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Mon histoire d’aujourd’hui est celle d’un procès injuste et d’une sentence abusive. Un peu comme les Pussy Riot, mais en moins glamour.
Oh, je doute qu’il y aura, sur les tribunes à la mode, des levées de boucliers pour ces 7 scientifiques italiens, condamnés lundi à l’emprisonnement pour « homicide par négligence », pour ne pas avoir prédit le tremblement de terre de L’Aquila, dans les Arbruzzes, en 2009.
Curieux précédent, pourtant. Car tous les géophysiciens et les sismologues s’accordent pour dire qu’à ce jour, nul n’est en mesure de prévoir les tremblements de terre.
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Ce sont donc sept scientifiques, membres de la Commission italienne des grands risques, qui ont été condamnés à 6 ans de prison. On leur attribue littéralement la mort de 309 personnes, simplement parce qu’ils ne l’ont pas prédite.
En début de semaine, Le Point titrait, fort à-propos: « Coupables de ne pas avoir prévu l’imprévisible ». Ce sont donc sept hommes, pas plus devins que vous et moi, dont on ensanglante les mains pour laver celles de l’État.
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Le jugement a eu l’effet d’une bombe dans la communauté scientifique. Mais à mon avis, il ne s’agit pas là que « d’une affaire de scientifiques » (et c’est d’ailleurs pourquoi je vous en parle aujourd’hui). C’est moins évident que chez nos amies les Pussy, mais ça vaut tout de même la peine d’y prêter attention.
Rappelons brièvement les faits. Si ça vous saoule, sautez les 2 prochains paragraphes. Pour les autres : en décembre 2008, la région de L’Aquila, en plein cœur de l’Italie, est secouée par une série de secousses sismiques de faible intensité. Au fil des mois, la population s’inquiète et craint un séisme d’une plus grande magnitude. Fin mars, la commission italienne des grands risques, chargée d’évaluer la probabilité que survienne un tremblement de terre intense, annonce que rien n’indique qu’il faille s’inquiéter.
La commission des grands risques conseille et adjoint le gouvernement dans ses décisions, en ce qui a trait à la prévention des tremblements de terre. Pour faire court, c’est un peu un service de renseignements, mais pour le sous-sol. Et avec des géophysiciens à la place des espions.
Cela dit, rendre les scientifiques de cette commission et leurs prédictions sujets à des sanctions pénales est totalement grotesque.
Le juge en charge de l’affaire a reproché aux intimés d’avoir fourni des « informations inexactes, incomplètes et contradictoires », suite aux petites secousses ressenties par les résidents de L’Aquila, durant les mois précédant le séisme du 6 avril 2009.
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C’est un peu l’équivalent de blâmer un pêcheur qui ne pourrait pas dire où se trouve la morue dans un bassin d’eau défini, à un moment donné. Le pêcheur vous dira par exemple qu’il y a normalement 500 ménés, 12 truites et 3 morues dans son périmètre. Que les morues se tiennent souvent dans tel coin, alors que les ménés, dans tel autre… mais c’est tout. Rien ne le dispose à anticiper le déplacement des poissons! La comparaison est grossière, mais c’est le même principe…
Il faut également garder en tête que la science est un mode de pensée, et pas un modèle absolu.
« appliquer la même notion de responsabilité que si, par exemple, un pilote d’avion ou un médecin entrait travailler saoul…»
Alors si on suppose que nos « coupables » ont fait leur travail scrupuleusement et qu’ils ont cru bon de rassurer la population pour ne pas semer la panique inutilement, (puisque rien ne laissait croire que le risque de séisme important était plus grand qu’à l’habitude. Les petites secousses n’annoncent pas les grosses, semble-t-il), le jugement rendu est un non-sens et une injustice totale!
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Et même si on taxait ces scientifiques d’avoir mal jaugé les risques, à mon avis, on se tromperait encore de débat!
La question n’est en fait pas de savoir comment mieux évaluer les risques, mais bien comment les communiquer. À partir de quel moment un scientifique se doit-il de sonner l’alarme?
« Mieux vaut prévenir que guérir », dira-t-on. Mais encore. Suffit d’invoquer l’histoire de Pierre et le loup pour entrevoir que l’ultra prévoyance pourrait elle aussi avoir un effet pervers…
Or, cela renvoie à mon décret initial : on ne parle pas ici de « punir un raté scientifique ». On parle avant tout d’un État qui instrumentalise le flou statistique des sciences de la Terre, pour se délester du poids de sa propre négligence.
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« Selon moi, il s’agit d’une hypocrisie et d’un populisme répugnant »
Voilà. Moins cool que les Pussy Riot, je sais. Mais ils sont en prison, mes géophysiciens italiens. Et je pense que oui, on devrait en faire grand cas.
Vous allez y penser, dites?
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