Germain Barre

URBANUIT : le mystère de Linda Adams et du Photo-Police

Qui se cache derrière la plume colorée de l'ancienne courriériste du sexe ?

URBANUIT, c’est comme le Bleu Nuit de vos premières hormones : à l’heure où les enfants sont (censés) être couchés, on vous présente du contenu pop-sexu sans filtre, non-brouillé, sans pénis croches ou nounes vertes. N’ayez plus peur de monter le son!

Cette semaine, notre collaborateur Jeremy Hervieux se penche sur le mystère entourant l’identité d’une vedette du journal Photo Police.

Quand vient le moment d’injecter un peu de vitalité dans un party qui tarde à lever, j’ai pour habitude de sortir mon livre de Linda Adams, l’ancienne courriériste du sexe pour le Photo-Police.

Ça a beau avoir été publié en 1978, ça manque jamais d’enflammer les passions et de choquer les mœurs.

Ce « livre choc ultra sexé », je l’ai déniché dans une vente de garage.

J’aurais jamais cru qu’une des découvertes décisives de ma vie allait se produire dans un driveway à Blainville, mais le destin est drôlement foutu, et c’est donc par une chaude journée de juillet que je suis tombé sur cet objet littéraire d’un autre temps :

La première chose qui m’a surpris en ouvrant le livre, c’est son odeur. Nul besoin d’être un chien renifleur pour catcher qu’on a beaucoup fumé en compagnie de ce bouquin, des cigarettes probablement consumées avant que je vienne au monde, mais dont l’odeur très vive m’a violemment pogné à la gorge, comme si le spectre d’une vieille tante était sorti des pages pour m’adresser un ultime baiser cendré avant de poursuivre son ascension vers le ciel en ricanant.

Après l’odeur, la deuxième chose qui a manqué me faire tomber sans connaissance, c’est les entêtes que j’y ai lus:

MON AMI À LE PÉNIS MOU…

« FRETTE COMME UN GLAÇON »

« KÉKETTE » EN COMPOTE!

JE « JOUE » AVEC MON FRÈRE

LES PLAISIRS DES « FIFIS »

UN LIVRE CHOC

Ça fonctionne comme ça: des lecteurs de partout à travers le Québec posent des questions, et Linda y répond de sa plume exceptionnellement imagée. Avec elle, l’organe reproductif féminin devient tour à tour un « nid d’hirondelle », une « caverne d’amour » ou encore un « centre de loisirs ».

Pour vous donner une idée, voici un échange où Linda répond sans pitié à un jeune homme confus :

Comme on le constate, Linda Adams ne mâche pas ses mots quand vient le temps de répondre aux lecteurs. Si elle adopte le ton autoritaire caractéristique aux courriéristes du cœur, il va sans dire que Linda n’a pas l’empathie ni le tact d’une Louise Deschâtelets. Quand l’une de ses lectrices raconte une expérience incestueuse vécue avec son fils, Linda ne se gêne pas pour lui répondre : « Mon opinion, la voilà : vous êtes une vieille salope écoeurante ».

Et contrairement au courrier du cœur tel qu’on le connaît aujourd’hui, celui-ci semble être conçu sur mesure afin d’exciter son lectorat. Il faut dire qu’à l’époque, les textes de Linda Adams devaient exercer le même effet qu’une image pornographique (on se rappelle que nous étions alors en 1978, année de la fermeture de Dupuis Frères et de la naissance de Marilou Wolfe).

UNE LANGUE LIBÉRÉE

Cela dit, le sens du punch de Linda, son flair pour la métaphore, son amour évident des mots : tout ça est tellement fort qu’on lui pardonne son utilisation abusive des guillemets ainsi que son penchant occasionnel pour l’homophobie.

Voici cinq autres exemples où Linda fait preuve d’un sens plus ou moins aigu de la répartie. J’ai conservé la ponctuation employée par Linda.

Un certain Marcel R. se plaint que les gardes-malades de l’hôpital sont « trop sexés » dans leur costume de travail. Linda abonde dans son sens :

« Pour ne pas énerver les “boys”, les infirmières […] ne devraient pas se déshabiller comme des danseuses en “tutu” sinon, je connais des hommes qui vont les planterdrès-là! » (L. Adams, p. 25)

« D’abord même si je déteste les “sereins”, ils ont le droit de s’amuser (en privé) avec leurs “bébelles”. C’est leur privilège.»

Stéphan de Montréal a passé une fin de semaine dans un chalet des Laurentides avec son meilleur ami, et les deux garçons ont passé proche d’avoir une expérience homosexuelle. Stéphan est perplexe et demande à Linda ce qu’elle en pense :

« D’abord même si je déteste les “sereins”, ils ont le droit de s’amuser (en privé) avec leurs “bébelles”. C’est leur privilège.

Que font les “tapettes” ensemble? Premièrement, quand deux “fifis” flambant nus sont dans un lit, ils ne s’amusent pas en jouant au bingo ni au parchési! Ils se sucent le “moineau” comme des petits gourmands et ensuite ils complètent leurs jeux en se pénétrant par la “ruelle chocolatée”. Chacun ses goûts, hein? Pouah! 

[…] Faut aimer le Laura Secord en saudit pour faire ça… »

(L. Adams, p. 198)

Toujours au sujet de la sodomie : Robert H. de Joliette avoue qu’il aimerait faire l’amour « à la grecque » avec sa conjointe. Comme on peut s’y attendre, Linda a des réserves :

« Le sexe anal n’est pas mon “bag”, car vous savez que c’est surtout le sport favori des “fifis” aux mouchoirs roses… Cré Chouettes, ils n’ont pas d’autres choix! » (L. Adams, p. 205)

Dans une lettre intitulée « J’ai de gros gorlots! », Pierre H. confie à Linda avoir des testicules imposants. Sa réponse :

« Wow, vous êtes vraiment “grayé” comme le “Géant Vert” avec vos noix… king size! Sonnez-vous les cloches? Ding-dong!

Beaucoup d’hommes aiment se faire “minoucher” les   chnolles parce que ça leur donne des “thrills” exquis. Avis aux gars bien “outillés”, chantez tous en cœur : Frère Jacques, sonnez les matines, ding-dang-dong! … » (L. Adams, p. 148)

Une petite dernière : un homme se plaint des « odeurs de morue » du sexe de sa partenaire. Linda fait preuve d’une rare compassion:

« Quand un fille sent fort comme un “ouistiti” du zoo de Granby, ça tue l’amour » (L. Adams, p. 75)

THÉORIES

Voilà : je doute que Linda Adams s’appelle réellement Linda Adams. C’est peut-être un homme, ou même un auteur québécois désormais célèbre qui, à l’époque, était contraint d’arrondir ses fins de mois en jouant les courriéristes du sexe.

Quoi qu’il en soit, mon intuition me dit que c’est « Linda » elle-même qui rédigeait les questions du public. Car on se rend rapidement compte que son style littéraire est identique à celui des lecteurs.

Se pourrait-il que ce soit Linda elle-même qui rédige les questions de ces « lecteurs » qu’elle envoie ensuite paître de sa plume grivoise ?

Une question se pose: est-il possible que l’intérêt principal de ce courrier du cœur ne soit pas pas de prodiguer de véritables conseils aux lecteurs, mais plutôt d’offrir un podium pour faire briller le personnage irrévérencieux et excitant qu’incarne Linda Adams?

Et se pourrait-il que ce soit Linda elle-même qui rédige les questions de ces « lecteurs » qu’elle envoie ensuite paître de sa plume grivoise ?

Hélas, j’ai bien peur que toutes ces questions demeurent sans réponse. Jusqu’ici, mes recherches pour retrouver la mystérieuse prêtresse du sexe n’ont guère abouti.

Linda Adams est donc condamnée à demeurer cette silhouette vaporeuse qu’on entraperçoit sur la jaquette du livre, à jamais prisonnière du papier.

À moins que…

LANCER DE LA PERCHE

Linda, si t’existes encore, si t’es là, à quelque part, si tu lis ces lignes, j’aimerais qu’on jase. Je voudrais te parler de cette longue tradition d’auteurs qui se cachent derrière un personnage pour écrire, et je serais curieux de t’entendre sur ta démarche et sur ta vision de la sexualité d’aujourd’hui. S’il te plait, sois vivante. Je t’attends.

Si vous êtes Linda ou si vous avez des renseignements à son sujet, écrivez-nous à info@urbania.ca et écrivez «Linda Adams» en sujet de courriel.

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