jean-Michel je crois, d’avoir enfin pu rencontrer un esprit aussi fin et raffiné, après des années à trainer avec des gens comme Sébastien Benoit et Benoit Roberge.

On a soupé dans un bon resto, eu droit à une explication sur leur parenthèse mexicaine de 10 jours entre la Thaïlande et le Vietnam et terminé ça dans un estaminet charmant hors des sentiers battus. Une Vietnamienne chantait Back to black et j’avais le droit de fumer des clopes en dedans. #Gratitude.

Pour couronner cette bulle québécoise, j’écris présentement ces lignes d’un shack en bambou dans le parc national de Phong Nha, qui appartient à Maxime Godin-Murphy, une pièce d’homme de Montréal qui a refait sa vie ici depuis sept ans. Il s’est marié avec Theu, une Vietnamienne brillante, qui lui a donné une magnifique petite fille, Kim, et prochainement un autre bébé. Le couple a aussi adopté un petit garçon, en plus d’être à la tête de quatre complexes hôteliers écoresponsables éparpillés au pays. Il s’agit de bungalows en bambou rustiques plantés au milieu de la jungle, avec le souci de préserver l’état sauvage de l’environnement. Même volonté d’embaucher des gens du voisinage pour créer de l’emploi et leur donner de décents salaires.

La business de Maxime, les Shacks Nguyen a vite grossi et fait vivre environ 70 personnes, en plus d’être très achalandée. On a visité deux de ses installations et le décrochage est total.

Juste tantôt, nous sommes partis d’ici en scooters pour aller visiter des grottes dans les montagnes tout près. Même mon cynisme habituel ne m’empêchait pas de m’émouvoir devant tant de splendeurs. En bonus, j’ai eu droit à mon père tout aussi ébaubi qui y allait de phrases du genre : « Hey! C’est de la roche en maudit ça mon ami! », sans oublier son désormais célèbre « j’en reviens pas de voir un milieu aussi naturel tabarnouche! »

En revenant au Shack à Maxime, j’ai commencé à écrire cette chronique. Une toune de Loud passait dans le restaurant.

« I just woke up avec la vie dont j’ai rêvé » dit une des lignes.

J’ai regardé Maxime en train de jaser avec des Français à la table voisine, sa femme derrière son ordinateur et la petite Kim qui parle déjà trois langues à quatre ans.

Je me suis dit que cette chanson n’a jamais eu autant de sens que dans la playlist de Maxime.

Si tu n’as jamais pensé une seconde que Jean Leloup avait déjà été figurant dans Passe-Partout, ce blogue est définitivement fait pour toi.

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