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Vieillir dans le placard des maisons de retraite
Avez-vous hâte de vivre dans une maison de retraite? Les membres du collectif La maison des RebElles non plus. On s’entend que les tournois de Wii bowling ou les potins d’ascenseur ne sont pas très vendeurs. Mais pour le collectif de femmes âgées lesbiennes, c’est surtout parce qu’elles en ont assez de l’homophobie.
En visitant une maison de retraite récemment, une des membres du collectif a demandé à une employée s’ils acceptaient les personnes LGBTQ. On lui a répondu : “ben… on n’a pas le droit de discriminer.” Quel genre de message est-ce que ça envoie ! », se désole Lou Lamontage.
« En visitant une maison de retraite récemment, une des membres du collectif a demandé à une employée s’ils acceptaient les personnes LGBTQ. On lui a répondu : “ben… on n’a pas le droit de discriminer.” Quel genre de message est-ce que ça envoie ! », se désole Lou Lamontage. Elle est la co-fondatrice de La maison des RebElles et le collectif veut construire des logements sociaux destinés aux femmes lesbiennes retraitées. Âgées entre 58 et 72 ans, les membres du collectif se sont lancées le défi de créer le premier logement social pour aînées lesbiennes en Amérique du Nord.
Leur projet a beau être pointu en titi, Lou Lamontagne croit fermement qu’il a sa raison d’être : « on a rien contre les personnes straight. Mais les lesbiennes de ma génération n’ont pas le même vécu. On est une sous-culture. Toutes les lesbiennes de Montréal se souviennent des événements qu’on organisait dans les années 1980. On a envie d’être avec des gens qui ont des souvenirs communs. », dit-elle.
Refermer la porte
Le projet des RebElles met surtout en évidence une problématique ignorée : celle des aînés qui doivent retourner dans le placard lorsqu’ils emménagent dans un centre d’accueil. « Il y a un conformisme dans les résidences pour personnes âgées, une pression sociale pour être comme les autres », note Line Chamberland, titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie et professeure au département de sexologie à l’UQAM. « Pour une étude, j’ai rencontré un homme gai qui vivait dans une résidence, mais qui ne parlait jamais de son orientation sexuelle. C’était plus facile pour lui : il avait été marié avec une femme et l’était resté même après être sorti du placard », indique la chercheuse.
« Beaucoup de lesbiennes ont passé leur vie à questionner la féminité. Après ça, elles n’ont pas envie de se faire appeler “ma petite madame” », souligne la professeure.
Le problème, selon elle, c’est que l’hétéronormativité imprègne encore les façons de faire. « Beaucoup de lesbiennes ont passé leur vie à questionner la féminité. Après ça, elles n’ont pas envie de se faire appeler “ma petite madame” », souligne la professeure. Elle pointe aussi du doigt les idées préconçues, comme celle que tout le monde a été marié et a eu des enfants. « Les aînées lesbiennes peuvent vivre plein de micro-agressions, comme une coiffeuse qui présume qu’elles veulent une coupe de cheveux féminine », explique t-elle.
Avec une ambiance aussi peu accueillante, les cheveux blancs peuvent devenir synonyme de retour à la vie cachée. Bien qu’ils ne doivent pas nécessairement vivre dans le secret absolu, les aînés LGBTQ vont rester discrets quant à la direction dans laquelle leur cœur balance. « La sexualité des aînés en général est taboue. Comme l’homosexualité y est associée, c’est pas surprenant qu’on n’en parle pas », résume Line Chamberland.
Combattre les inégalités
Le projet des RebElles s’adresse aux femmes lesbiennes et bisexuelles, mais d’autres projets sociaux accueillent des hommes gais, comme Habitat Fullum à Montréal. Ailleurs au pays, les aînés LGBTQ doivent se tourner vers les rares résidences privées (et coûteuses) pour trouver un safe space où passer leurs vieux jours.
« C’est sûr qu’avec l’âge on a moins d’énergie, concède Lou Lamontagne. Mais on va continuer d’être militantes jusqu’à la fin. »
Le problème ? « 80% des femmes aînées sont pauvres. Et c’est pire pour les lesbiennes, qui n’ont souvent pas été mariées et qui n’ont jamais reçu l’appui financier d’un conjoint », remarque Lou Lamontagne. Elle note que les hommes gais, en moyenne plus riches, peuvent souvent se permettre de vivre dans des résidences privées, ce qui n’est pas le cas des femmes lesbiennes.
La solution des RebElles est de faire ce qu’elles ont fait toute leur vie : se regrouper et partager leurs ressources. « En mettant nos sous en commun on pourra peut-être embaucher une infirmière ou aller chercher les services dont on aura besoin », explique Lou Lamontagne. Le travail à faire pour y arriver est immense, mais elle ne se décourage pas. « C’est sûr qu’avec l’âge on a moins d’énergie, concède Lou Lamontagne. Mais on va continuer d’être militantes jusqu’à la fin. »