Germain Barre

URBANUIT : petit guide du pegging et des joies de la prostate

On se penche (lol) sur une tendance de plus en plus populaire.

URBANIA et les Boutiques Séduction s’unissent pour vous faire découvrir les plaisirs insoupçonnés qui se cachent dans votre derrière!

Il y a de ça quelques années, les seuls moments où le grand public entendait parler de « pegging » (pénétration anale avec un jouet sexuel) c’était dans le punchline d’une blague douteuse, dans un film ou une série. Avec le temps, la discussion qui entoure la pratique a commencé à changer. Par exemple, dans la série américaine Broad City, l’une des protagonistes vit une expérience empowering et sexy la première fois qu’elle s’adonne à la pénétration anale avec un nouveau partenaire. Le discours autour de l’identité de genre, de l’orientation sexuelle et des préférences sexuelles de chacun a aussi beaucoup évolué dans la dernière décennie. De fil en aiguille, le pegging est devenu de moins en moins tabou et on est là pour vous en parler!

Petite histoire du pegging dans la culture

Bien avant qu’Abbi Jacobson porte son iconic strap-on, le marquis de Sade mentionnait le pegging dans La philosophie dans le boudoir, un ouvrage paru en 1795. Il faut dire que le marquis était très pro plaisir anal, même si on ne vous recommande pas nécessairement de suivre ses conseils en la matière…

Bien avant qu’Abbi Jacobson porte son iconic strap-on, le marquis de Sade mentionnait le pegging dans La philosophie dans le boudoir, un ouvrage paru en 1795.

Plus près de nous, c’est le podcasteur et journaliste américain Dan Savage qui a donné le nom de pegging à cette pratique sexuelle. En 2001, Savage a mis les auditeurs de son podcast, Savage Love, au défi de trouver un nom pour désigner l’acte sexuel où « une femme portant un strap-on pénètre son partenaire masculin ». C’est ainsi que le terme pegging est né. On parlait ici de femmes et d’hommes cisgenres, dans une relation hétérosexuelle, mais la réalité est beaucoup plus complexe que ça, puisqu’il y a des femmes avec des pénis, des hommes avec des vagins et des personnes qui ne s’identifient pas à un genre ou à l’autre.

Tout le monde a un anus

Peu importe comment on est né ou comment on choisit de s’identifier, une chose est certaine : tout le monde a un anus. Donc, en général, tout le monde peut avoir du sexe anal, et pour ceux et celles qui y sont enclins, la pénétration anale peut être vraiment intéressante. Dans le cas des individus qui ont une prostate, sa stimulation peut mener à des orgasmes et des plaisirs différents.

Source

Patrice Bécotte, sexologue, nous en parle. « C’est un plaisir qui peut être diffus et qu’on peut ressentir dans le pénis aussi. On peut atteindre l’orgasme soit en se masturbant [pendant la pénétration anale] ou juste en stimulant la prostate. » Selon le sexologue, c’est la pression sur la prostate et l’intensité avec laquelle elle est appliquée qui va procurer du plaisir. Il nous met par contre en garde : « Des fois, dans ce jeu-là, on va mettre trop de pression sur [l’organe prostatique] parce qu’on entend que l’orgasme est vraiment intense et qu’on peut l’atteindre sans toucher le pénis. Dans ces cas-là, on passe à côté de ce qui nous érotise là-dedans. »

Nouveauté et bousculement des rôles traditionnels

Les raisons de vouloir essayer la pénétration anale peuvent être vraiment variées. « La motivation peut aller d’une simple curiosité à un fantasme qui est plus ancré, explique Patrice. Par exemple, l’homme pourrait aimer l’idée de se faire pénétrer, vouloir apporter du changement dans sa vie sexuelle, voir sa partenaire dans un rôle de domination. » Les femmes aussi peuvent avoir envie de varier les rôles et d’assumer une position plus « dominante » ou tout simplement être curieuses du feeling que ça donne de pénétrer quelqu’un. Le désir d’essayer le pegging peut venir de l’un ou l’autre des partenaires. Lorsqu’on prend le temps de se questionner sur les raisons qui font qu’une certaine pratique sexuelle nous intéresse, ça peut aider à comprendre ce qui est érotique pour nous.

« La motivation peut aller d’une simple curiosité à un fantasme qui est plus ancré, explique. Par exemple, l’homme pourrait aimer l’idée de se faire pénétrer, vouloir apporter du changement dans sa vie sexuelle, voir sa partenaire dans un rôle de domination. »

Dans les couples hétérosexuels par exemple, le pegging peut aider à explorer et changer les rôles sexuels préétablis où la femme est celle qui se fait pénétrer par l’homme. « On parle parfois de renverser les rôles, mais dans une optique moins binaire, j’aime dire que c’est “bousculer”, raconte le sexologue. [Pendant l’acte,] la femme ne va pas nécessairement prendre un comportement ou une attitude masculine et vice versa. » Anecdotiquement, certains couples ont aussi trouvé que lorsque l’homme vivait l’expérience d’être pénétré, il pouvait être plus empathique envers sa partenaire dans le reste de leurs expériences sexuelles.

Quand on parle de pénétration en tout genre, on pense souvent à quelque chose qui se passe avec un (voire des) partenaire.s, mais ça peut aussi très bien se faire tout seul. Si vous êtes curieux ou curieuse, rien ne vous empêche d’essayer d’abord en solo. C’est une bonne façon d’explorer doucement une pratique qui vous intéresse avant d’aborder le sujet avec votre partenaire. Puis, si vous décidez que c’est une pratique que vous aimeriez intégrer à votre vie sexuelle à deux, vous aurez déjà fait une partie du chemin. Pouvoir nommer ses envies et ses craintes peut souvent mener à une plus grande connexion entre les partenaires.

Ok, mais comment ça marche?

Pour les couples où le partenaire qui souhaite pénétrer l’autre n’a pas de pénis, la première étape est de s’en procurer un. Pour le pegging, on va souvent suggérer un strap-on, c’est-à-dire un harnais qu’on porte autour de la taille et dans lequel on insère un dildo. Il existe beaucoup de modèles différents sur le marché. Certains viennent avec le jouet, d’autres viennent sans et on peut choisir et changer ledit jouet comme on veut. Certains modèles vibrent pour que les personnes qui les portent puisse être stimulées en même temps. Il y a même des modèles qui peuvent être utilisés avec ou sans harnais et qui sont composés de deux dildos interconnectés.

Bref, il y en a pour tous les goûts et tous les budgets. En plus d’un jouet, on vous suggère d’acheter du lubrifiant, pas mal de lubrifiant même, si vous n’en avez pas déjà, pour que l’expérience soit la plus confortable possible. En cas de doute, un.e conseiller.ère de boutique érotique peut toujours vous guider vers des modèles pour les débutants et des lubrifiants adaptés à vos besoins.

Comment aborder le sujet avec son ou sa (ou ses) partenaire.s?

Avant de sortir vos nouveaux jouets et de passer aux choses sérieuses, il faut… parler des choses sérieuses. Comme on le mentionnait plus haut, avant d’intégrer une pratique sexuelle comme le pegging à notre « répertoire », il faut avoir une conversation sur ses envies et ses craintes avec son ou sa partenaire. « Il faut que cette ouverture-là soit présente dès le début, qu’on puisse nommer les choses spécifiquement, parler des malaises qu’on pourrait avoir, explique Patrice. Avant de s’en aller dans une pratique moins connue par les partenaires, il faut être capable de parler de la vie sexuelle qu’on a déjà, ça peut même mettre la table pour d’autres discussions. »

« Avant de s’en aller dans une pratique moins connue par les partenaires, il faut être capable de parler de la vie sexuelle qu’on a déjà, ça peut même mettre la table pour d’autres discussions. »

Cette discussion est aussi un bon moment pour réviser les notions de consentement. « Ce n’est pas parce qu’on accepte d’essayer qu’on accepte d’aller jusqu’au bout, rappelle le sexologue. Il faut en parler avant pour être à l’aise pendant l’exploration. C’est important que les deux personnes se sentent respectées là-dedans. » Se faire pénétrer peut être une position vulnérable, il faut que la personne qui est dans cette position puisse communiquer avec l’autre si jamais il y a un inconfort ou si il/elle souhaite arrêter, changer de position, etc. « Les discussions sur le consentement peuvent donner le laisser-aller nécessaire pour le plaisir, continue Patrice. On peut être trop focus sur l’aspect biologique et rationnel [de l’acte] et passer à côté de ce qui est érotisant dans le moment. »

Il est aussi bon de rappeler que même si vous communiquez vos désirs à votre partenaire, c’est possible que celui-ci (ou celle-ci) n’ait pas envie des mêmes choses. C’est possible que la personne ne soit pas à l’aise avec l’idée, qu’elle doive prendre un moment pour y penser, etc. C’est important de respecter l’autre dans son refus, quitte à ravoir la conversation plus tard ou à aller voir un.e sexologue pour discuter et ventiler craintes et blocages.

Tout le monde est down et vous avez tout ce qu’il faut ? Vous pouvez commencer par rendre la personne à l’aise et excitée, c’est important de ne pas aller trop vite, surtout lorsque c’est la première fois. Puis, mettez du lube partout. Sur l’anus, sur vos doigts, sur le jouet que vous comptez utiliser. Il faut que ça glisse. L’activiste Emma Kaywin de Brooklyn a monté un Guide sur le pegging pour les femmes (en anglais) qui peut vous aider avec les détails. Pour les premières fois, se coller en portant le strap-on pour s’habituer à la sensation, simplement stimuler le périnée (entre les testicules et l’anus) ou pénétrer l’anus avec un ou deux doigts peut être très satisfaisant.

C’est possible (et très correct) que ça prenne plusieurs essais avant de vraiment utiliser le jouet. Une fois que l’on est en mode pegging, il faut aussi un temps d’adaptation et d’écoute pour voir ce qui donne du plaisir et ce qui est inconfortable pour les deux partenaires. Ensuite, les possibilités sont pas mal infinies.

À vous de jouer !

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