Point de rencontre : le parking du McDo sur Papineau. Il y a quelques jours, le couple à la barre du projet Ghostbusters Montréal a pénétré à l’intérieur d’un appartement en ruine dans l’espoir d’étudier la présence de phénomènes surnaturels.
Nick démarre la vidéo sur sa tablette qu’il incline vers moi. « La ghost box captait une présence, indique-t-il. On l’a traquée de pièce en pièce. On entendait ses pas résonner sur les débris et on a détecté des changements de température. »
Puis, soudainement, un fredonnement enfantin émane de l’iPad. Trois notes plaintives à glacer le sang qu’il fait jouer en boucle.
D’après leur expertise, une fillette de 7 ans serait piégée dans l’appartement abandonné. « Elle est coincée là, il faut la guider vers la lumière », ajoute Sylvie.
C’est la mission qui nous attend.
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Étant peu familier avec le sujet, on m’apprend la distinction entre les deux types d’entités : les esprits et les fantômes. Les esprits sont les âmes des personnes décédées de manière naturelle qui ont réussi à trouver la voie vers la paix et le repos. En revanche, les fantômes regroupent ceux qui ont tragiquement perdu la vie et demeurent prisonniers de notre monde.
Sylvie s’est donc lancée dans les recherches pour déterminer s’il y avait eu des victimes à cette adresse précise, abandonnée depuis la nuit du 10 mai 2022 après un incendie déclenché par une puissante détonation. Aucun blessé n’a été signalé lors de cet incident. Cependant, étant situé dans l’un des plus anciens bâtiments de l’avenue, l’appartement construit à la fin du XIXe siècle présenterait un grand potentiel d’apparitions fantomatiques.
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Notre Santa Fe blanche transformée en Ectomobile s’aventure dans la ruelle. Coincé entre des propriétés neuves soigneusement entretenues, l’édifice à l’arrière délabré contraste avec l’environnement propret.
En dévissant une porte condamnée, Nick et Sylvie ont réussi à pénétrer à l’intérieur sans trop de difficulté. Malgré leurs petites entrées clandestines ici et là, ils confessent ne jamais avoir eu de problème avec les autorités.
En préparation de cette deuxième tentative, Nick remplit ses poches d’une variété d’appareils dédiés à l’analyse du paranormal : une ghost box qui utilise un bruit blanc pour capter les voix de l’au-delà, un pointeur laser monté sur trépied qui alerte aux mouvements ainsi qu’un K2, un détecteur de champ électromagnétique.
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Sylvie me donne un petit masque bleu. « On respire ben mal là-dedans. Tu vas en avoir besoin. »
Lorsqu’ils ont quitté les lieux la dernière fois, après plus de deux heures d’enquête, ils ont subitement ressenti de violents étourdissements. Nick a été pris de nausées si violentes qu’il a fini par vomir. Cet incident s’ajoute à la longue liste de signes indiquant une présence paranormale.
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Depuis maintenant sept ans, Ghostbuster Montréal est activement impliqué dans la traque des phénomènes surnaturels. « Je faisais de la musique, puis je me suis garoché dans le paranormal », dévoile le rappeur retraité âgé de 39 ans.
Depuis sa tendre enfance, Nick se rappelle de sensations étranges, de vêtements qui semblaient s’animer et d’ondes mystérieuses. Un souvenir particulier persiste dans sa mémoire : celui d’une entité vêtue d’un grand chapeau et d’un long manteau noir qui se vautrait dans son ombre.
« J’étais comme la plupart des gens; sceptique. C’est plus tard que j’ai ressenti le besoin de prouver l’existence de phénomènes que je n’arrivais pas à comprendre », poursuit le détective de l’inexplicable.
Pendant de nombreuses années, il a exploré des lieux abandonnés en solitaire, jusqu’à ce que sa rencontre avec Sylvie sur les réseaux sociaux vienne tout changer.
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Proche aidante âgée de 53 ans, Sylvie affirme avoir toujours vécu en compagnie d’esprits. Elle descend d’une lignée où plusieurs membres étaient dotés de dons de voyance et son grand-oncle n’était autre que le Frère André.
En remarquant que son chien Sultan avait pris l’habitude de fixer un cadre contenant une photo de ses parents décédés, Sylvie a décidé de le confier à Nick pour qu’il lui passe une batterie de tests. De cette première rencontre a germé une histoire d’amour qui perdure encore aujourd’hui.
Sous son œil droit, la joue de Sylvie arbore trois étoiles, deux étant un hommage à ses parents disparus et la dernière, en souvenir de son frère défunt. Les deux larmes tatouées sur les joues de Nick représentent ses deux fils dont il a perdu la garde, un sujet douloureux qui l’a profondément affecté : « Je les ai braillé longtemps ».
Sylvie prête main-forte pour nouer les lacets de son amoureux. En tant qu’équipe, ils collaborent pour créer des vidéos, gérer l’équipement et faire face aux mystères qui se présentent à eux. Elle apporte ses connaissances tandis que Nick partage son expérience. Pour afficher son engagement envers Ghostbuster Montréal, Sylvie a tatoué le logo de l’équipe sur sa jambe.
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Éclairant la pénombre, nos lampes nous permettent d’avancer dans l’ancien brasier. Un rat surgit des décombres et grimpe sur la botte de Nick. Je l’avertis et, d’après sa réaction, il semble avoir plus peur des rongeurs que des fantômes.
Le couple avoue être de grands habitués des endroits qui donnent la chair de poule. « Il suffit juste de faire attention où l’on met les pieds », me conseille Sylvie. En effet; le 5 et demi se trouve dans un grave état de désolation. Il ne reste que la charpente en bois calcinée et, au sol, un tapis de débris cachant les trous.
Nos pas traversent des tas de briques, des lits éventrés et des murs en cendres avec des traces de mains. Quelques indices laissent croire que nous ne sommes pas les premiers à être venus ici, et je ne parle pas de ladite fillette.
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Nick scanne la pièce avec son thermomètre laser. Il m’explique que les présences vont souvent créer des changements de températures importants, tantôt plus froid, tantôt plus chaud, en fonction de la nature du décès. « Si elle a connu le feu, elle va traîner une chaleur en bougeant. »
Au sommet des escaliers en ruines, Nick sort un jouet pour chat qu’il utilise comme une « boule à esprit ». Il le garde soigneusement dans une petite poche multicolore, lui conférant une aura de mystère, puis place la boule sur une petite assiette posée au sol. Cette balle s’allume lorsque des mouvements sont détectés; si un esprit est présent, il est donc fort possible qu’elle s’active.
Malgré tous ces outils, le couple insiste sur l’importance de l’instinct du chasseur et du ressenti intuitif. « Tout part d’un feeling », murmure Nick, le regard concentré.
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Difficile de déterminer le nombre exact de lieux qu’ils ont investigué, mais il dépasse largement la centaine. Leurs enquêtes les ont conduits aux quatre coins du Québec, à l’intérieur d’anciens asiles, d’hôtels abandonnés et d’usines décontaminées.
Ils se souviennent d’une ancienne résidence pour personnes âgées, à Saint-Jérôme, où ils ont aperçu le visage souriant d’une femme juste avant que le chapelet de Nick ne soit arraché par une force invisible. Le port du chapelet est toujours une importante mesure de précaution pour les deux membres de l’équipe. Sylvie s’en est même fait tatouer un au niveau du cou.
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« Il faut toujours être respectueux, t’sais, ils ont été des vivants avant, poursuit Nick. Si tu les insultes, tu vas peut-être ressentir des malaises ou des grafignes. Et ils n’aiment vraiment pas la sauge! C’est ça qu’on a pris au tunnel Wellington pour les repousser. »
Ce dernier lieu, situé dans le quartier Griffintown et désormais totalement condamné, représente jusqu’à présent leur expérience la plus troublante. Ils y ont été confrontés à des ombres menaçantes et à des murmures inintelligibles. Nick a également capturé sur vidéo un « Aidez-moi! », suivi d’un « Répondez-moi! », émanant d’un fantôme de couleur blanche. « J’ai ensuite été frappé par un bouchon, une canette m’a été lancée et la température a chuté si rapidement que mes appareils avaient du mal à fonctionner », affirme-t-il, les yeux écarquillés.
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« Y a-t-il une présence avec nous? », répète Nick à voix haute. « Si oui, nous sommes là pour vous aider. Quel est votre nom? »
L’appel demeure sans réponse sur le fil audio du ghost box. La tension est palpable.
« Elle est là! », s’exclame l’enquêteur.
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Dans les détritus qui tapissent nos pas, je trouve une tente d’enfant et une poupée Barbie ayant survécu aux flammes. « Les entités aiment bien les cadres, les poupées, posséder des vêtements. Ils sont attachés aux objets. Ils voyagent, mais ils reviennent toujours à leur lieu de décès », m’enseigne Nick.
« Est rendue en haut! », lance-t-il quelques instants plus tard, néanmoins confus par le manque de preuve. « Elle nous joue des tours! Elle parvient à se déplacer sans actionner nos appareils. Elle est très intelligente! Mais elle est là, on la sent. On n’est pas venu pour rien, j’te l’dis! »
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Je les questionne sur ce qu’en disent les sceptiques. « Nous recevons parfois des bêtises en ligne de la part de personnes qui n’ont jamais été témoins de phénomènes inexpliqués », répond Sylvie, tête baissée. « C’est dérangeant. Même lorsque vous présentez des preuves concrètes, vous n’êtes jamais à l’abri des critiques. »
La communauté à laquelle ils appartiennent est relativement restreinte et sa crédibilité a parfois été sérieusement ébranlée. « Il y a eu des cas de canulars où certains se sont fait pogner en ajoutant des fantômes dans des vidéos ou en manipulant les voix pour créer de fausses preuves, déplore Nick. On en subit les répercussions quand on a toujours privilégié la détection des phénomènes paranormaux sans aucune manipulation. »
« Parfois, nous nous rendons sur des lieux où il n’y a qu’un fantôme confirmé et nous en trouvons un autre! D’autres fois, il n’y en a tout simplement pas, comme à l’incinérateur Dickson qui s’est avéré non hanté malgré les rumeurs, ou encore le tunnel Brock ou la taverne Rancho. Il n’y a rien là-bas », explique-t-il.
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Une femme de Deux-Montagnes a fait appel à leurs services pour rassurer ses petits, convaincue qu’il n’y avait rien d’anormal. Une fois sur place, l’une des enfants âgée de 3 ans s’est approchée de Nick et lui a dit : « J’ai peur, monsieur, les fantômes vont me faire mal ».
Pendant la nuit, les armoires se sont mises à claquer d’elles-mêmes, apportant ainsi une preuve tangible de la présence d’une entité dans les lieux. Il s’est avéré que la demeure en question était un ancien salon funéraire situé en face d’un cimetière. Afin de mieux comprendre l’origine du fantôme, ils ont passé la nuit dans le cimetière pour effectuer des tests et y ont alors observé une ombre émanant de la maison et se dirigeant vers les bois.
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Le jour suivant, Sylvie et Nick ont entrepris une purification de la maison en utilisant de la sauge, du champa et du sang de dragon. Une procédure nécessitant plus de quatre heures.
« Quand ils sont vraiment coriaces, on met du sel blanc non raffiné dans les coins de pièce », informe Nick.
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Tandis que j’erre en silence, le couple se déplace d’une pièce à l’autre, scrutant avec attention l’invisible et observant chaque détail, à la recherche de signes, de manifestations ou d’anomalies qui pourraient indiquer la présence de la fillette. Leur vigilance est intense, car ils sont conscients que les phénomènes recherchés peuvent se manifester à tout moment, de manière subtile et insaisissable.
Sur le comptoir de la cuisine, j’aperçois des talons aiguilles et des bouteilles de bière, tandis que les éviers débordent de vaisselle. Les murs révèlent des tags et l’on trouve au sol des pipes en verre ainsi que des trousses de naloxone éventrées. C’est pas un luxe d’être piégée dans une crack house calcinée.
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Pas de chance, la boule d’esprit demeure inanimée. Alors que je photographie la Barbie, Sylvie me met en garde : « Rapporte jamais une poupée comme ça! Elle pourrait être hantée ».
Après avoir passé une heure dans l’appartement délabré à éviter la laine minérale tombant du plafond et les trous dans le plancher, nous faisons demi-tour sans avoir rencontré quoi que ce soit de significatif. Nulle complainte chantonnée, à notre grand dam.
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Soulagés, nous retirons nos masques et Nick me propose un Pepsi pour se détendre. Malgré une soirée de chasse infructueuse, le couple reste motivé et déterminé. Il prévoit même faire un crochet plus tard en soirée pour explorer un entrepôt abandonné à Pointe-Saint-Charles.
La chasse au paranormal ne connaît pas de répit.
Cependant, la fillette sur Papineau continuera de hanter leurs pensées. « Nous allons devoir revenir pour la sauver. On ne peut pas la laisser seule là-dedans », déclare Sylvie en fixant les ruines.
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