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Salma Moudrika a 24 ans. Elle est née à Montréal de parents marocains et fait partie des captivant.e.s convives que le journaliste et animateur Dominic Tardif a invité à souper dans les dernières semaines.
Mauvaise nouvelle : vous n’étiez pas invités. Bonne nouvelle : en fait, c’est comme si vous l’étiez parce que Viens souper est disponible sur AMI-télé en plus d’être sur le web!
Ce soir, Salma se livre sur ce que ça veut dire, devenir adulte quand on doit composer avec un handicap. Le sien? Une atrophie du nerf optique. On lui a demandé de nous décrire son expérience de tournage.
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Clap! Un claquement de main annonce que les caméras tournent. C’est le début d’une nouvelle séquence. L’invitation que j’ai reçue à souper était particulière, tout à fait inédite, mais l’expérience s’est révélée d’autant plus marquante. C’est que ce repas cinq services allait nous être servi sur un plateau… de tournage.
Viens souper est une émission qui retrace le parcours de personnes « différentes », s’attardant sur des aspects qui nous sont parfois inconnus de leur quotidien. L’épisode en question réunissait trois invités qui n’avaient rien en commun, sauf peut-être cet élément qui nous unissait : un handicap. C’est donc autour de ce point de convergence, qui avait pour thème « grandir, » que nous nous sommes réunis pour un moment des plus mémorables.
Il ne s’agissait certes pas de ma première expérience sur un plateau de tournage, mais ce fut sans doute celle où j’ai eu l’occasion de me montrer dans mon authenticité, dévoilant, sous des dehors souriants et un humour parfois noir aux entournures, une sensibilité, une résilience et un désir toujours grandissant de me démarquer. C’est sans doute la liberté de pouvoir exprimer cette authenticité qui a rendu cette expérience aussi hors du commun, et pourtant si normale. On ne me demandait ni de jouer un rôle, on n’a pas mis non plus dans ma bouche ou sur ma réalité des mots qui en étaient éloignés. C’est peut-être pourquoi cela s’est révélé aussi aisé d’être assise là, à plaisanter sans gêne aucune avec l’animateur et à bavarder avec le reste du trio. De par son caractère spontané et naturel, ce souper aurait tout aussi bien pu avoir lieu au restaurant ou encore chez un ami. La Salma que vous verrez sourire et entendrez rire et plaisanter depuis votre salon, c’est celle que je serais aussi si vous étiez mes proches, amis, collègues. Bref, c’est bel et bien moi, sans filtres Instagram ou Snapchat. Et si c’était à refaire?, me demanderez-vous. Je dirais oui avec autant d’hésitation que la première fois, c’est-à-dire aucune.
Nous trois nous sentions seuls : seuls à ressentir le poids de cette particularité qui nous accable, mais nous force également à donner le meilleur de nous-mêmes, seuls même contre le monde parfois.
Je ne peux passer sous silence la présence de Karelle et Laurent, mes deux compagnons de plateau et alliés dans l’adversité de notre différence. Nous ne nous connaissions pas avant ce soir-là, et pourtant, j’avais la sensation de retrouver de vieux amis que l’on n’a pas vus depuis longtemps et avec lesquels on souhaite rattraper le temps.
Comme dans toute longue route digne de ce nom, on s’arrête parfois, mais on reprend toujours notre chemin avec la certitude d’arriver à destination.
En ma qualité d’indéfectible rêveuse, je continue d’y croire. Mais en attendant, l’aveugle et travailleuse sociale en moi contribuera sans relâche à faire une différence dans ce monde, si petite soit-elle, par le biais d’une chaîne YouTube, d’un livre ou encore d’une consultation.
Ainsi donc, je conduis mon véhicule de la vie. Et comme dans toute longue route digne de ce nom, on s’arrête parfois, mais on reprend toujours notre chemin avec la certitude d’arriver à destination.
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Viens souper, c’est tous les lundis à 18h sur AMI-télé
Nous trois nous sentions seuls : seuls à ressentir le poids de cette particularité qui nous accable, mais nous force également à donner le meilleur de nous-mêmes, seuls même contre le monde parfois. Dès que ces solitudes se sont reconnues et saluées, du moment que nous nous sentions compris et acceptés les uns par les autres dans notre intégralité, nous n’étions plus seuls. Et c’est ce qui, je crois, a constitué toute la force du lien que nous avons tissé ainsi que l’harmonie que l’on peut attribuer à ces heures passées ensemble. Karelle et Laurent, vous resterez à jamais dans mes souvenirs et dans mon cœur, et je ne peux vous remercier assez pour ce partage et pour la transparence dont vous avez fait preuve.
Et comme une harmonie ne vient jamais sans un chef d’orchestre, permettez-moi d’honorer le travail de l’incontestable Kent Nagano de cette soirée. Dominic, journaliste de profession et animateur ayant lui-même un handicap, nous a guidés, de main de maître, vers notre réalité commune à tous, même la sienne. Grâce à quelques questions bien placées, il nous a amenés à nous livrer avec humour, sensibilité, mais surtout avec une franchise touchante et sans retenue, sur les sujets chauds de notre vie. Les responsabilités inhérentes au fait de grandir, les défis auxquels nous avons dû faire face lors de l’enfance et de l’adolescence ainsi que la place qu’occupe l’amour ont notamment été abordés. Que de conversations, aussi variées et alléchantes que les plats qui nous ont été servis.
Le dessert, léger et sucré, l’était autant pour nos papilles que pour nos cœurs : nous devions parler de nos rêves. J’avais si peu de temps, et pourtant tant à dire, à commencer par mon rêve de vivre dans un monde meilleur, un monde où le fait d’être « aveugle, » « sourd » ou « autiste » ne constitue pas une étiquette, un obstacle, une définition pour ce que nous sommes. Un monde où nous serions considérés comme des individus à part entière faisant face à des défis uniques, comme tout un chacun.