Qu’on soit dans le camp de «Ça a pas de bon sens d’envoyer les enfants à l’école en ce moment! On est pas prêt!» ou celui de «Il était temps! Ça va faire de les regarder jouer à Fortnite dans le salon!», on peut dire que la rentrée 2020 au Québec ne laisse personne indifférent.
Enseignants, parents et élèves ont tous leurs appréhensions sur la manière dont le retour à l’école va se passer avec le spectre de la COVID-19 qui plane. C’est encore plus vrai quand on est un tout nouveau prof et que c’est une première rentrée à vie. Disons que le baptême de feu devient un baptême de feu dans un feu de forêt de Californie.
«Chaotique»
Quand on lui demande un mot pour décrire sa journée, Daphné Laurier-Montpetit ne s’en cache pas: «C’était un peu chaotique».
Biologiste de formation, Daphné a obtenu un poste en enseignement en octobre 2019 qui s’est terminé assez rapidement en raison de la pandémie.
La semaine dernière, elle s’est dégotée un contrat de suppléance dans une école de Villeray à la toute dernière minute. «Ils avaient besoin de quelqu’un pour une classe destinée à des élèves avec des difficultés d’apprentissage ASAP. J’ai dit oui!»
«On a dû rentrer rush mercredi pour rendre la classe COVID proof en prévision du lendemain pour accueillir les parents et les enfants.»
La mission s’avérait quelqu’un peu périlleuse. «On a dû rentrer rush mercredi pour rendre la classe COVID proof en prévision du lendemain pour accueillir les parents et les enfants. C’était vraiment intense. On était un peu en mode survie», explique la nouvelle enseignante.
Selon elle, le manque de personnel est la source du problème. «Les directions sont à la recherche de profs. En ce moment il y a un gros manque et ça se sent», poursuit-elle, avouant qu’elle aurait pris un coup de main supplémentaire pour l’aider à préparer sa rentrée à temps.
Étant enseignante dans une classe composée de jeunes avec un trouble du spectre de l’autisme, Daphné va devoir doubler de vigilance pour respecter la distanciation et les normes sanitaires le plus possible. «On a pas le choix d’avoir le masque et la visière en tout temps puisqu’on doit interagir avec nos élèves et qu’on est pas toujours à 2 mètres».
Malgré tout, au moment de lui parler, l’enseignante avait hâte de rencontrer officiellement les élèves. «Ça risque d’être assez challengeant, mais je le prends comme un défi personnel».
Les enfants plus relaxes que les adultes
«Honnêtement, j’étais pas vraiment stressé, contrairement à plusieurs de mes collègues», indique Bastien Couture-Boisvert, stagiaire en enseignement au primaire à Sherbrooke.
«Pour beaucoup, la rentrée en temps normal c’est déjà stressant. Mais avec toutes les règles en vigueur en ce moment, ça en ajoute une couche, mettons».
Il explique que la plupart de ses collègues ont des routines de rentrée bien rodées depuis plusieurs années et que les directives, fréquemment changées, sont venues chambouler tout ça.
«On a reçu un mémo le matin même nous demandant de porter également la visière en tout temps lorsqu’on est à moins de deux mètres.»
«Par exemple, on nous a dit avant le jour J qu’on devait seulement porter le masque en classe et dans les couloirs. Finalement, on a reçu un mémo le matin même nous demandant de porter également la visière en tout temps lorsqu’on est à moins de deux mètres. Pour quelqu’un qui aime pas le changement, ça peut être dur à dealer», avoue le stagiaire en cinquième année.
Et les enfants? Sont-ils autant stressés que leurs enseignants? Pas du tout, selon Bastien. «Aucun de mes élèves n’a chialé à cause du masque ou des règles sanitaires. Ils sont habitués de suivre des règles donc pour eux ce n’est pas si différent que ça. C’est fou comment ils s’adaptent plus facilement que les adultes», observe-t-il.
Les seuls moments légèrement plus difficiles à négocier sont les récréations. «Les élèves sont censés rester avec leur groupe et ne pas se mélanger aux autres. Mais des fois, il y en a qui s’essaient à aller voir leur ami dans la cour. Donc il faut être un peu plus vigilant».
Bastien avoue que des moments cocasses surviennent fréquemment avec le port du masque. «Certains se le mettent devant les yeux pour niaiser avec leur chum, d’autres jouent avec ou l’échappe par terre dans la cour et il finit tout piétiné. C’est dur parfois de garder son sérieux», admet-il, remettant du même coup l’efficacité réelle du dispositif anti-gouttelettes dans ce genre de situation.
Cette année en classe, ça sentira donc les cahiers neufs, mais aussi un peu le masque sale. Décidément, rien n’est pareil en 2020.
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
Soyez le premier à commenter!