Une bonne résolution pour 2018  : arrêter de dire «  black  » pour parler d’une personne noire

En France, le mot «  Noir  » est tabou. Qu’en est-il au Québec ? 

« Black », « gens de couleurs », « Re-noi », « diversité », en France (mais pas que), on entend rarement le mot « noir » pour parler… des Noirs. Pourtant, en français, quand une personne est blanche, on dit rarement qu’elle est « white ».

Faites l’expérience auprès des francophones de votre entourage qui disent « black ». Il leur est très difficile d’utiliser le mot « noir ». Corrigez-les et, bien souvent, ils vous répondront « mais c’est la même chose! » Sauf que non, répondent les femmes noires interviewées dans le documentaire d’Amandine Gay Ouvrir la Voix, qui a obtenu le prix du public aux dernières rencontres internationales du documentaire de Montréal. « Je ne sais pas le nombre de fois où j’ai entendu le mot black. Les gens ne veulent pas dire le mot noir! C’est quand même un problème », explique l’une d’elles. « Ça c’est le truc que je rectifie à tout le monde. Si tu dis black, je dis : noire? tu veux dire noire? Oui, je suis noire », s’amuse une autre.

En discutant avec des Québécois autour de moi, j’ai observé que le problème se posait davantage sur le territoire français, ou avec les gens ayant vécu en France. Alors, comment expliquer cette réticence à utiliser le mot « noir » dans le langage courant?

Ô, France indivisible

Première hypothèse, en France, ce tabou posé sur la question noire a à voir avec un passé colonial et esclavagiste mal digéré, mal assumé, et pas encore réparé. Louis-Georges Tin, militant LGBTQ et antiraciste note par exemple que les commentateurs français n’ont aucun mal à condamner les actes des suprématistes blancs américains ou à encourager la destruction d’une statue du Général Lee, mais qu’un tabou subsiste, entre autres, sur les statues de Colbert, les rues Colbert, et les lycées Colbert. Or, le Colbert en question est l’auteur du code noir, qui régissait l’esclavage dans les colonies françaises. En résulterait une gêne latente, très similaire à la gêne ressentie par ma grand-mère française qui, ayant vécu la Seconde Guerre Mondiale, disait « Israélites » pour nommer les Juifs, de peur de paraître antisémite.

Les Français devraient être un peuple uni, où chacun serait l’égal de l’autre, peu importe sa couleur de peau. Et classifier ses habitants reviendrait à les diviser.

Deuxième hypothèse, ce phénomène a beaucoup à voir avec un principe selon lequel La France serait « une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Les Français devraient être un peuple uni, où chacun serait l’égal de l’autre, peu importe sa couleur de peau. Et classifier ses habitants reviendrait à les diviser. C’est la thèse de François Durpaire, auteur de France blanche, colère noire, qui a expliqué à l’Obs : « En France, on prétend ne pas voir la couleur de l’autre, car il ne faut pas accentuer ses différences. »

En d’autres termes, le top en matière de tolérance serait de parvenir à faire abstraction de la couleur de l’autre. Une idée noble, mais qui pose un problème. Dans la vraie vie, les discriminations liées à la couleur de peau existent bel et bien. Et ce, même si la loi interdisant les statistiques ethniques en France rend leur étude très compliquée. Or, l’absence de statistiques ethniques ou l’évitement du mot « noir », revient à invisibiliser une partie de la population. Ce qui ne fait pas disparaître le racisme, juste notre capacité à l’identifier. Louis-Georges Tin s’est exprimé à ce sujet dans la revue Vacarme : « les gens qu’on ne compte pas sont des gens qui ne comptent pas. Pour savoir si la parité est respectée dans une assemblée, il faut savoir combien il y a de femmes et d’hommes. Et si l’on veut savoir s’il y a représentation équitable des Noirs dans une institution ou dans une entreprise, il faut se donner les moyens de le vérifier avec des statistiques fiables. »

La « black culture » ne suffit pas

Pour autant, le mot « black » est-il péjoratif? Après tout, des personnes noires l’utilisent et, dans l’imaginaire collectif, le terme renvoie aux combats pour les droits civiques aux États-Unis, au succès des sportifs noirs américains à la Carl Lewis, ou à l’avènement de la culture hip-hop.

Et c’est justement ce que certains reprochent au terme : en se référant à la culture noire américaine, il invisibilise une fois de plus les spécificités des Noirs d’ailleurs. Un constat que le réalisateur guyanais Cédric Simmoneau fait dans l’Obs : « On nous appelle ‘Black’ alors que les ‘Blacks’ sont les Afro-Américains. Comme s’ils étaient les seuls noirs intéressants. » Expression cool, malaise historique, ou politiques publiques ambigües, force est de constater que le mot « black » n’est pas neutre pour qualifier les personnes noires; et il n’est pas utile pour lutter contre les discriminations qu’elles subissent.

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