Germain Barre

URBANUIT  : on jase de sexualité positive (et d’anulingus) avec Claudie d’OD

Être ouverte sur sa sexualité quand on est une figure publique, c’est un choix plutôt rare au Québec.

En Afrique du Sud, Claudie Mercier a été l’une des premières candidates d’Occupation double à affirmer son désir sexuel et à le montrer sans gêne. Elle a créé un précédent en sortant les rapprochements de la Maison de l’amour et en exposant publiquement l’importance d’une approche positive de la sexualité. Un rapport à l’intimité très décomplexé qu’on retrouve aussi sur sa chaîne YouTube.

S’exhiber la passion, qu’est-ce que ça donne? J’en ai discuté avec elle.

Être ouverte sur sa sexualité quand on est une figure publique, c’est un choix plutôt rare au Québec. Pourquoi le faire?

Je le fais pour montrer aux jeunes la réalité de la sexualité. Il y a beaucoup d’idéaux sur les internets! La pornographie est hyper accessible, mais il faut savoir que ce qu’on y voit, ce n’est pas toujours la réalité. Moi, mon but, c’est d’ouvrir ma propre sexualité pour montrer aux jeunes : « Écoute, ce que tu vois à la télé ou sur Internet, c’est pas nécessairement de ça dont tu as besoin, ce n’est pas nécessairement ça que tu vas devoir faire pour plaire. »

Tsé, on m’a souvent dit que j’étais une « plotte ». C’est cru, hein? Est-ce que j’ai le droit de dire ça ici?

Tu peux dire ça où tu veux…

OK, ben souvent, les filles ouvertes sur leur sexualité se font reprocher de coucher à gauche et à droite, on imagine qu’elles ne se protègent pas, qu’elles sont irresponsables… Mais être ouverte sur sa sexualité, ce n’est pas ça du tout! C’est plutôt se connaître, savoir ce qu’on aime! En autant que tu sois consentante et bien avec ce que tu fais, il n’y en a pas de problème. Et c’est ce que j’ai envie de montrer au monde.

Je vais me permettre de faire l’avocate du diable sur un truc. Quand tu parles des fards de la pornographie, crois-tu qu’en répondant aux standards de la société et en utilisant Instagram – avec tous ses filtres et codes visuels -, tu peux vraiment offrir un angle plus vrai sur la sexualité?

Image tirée du compte Instagram de Claudie.

Je pense que m’exposer sur les réseaux sociaux, c’est montrer la réalité. À la base, je l’ai fait pour choquer les gens. Montrer de la peau, c’est une façon facile d’attirer les regards et de lancer un message, mais j’ai voulu pousser ça plus loin en montrant aussi les défauts de mon corps.

Dans la légende de cette photo, sur Instagram, Claudie aborde son rapport aux vergetures.

Souvent, on me dit que je suis petite, que j’ai un corps de rêve! On me demande pourquoi je fais ça, on pense que ça ne montre pas l’exemple aux gens qui sont en surplus de poids ou qui ont des troubles alimentaires… Mais ce n’est pas parce que les gens considèrent que j’ai un corps parfait que moi, je ne connais jamais de journée où je ne me sens pas à l’aise dedans! Et ce n’est pas parce que mon corps répond aux standards qu’on devrait me reprocher de mettre des photos comme ça sur les réseaux sociaux, parce que c’est mon corps, j’en fais ce que j’en veux. Et je lance un message à travers ça : « Trouve-toi belle peu importe, assume tout ton corps! »

Mets-tu des limites dans ton partage intime ou tout se montre, à ton avis? Je ne te cacherai pas que la vidéo que tu as mise sur Instragram – celle dans laquelle Mathieu semble te bécotter les founes – a créé l’émoi, au bureau…

[RIRES!] Ok, bon. Là, Mathieu est à côté de moi et il capote. Avant de publier cette vidéo-là, on s’est regardés en se demandant si c’était une bonne idée de le faire. On s’est dit : « On a fait l’amour à la télé! On a le droit de tout faire maintenant! » Tsé, j’ai des bobettes dans la vidéo et Mathieu a juste les mains sur mes fesses…

Mais on dirait vraiment qu’il te fait un anulingus, Claudie…

JE LE SAIS, MAIS JE L’AI PAS RÉALISÉ EN REGARDANT LA VIDÉO! [Rires]

Moi, je le savais qu’il ne me mangeait pas l’anus, tu comprends? En tout cas, on s’est fait donner des limites… Mon agente m’a appelée pour me dire qu’on devait peut-être faire attention à ce qu’on publie et j’ai retiré la story. Mais pour vrai, je veux quand même garder une grande intimité avec Mathieu. Je ne commencerai pas à faire de la porn sur mon Instagram!

D’ailleurs, comment ça se passe, ton sexe-positivisme, avec Mathieu, finalement? On se rappelle tous de la scène où il a semblé très ébranlé par le fait que tu t’exposes le corps en ligne…

Ce qui est dommage, c’est que dans l’émission, on ne voit pas toute notre conversation. Mathieu a tellement compris pourquoi je fais ça! Il m’a dit : « Let’s go, girl! T’es hot! J’admire ce que tu fais, tu te bats pour les bonnes raisons. »

Alors est-ce que le montage de cet épisode t’a surprise? Parce qu’à la maison, ça nous laissait surtout croire que Mathieu était insécure et plus ou moins favorable à l’idée que tu te montres publiquement… Une réaction que plusieurs militantes connaissent bien. On ne se le cachera pas, ça ébranle souvent les partenaires masculins, qui ont tendance à vouloir garder pour eux le corps de leur blonde. Moi, j’ai cru voir un autre de ces énièmes cas en vous regardant aller.

Le problème avec ça, c’est que Mathieu ne fait pas partie de ces cas-là. Il a juste voulu comprendre pourquoi je faisais ça et je lui ai expliqué que c’est parce que je suis pour l’égalité des sexes. S’il met des photos de lui en chest sur Instagram, ben moi je m’en fous de mettre des photos de moi en boules. Puis il m’a dit : « Crime, t’as raison. J’aime ça que tu me dises ton point de vue. »

Après, oui, il a été insécure. Il m’a expliqué que j’étais sa petite femme à lui, qu’il m’aimait et qu’il n’avait pas envie que les autres gars salivent en me voyant. Je lui ai rappelé que c’est la même chose pour moi! Lui, il montre ses abdos de feu que je voudrais licher à chaque jour, puis je ne devrais pas pour autant m’inquiéter de ce que les filles veulent lui faire. Parce qu’au final, on s’aime. On est capable de se faire confiance.

En plus, moi, je fais tout ça pour des raisons de féminisme et de sexualité positive, c’est un plus! Et il est tellement d’accord avec ça! Il va me soutenir là-dedans à 1 000%. Lui aussi il est féministe, OK? Ça ne paraît peut-être pas dans l’émission, mais tout va bien!

On a été plusieurs à t’applaudir, dans le confort de notre salon, quand tu as fait ton plaidoyer pro-sexualité dans la douche, à OD. Rétrospectivement, c’est comment vivre ses premiers rapprochements devant le Québec?

Honnêtement, Mathieu et moi on vit tellement bien avec ça! On était juste deux amoureux qui avaient envie de se rapprocher. Ce qui est important pour moi, c’est l’amitié, l’amour et le sexe. Là, j’avais l’amour et l’amitié. Il me manquait le sexe. On s’est dit : « On veut nous empêcher de concrétiser notre amour? Ben on va aller dans la douche, d’abord. » Je ne suis pas gênée par ça et je ne m’en fais pas avec les jugements que des gens ont pu porter. Même que je pense que ça a pu aider certaines personnes à se dire : « C’est vrai, au fond! Pourquoi à OD on devrait se restreindre d’avoir du sexe, alors que dans la vie de tous les jours, les couples le font? »

Est-ce que votre famille a aussi bien réagi?

Ma mère m’a dit : « Bravo, ma fille! Tu as fait l’amour devant tout le Québec, t’es vraiment hot! »  J’ai des parents très ouverts! Les parents de Mathieu sont pareils et ils connaissent leur fils… Ils le savaient que ça allait arriver! Puis nous, ben on est ben fiers de nous. [Rires]

Est-ce que ton sexe-positivisme te vient de tes parents?

En partie! Ils m’ont appris beaucoup sur la sexualité, mais parallèlement, au secondaire, je me faisais beaucoup intimider parce que j’étais plus déniaisée que la plupart des adolescentes. J’avais 16 ans, j’avais deux chums par année, mais on me traitait de plein de noms! On me disait que j’étais une salope, alors que mon chum de l’époque avait eu cinq fois plus de partenaires sexuelles et qu’il ne se faisait rien reprocher. Je trouvais que je ne méritais pas ces blâmes-là, alors j’ai décidé de m’ouvrir sur la sexualité, de dire au monde ce que j’en pense réellement. Et si je peux en inspirer avec mon ouverture d’esprit, ben pourquoi pas?

Et aujourd’hui, au rayon du militantisme pro-sexualité, qui sont tes sources d’inspiration? 

C’est drôle à dire, mais ce sont mes parents. Ils aiment ça en apprendre! Sans trop rentrer dans les détails, ils veulent savoir si je suis satisfaite, si je vais bien, si je me protège, si je passe des examens gynécologiques. Ils m’aident beaucoup là-dedans. Ce sont eux mes plus grands modèles.

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de jaser de cul avec moi, Claudie!

Quand tu veux!

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