Germain Barre

URBANUIT : le mythe de la virginité nuit à tout le monde

La virginité n’existe pas : c’est une erreur que de croire que c'est une vertu réelle.

Les propos du rappeur TI à propos de l’hymen de sa fille durant le podcast Ladies Like Us ont été rapportés cette semaine par le site de nouvelles Buzzfeed et ont ranimé la discussion à propos de la virginité comme concept misogyne et dépassé.

La virginité comme symbole de perte ou de conquête

Comme la journaliste Anne Thériault le précise, il n’y a pas de mot pour décrire d’autres étapes pourtant cruciales de notre existence : « Pourquoi la virginité est si importante pour nous? Il n’y a pas de terme pour présenter ce qu’était une personne avant qu’elle ne puisse marcher ou parler ou lire ou écrire – toutes des réalisations qui sont plus importantes que de se faire baiser – mais c’est sur le sexe que nous nous concentrons. » La virginité comme concept social représente en effet ce qui précède la pénétration d’un pénis dans le vagin. Il n’y a alors pas d’égalité entre les sexes quand la virginité devient un symbole de triomphe pour l’un et de perte pour l’autre.

 

Le fétichisme de l’hymen

Pour une personne qui a un vagin, la virginité serait possible à observer physiquement, par la présence ou l’absence de l’hymen, une croyance aujourd’hui reconnue comme étant sans base scientifique et comme une violation des droits humains par l’Organisation mondiale de la Santé. L’historienne Yvonne Knibiehler rappelle dans son essai La Virginité féminine : mythes, fantasmes, émancipation que ce sont Hippocrate, reconnu comme le père de la médecine, Hérophile, inventeur de l’anatomie, et Soranos, qui préconise les examens prénuptiaux sur les futures mariées, qui auraient inventé le fétichisme de la virginité, marqué par une volonté de rendre le corps de la femme inférieur à celui de l’homme.

L’hymen ne prouve rien : il est d’ailleurs programmé pour s’autodétruire.

L’hymen ne prouve rien : il est d’ailleurs programmé pour s’autodétruire. Gérard Zwang, un pionnier de la gynécologie moderne, sexologue militant et auteur d’Éloge du con : Défense et illustration du sexe féminin, rappelle qu’en quarante ans de pratique, il n’a jamais vu d’hymen imperforé : « Ça fait partie des phobies infondées, comme le vagin denté. » Examiné, le corps de vierges de 50 ans n’a pas d’hymen intact. Plus on vieillit, plus l’hymen tombe en lambeaux. Certaines femmes cisgenres naissent même sans hymen.

L’hymen est un dieu couronné de fleurs

Le mot hymen a donc une fonction plus symbolique qu’anatomique. Il a toujours été fortement lié à la célébration de l’union d’un homme et d’une femme, lors d’un mariage païen ou religieux, ce qui démontre le caractère misogyne de l’obsession du passage à l’acte. Il dérive du nom du dieu romain Hyménée, présenté habituellement comme un jeune homme blond couronné de fleurs, tenant de la main droite un flambeau, et de la gauche un voile de couleur jaune, une couleur liée aux coutumes nuptiales romaines. Hyménée aurait délivré des jeunes filles déracinées de leur famille par des pirates. Reconnaissantes, les jeunes filles auraient entonné un chant magnifique pour louanger leur héros. Ces chants seraient devenus des hymnes nuptiaux et Hyménée, le dieu du mariage.

Les dérives de la pureté obsessionnelle

Lorsque la virginité est revendiquée comme une vertu, les conséquences sont multiples. Mettre autant d’importance sur quelque chose qui n’existe réellement que pour les personnes hétérosexuelles qui ont des rapports de pénétration pénis-dans-vagin, stigmatise toute autre pratique ou orientation sexuelle.

Ça ouvre la porte à la reconstruction de l’hymen en clinique privée, à des kits de faux hymen DIY, à des t-shirts Worth the Wait à 17,99 $ sur Amazon, à des groupes masculinistes sur Facebook qui proclament «No Hymen No Diamond», à l’utilisation du hashtag #poppedcherrydontmarry, à des bals de la pureté lors desquels des pères font signer des contrats d’abstinence sexuelle à leurs filles pubères. Depuis le premier bal, en 1998, à Colorado Springs, inauguré par un couple dirigeant Generations of Light, un mouvement chrétien populaire, la mode de chastity chic s’est bien installée.

Et ça a encouragé des comportements extrêmes et sexistes, comme celui d’amener sa fille le jour de son dix-huitième anniversaire chez le gynécologue pour savoir si elle avait encore son hymen.

«Quand est-ce qu’une lesbienne perd sa virginité?»

Sur Google et d’autres sites de recherche, «Quand est-ce qu’une lesbienne perd sa virginité?» et «Si tu es lesbienne tu resteras toujours vierge?» sont des questionnements répétés sur des pages et des pages, une fois que les mots «lesbienne» et «virginité» sont googlés. La virginité invalide et efface toutes les expériences des personnes asexuelles, homosexuelles, queer, bisexuelles et hétérosexuelles qui ne meurent pas nécessairement d’envie devant la norme sexuelle d’un pénis introduit dans le vagin.

«C’est plus que physique. Si une jeune femme a eu une relation sexuelle avec son partenaire et qu’elle ne sent pas qu’elle a perdu sa virginité, elle a raison, peu importe ce qui s’est produit au niveau de son hymen pendant le rapport.»

Carole Roye, une professeure en soins infirmiers, est déjà intervenue auprès de parents qui souhaitaient savoir si leurs filles étaient encore vierges. Sur le site Our Bodies Ourselves, Roye indique que même si elle n’était pas tenue par la confidentialité à ce sujet, elle ne pourrait pas et ne donnerait pas de réponse claire, car les hymens et les expériences sont variés. «La virginité est ce qu’individuellement on en pense. Il y a une forte connotation émotionnelle au concept de virginité. C’est plus que physique. Si une jeune femme a eu une relation sexuelle avec son partenaire et qu’elle ne sent pas qu’elle a perdu sa virginité, elle a raison, peu importe ce qui s’est produit au niveau de son hymen pendant le rapport.»

La virginité renforce la stigmatisation sexuelle. Pour les femmes, le concept encourage des inégalités, et pour les hommes, elle provoque parfois le faux sentiment d’être inadéquat sexuellement. Pour tous, elle met une pression considérable sur la première pénétration, comme un événement marquant, alors que ça devrait être un moment à partager avec la bonne personne et sur un lit recouvert de roses… sans épines.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up