Un sport de gars, un orignal pis une pitoune

Fa’que là, l’autre jour, j’ai vu ça : une photo sur un groupe de chasse et pêche, glorifiant la chasse à l’orignal, avec une pitoune tounue sur ledit orignal.

De l’objectification du corps de la femme

Le corps de la femme est utilisé à la va-comme-je-te-pousse pour toutes sortes de raisons, on le sait. D’abord chosifié – on en fait un objet, un jouet sexuel – puis exploité, on s’en sert pour distraire, pour faire rêver, pour vendre, mais surtout pour en profiter. Qui n’a jamais vu traînasser un calendrier de femmes dévêtues avec un wrench dans le string, ou accotées sur des voitures, toutes graissées au Turtle Wax, ou encore, une armée de filles en tenue légère se trémoussant au rythme d’une musique glam-rock pour vendre de la bière qui goûte l’eau de vaisselle? Le sexe, ça vend. Plutôt, la vente fait miroiter le sexe. Je m’explique. Avec ces publicités, ces calendriers ou cette culture de pitounisation du produit, on fait croire que consommer ledit produit est la clé vers le succès sexuel des consommateurs. Alors, on consomme. On vend. On exploite. On paie, grassement. Tout le monde l’a vu. Tout le monde le sait. Certains s’insurgent, d’autres pas. Or, je fais partie de ceux et celles qui s’insurgent, notamment parce qu’à part si elles ont un look vendable quand elles sont tounues, les femmes ont encore bien peu de place dans le marché lucratif du gossage de rêves. Adieu, veau, vache, cochon, orignal Pas obligé de marketer un bien de consommation ou d’apposer le logo d’une compagnie – pas obligé, donc, de vendre quelque chose, un produit, pour objectiver le corps de la femme, puisque celui-ci peut être un produit, ou plutôt une fin, en soi. Ainsi, dans le cas de ma photo de pitoune, on rend en image le pire et le meilleur des week-ends de chasse entre gars. Je ne suis quand même pas née de la dernière pluie; j’ai une petite idée des propos qui peuvent être tenus entre une gang de chums, une caisse de 24 pis les vapes d’un spray d’urine d’orignal. Je suis moi-même pas pire en débitage de gros gibier et de propos grossiers juste-pour-le-fun-surtout-quand-j’ai-bu (mais je ne bois plus). Mais t’sais, mon problème, avec cette photo, au-delà de l’objectification du corps de la femme pour rendre la chasse attrayante et sexy, au-delà d’utiliser l’image sexuelle d’une femme comme ralliement de gars pour une activité, avouons-le, principalement masculine, et au-delà de l’image de la fille dont la seule participation se réduit à être à poil, à califourchon sur l’objet d’une activité de gars – que ce soit sur un orignal, une moto, une voiture de course ou une caisse de bière, il y a le ridicule de la photo. On dit parfois que le ridicule ne tue pas, mais je n’en suis pas tout à fait certaine, ici. Quand le ridicule tue Quand je dis que c’est ridicule, ça ne veut pas dire que je dis que c’est drôle. Loin s’en faut. Parce la photo dont je parle, là, elle circule dans des groupes de chasse et pêche, sur le web; vous savez, la chasse et pêche, ce sport de gars dont l’activité qui nous intéresse ici est de braquer une arme sur l’animal pour le tuer. Pis là, y’a une fille à poil dessus, donc, si l’on se fie aux fins – et aux moyens – de l’activité visée, celle-ci se trouve en plein dans la ligne de tir. Je ne peux pas tout à fait déterminer le message que ça envoie, mais chose certaine, le 2 pour 1 que cela suggère ne me met pas trop en appétit. C’est pas que j’aime pas ça, l’orignal. Bien au contraire, je trouve ça vraiment bon dans’yeule. Mais quand on verra des publicités de produits ménagers (encore une affaire hyper genrée) avec des photos de gars tounus et huilés, aguichant amoureusement les flagelles d’une méchante bactérie porteuse de maladies, sous la mire d’un spray de Lysol, on pourra peut-être commencer à arrêter de parler d’objectification du corps de la femme. Peut-être.

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