Francis Desharnais

Une critique à peine voilée de la superficialité

Une BD de 2008 pour éviter les jugements faciles.

« Je ne suis pas raciste, mais… »

Combien de fois avons-nous entendu cette phrase annonciatrice d’une salve d’idées préconçues répétées à outrance tel un téléphone arabe ; les propos se déforment, les passions s’enflamment et il ne suffit que d’une étincelle pour que ça saute… Cette incompréhension de l’Autre ne date pas d’hier. On assiste par moment à des rapprochements qui tournent souvent aux dérapages pas toujours contrôlés. Le bédéiste Francis Desharnais s’est d’ailleurs amusé à imaginer le quotidien d’une adolescente dont le père l’obligerait à porter la burqa pendant un an dans Burquette.

Le bédéiste Francis Desharnais s’est d’ailleurs amusé à imaginer le quotidien d’une adolescente dont le père l’obligerait à porter la burqa pendant un an dans Burquette.

On ne parle pas ici de le faire par convictions religieuses, mais bien pour flatter l’égo du père, un intellectuel de seconde zone n’ayant jamais reçu l’approbation de ses pairs. En manque d’attention et de reconnaissance, il en vient à échafauder un plan complètement zinzin : couvrir sa fille pour se couvrir de gloire. À sa défense, Alberte — en l’honneur de Camus — est un chef-d’œuvre de superficialité qui se moque bien de marcher dans les traces de son papa. La révolte gronde chez la fille de quatorze ans qui accuse le coup durement, mais décide tout de même de se prêter à l’exercice. Qui sait, peut-être qu’avec un peu de chance, ça va faire partie de la collection printemps/été de Vogue ?

La vie continue malgré tout. Alberte va à l’école, à ses pratiques de chearleading et fréquente les centres commerciaux comme avant. Certes, la perception des autres a changé : son ex ne la traite plus de salope, un prof creepy la trouve très aguichante sous son voile intégral et on l’arrête parfois pour se confesser pensant qu’il s’agit d’un nouveau service de guichets-confessionnaux. Elle en vient à presque aimer sa burqa qui lui attire plus de regards que du temps où elle portait des mini-jupes et du maquillage.

Et pour se faire remarquer, Burquette ne saurait trouver meilleure tribune que l’École des vedettes ! Cette télé-réalité de type La Voix Junior pourrait la propulser vers la célébrité tant convoitée… à condition qu’on la laisse monter sur scène. Grande favorite de producteur de par son aura voilée de mystère, la pauvre devra quitter l’aventure après une seule apparition parce qu’une gang de crinqués en studio a déchiré en lambeaux le controversé morceau de tissu. Les journaux en font leurs choux gras et son père, invité à Tout le monde en parle, se fait traiter de minable par Dany Turcotte… ouch.

En dehors de notre allégeance politique et de nos convictions morales, on peut tout de même s’entendre sur le fait que forcer son enfant à revêtir la burqa en vidant le phénomène de ses significations religieuses, culturelles et symboliques, c’est juste con.

Évidemment, on sait qu’aborder l’identité québécoise et la laïcité de l’état demeure des sujets polarisants qui suscitent de vives réactions. En dehors de notre allégeance politique et de nos convictions morales, on peut tout de même s’entendre sur le fait que forcer son enfant à revêtir la burqa en vidant le phénomène de ses significations religieuses, culturelles et symboliques, c’est juste con. Surtout si c’est pour donner une leçon de vie à sa progéniture. On pourrait aller jusqu’à dire que cet argument ne fait pas le poids… chiche.

Pis laissez les légumineuses tranquilles. Elles ne vous ont rien fait.

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