OmarC

Vers un Québec un peu plus niaiseux !

(C’était ça ou on optait pour les paroles d’En Berne des Cowboys fringants pour le titre.)

Grosse semaine pour madame Marois et ses sbires!

Quelques jours après la diffusion d’un « documentaire-avec-des-guillemets » à son sujet, la première ministre brûlait déjà le maigre capital de sympathie gagné par La Première en y allant d’un pied dans la bouche d’une vélocité épatante : en entrevue avec Le Devoir, elle a notamment lié le multiculturalisme au terrorisme dans le royaume de la Reine et de One Direction en glissant qu’« en Angleterre, ils se tapent sur la gueule et s’envoient des bombes parce que c’est le multiculturalisme et qu’il n’y a plus personne qui se retrouve dans cette société-là ». Si elle faisait référence à l’attentat de Londres de 2005, rappelons que les motivations des terroristes impliqués – tous nés en Angleterre, sauf un, d’ailleurs- étaient davantage liées aux politiques de Tony Blair qu’au multiculturalisme, mais ça c’est une tout autre histoire…

Bref, sur fond d’une Charte des valeurs québécoises déjà critiquée et moins d’une année après le fameux Printemps érable, le PQ enflamme un autre sac de caca et le laisse sur le perron des profs de cégeps alors que le Conseil du Trésor, mené par le ministre péquiste Stéphane Bédard, veut réévaluer leur salaire à la baisseLe Devoir et différents syndicats jaugent la perte à environ 5 % du salaire, annuel. En prime, un flou absurde entoure la reconnaissance des diplômes de maîtrise et de doctorat de ces enseignants. Deux gifles pour le prix d’une, finalement.

Il faut dire que, d’un côté, la puck ne roule vraiment pas pour les cégeps.

Non seulement on constate une baisse considérable d’inscriptions (QMI annonce que l’on comptera 15 % moins d’étudiants d’ici cinq ans), mais le modèle de financement de ces institutions – justement lié au prorata du nombre d’élèves – fait en sorte que certaines écoles doivent remettre en question certains programmes moins populaires, trancher dans des volets essentiels (l’aide aux étudiants en difficulté, etc.) en plus de se serrer la ceinture afin de contrebalancer les coûts qui ne changent pas, peu importe le nombre d’élèves (comme l’entretien, par exemple).

Les profs de cégeps en bavent plus, par contre…

NB: vous me direz, bien sûr, que les enseignants au primaire et au secondaire y goûtent également, mais je préfère me concentrer sur le secteur collégial aujourd’hui… mais je vous invite tout de même à lire le billet « Parents mous, enfants fous, profs à bout » de Josée Blanchette qui aura sans doute l’effet d’une douche froide idéale pour un lundi matin.

Ainsi, certaines mauvaises langues ont associé ce milieu de travail à, par exemple, un espèce de Club Med où Francis Reddy peut arpenter les murs pendant sept années sans trop se prendre la tête. Déjà là, la reconnaissance du travail en prend pour son rhume, malgré le fait que le collégial prépare l’étudiant à la vie adulte et universitaire (en plus de lui permettre de découvrir le répertoire des Cowboys, pendant qu’on y est). Ainsi, le cliché voulant que le cégep est une étape « facultative » se perpétue… et est maintenant appuyé par un gouvernement qui, à la suite de travaux interminables, en vient à la conclusion que les diplômes cumulés par ce corps enseignant (on rapporte que 40 % des profs de cégeps ont, au moins, une maîtrise) n’ont plus la même valeur. Pire encore, leur job se bornerait qu’à échafauder leurs cours, les donner, puis corriger devoirs et examens. La recherche? Les réunions de départements ou de comités? La supervision de stages et de laboratoires? Du bénévolat, j’imagine…

Bien sûr, l’objectif est nécessaire – sauver des sous -, mais le moyen employé est aussi cheap que maladroit, car les répercussions seront considérables. En foutant une telle baffe à ce corps enseignant, on se doute bien que celui-ci ne tendra pas l’autre joue et pourrait vraiment se limiter qu’aux tâches payées. Ce qui, bien évidemment, aura un impact sur la classe étudiante, alors que certains vont certainement perdre de leur motivation pour poursuivre leur éducation dans ces établissements , voire leurs études tout court. Ce qui, comme de raison, nous mènera à une hausse colossale d’hurluberlus sur le plateau de l’émission de Denis Lévesque.

Le plus « drôle » (avec de très, très gros guillemets) là-dedans, c’est que Jean Beauchesne, président de la Fédération des cégeps, veut contrer la baisse d’inscriptions en comptant sur l’apport d’étudiants étrangers. Avenue louable, bien sûr, mais en considérant la situation socioculturelle actuelle ainsi que le vent glacial qui va bientôt souffler sur le collégial (un climat qui suscite un peu l’éducation sous Sarkozy d’ailleurs et qui était davantage envisagé comme un fardeau que comme une nécessité), disons qu’ont plaint presque autant ces nouveaux étudiants que ceux qui sont déjà coincés entre les deux engrenages.

Bref, « bonne rentrée » à tout ce beau monde et, surtout, bon courage!

D’ailleurs, le ministre de l’Éducation Pierre Duchesne tweetait hier que le fameux article du Devoir était « fort incomplet ». Quelques heures plus tard, l’auteure du texte lui répondait que le flou était, en fait, entretenu par le PQ qui n’a pas répondu à son appel. Réponse de M. Duchesne? Il ne va pas commenter sur Twitter. Ou, en .gif animé…

Bref, explications à venir (décidément, c’est à la mode au sein du PQ!), mais les professeurs aiguisent déjà leurs crayons et se rencontreront ce jeudi pour envisager la suite des choses. Si la démarche prévue est vraiment celle décrite dans Le Devoir, j’espère vraiment que la population (enseignants, étudiants, parents, alouette!) descendra à nouveau dans les rues. Il en va tout de même de l’éducation, après tout…

Mise à jour
: le PQ a publié un communiqué dans lequel il affirme ne pas vouloir diminuer le salaire des profs de cégep.

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