Germain Barre

URBANUIT : l’importance de l’orgasme féminin au Moyen Âge

Quand on pense au Moyen Âge, on n’a pas nécessairement des images très sexy en tête. À moins de s’imaginer des scénarios à la Game of Thrones et des corsets qui remonte les boules jusqu’au menton, ce qui vient en tête rapidement, c’est des gens sales, sûrement habillés en brun et sur le bord d’attraper la peste noire. Rien pour attiser le désir, mais à ce qu’il parait, la sexualité n’était pas tabou à l’époque. Même que les médecins offraient des conseils conjugaux et que certains traités sur la sexualité mettaient de l’avant l’importance de l’orgasme féminin.

On peut avoir l’impression que c’est un sujet récent, mais ça fait littéralement des siècles qu’on parle de l’orgasme (ou de l’absence d’orgasme) chez la femme et qu’on essaie de trouver des façons de le faciliter. Bien entendu, vu qu’on parle de Moyen Âge et de procréation, les données qu’on a sont très hétéronormatives. D’ailleurs, ce sont les femmes hétérosexuelles qui sont le plus touchées par le orgasm gap. Une étude de 2014 démontrait même que les femmes straight ont des orgasmes seulement 61 % du temps lorsqu’elles ont des relations sexuelles, contre 75% pour les lesbiennes et 86% pour les hommes. Bref, faut croire que l’orgasm gap, ça ne date pas d’hier…

Un genre de kama-sutra médiéval?

Les historiens qui animent le blogue Actuel Moyen Âge racontent qu’à l’époque, on donnait des trucs hyper précis pour aider les couples à procréer. Genre, le missionnaire tel qu’on le connait, mais avec quelques détails en plus : « L’homme doit placer un bras dans le dos de son épouse et maintenir ses fesses avec son autre main, tandis que la femme, hanches relevées, plie sa jambe gauche et tend la droite le plus haut possible. »

Jusque là, on s’imagine bien le médecin médiéval (dans mon imagination, il ressemble vaguement à Varys en kit de moine) qui n’encourage pas le plaisir et qui voit seulement le sexe comme une façon de fabriquer de nouveaux humains. On n’aurait pas complètement tort, mais ce qui est surprenant c’est qu’il y a tout un volet de ces ouvrages de conseils sur la sexualité qui insistent sur le plaisir de la femme. Ces passages sont inclus non pas pour que madame puisse elle aussi avoir du fun alors qu’elle a une jambe dans les airs et l’autre à 45 degrés dans le matelas de paille, mais bien parce qu’on pense que si elle atteint l’orgasme, elle aura plus de chances de tomber enceinte. C’est l’une des dizaines de théories qu’on explore encore aujourd’hui lorsqu’on parle de la raison d’être de la petite mort féminine.

L’importance des préliminaires

On suggère donc aux couples de prendre leur temps avec les préliminaires. « … il lui faut, pendant environ une heure, jouer avec la femme, et inversement (…) Il faut occuper ce temps jusqu’à ce que l’homme voie la femme passer de pâle à rouge, que sa respiration devienne un court instant plus fréquente, et qu’il sente sous ses doigts un léger soubresaut autour des parties du bas-ventre et des mamelles. » Un coup les mamelles de sa compagne bien frétillantes, on suggérait à l’homme de retenir son propre orgasme pour donner le temps à sa partenaire de jouir elle aussi. On ne mentionne le clitoris nulle part, mais bon, il n’a été « découvert » qu’en 1559 et 460 ans plus tard, y’en a une gang qui le cherchent encore…

La pornographie comme aphrodisiaque? Yup

Les médecins pouvaient aussi recommander du dirty talk, des chansons ou des récits érotiques, de zieuter ses voisins ou ses animaux pendant qu’ils s’accouplent, de manger des trucs comme du gingembre et des testicules de coq pour se mettre dans le mood ou même de s’appliquer des concoctions aphrodisiaques direct sur les parties. On ne sait pas si c’était efficace, mais entre les infections à levures et les indigestions, sans parler du risque de claques en arrière de la tête encouru lorsqu’on joue au voyeur au village, pas certain que c’était l’idéal pour mettre le feu à la couchette.

Vous pouvez en apprendre plus sur le sexe au Moyen Âge dans cette capsule de Laurent Turcot, professeur en histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières, pour L’Histoire nous le dira.

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