Un dimanche à manger de la fondue avec Jean-Nicolas Verrault

Quand La Voix est presque aussi intellectuelle que Tout le monde en parle, on a un sérieux problème…

L’expression voulant que Tout le monde en parle – ou #TLMEP pour les intimes – est notre messe du dimanche est devenue consacrée, puis galvaudée, au fil des années et des interviews diablement complaisantes. Bien que l’hebdomadaire phare a perdu de son lustre sacré depuis quelques éditions, les premières minutes de la saison 2013 laissent malheureusement présager une sapristi d’hécatombe.

J’veux dire, contrer la machine à bons sentiments de La Voix avec une entrevue incroyablement galante – et en retard – avec la « controversée » Anik Jean ainsi qu’un retour – près d’un mois plus tard – sur le Bye Bye comme première salve? C’est triste comme un véritable sermon à la chapelle du coin. Est-ce que les fidèles seront aussi nombreux la semaine prochaine? J’ai comme l’impression qu’un exode se trame…

M’enfin, même si tout a déjà été dit, depuis belle lurette, sur la fameuse campagne promotionnelle de la rockeuse, j’aimerais quand même m’épancher sur certains points mentionnés hier et qui sont demeurés dans l’air, sans remise en question, parce qu’on avait pas mal de blagues de Véronique Cloutier et de Patrick Huard à insérer dans la conversation, j’imagine…

– Au dévoilement de l’identité derrière la série de lettres de rançon, le communiqué de presse indiquait que la campagne promo était également pour sensibiliser les scribouillards visés au bullying. Déjà que mousser un lancement en brandissant le spectre affreux de l’intimidation est incroyablement cheap, ni l’artiste, ni l’intervieweur (qui a pourtant été victime d’un harceleur opérant sous un pseudonyme sur Twitter)  ne sont revenus sur la problématique qui est, pourtant, toujours en vogue dans l’actualité. On a plutôt sorti une explication tout aussi fantaisiste : on voulait épater les radios québécoises qui résistent au rock local… Ben oui, c’est ça!

Pourtant, Karim Ouellet est présentement en troisième position du décompte CKOI, talonné de près par Marie-Mai. Un peu plus bas, en sixième place, on retrouve les Cowboys Fringants, puis – en quinzième – Les Trois Accords. Sur NRJ, le classement est semblable. Au moment d’écrire ces mots, Radio X2 à Québec venait de diffuser des pièces de Mara Tremblay, Kodiak et Pagliaro (déjà une tendance prend forme : ce sont tous des musiciens qui misent davantage sur leurs textes et mélodies que sur de la promo vaseuse). Et ça, c’est sans chercher du côté de CHOM et des stations universitaires québécoises qui comptent plusieurs émissions de rock, de chansons d’ici, et même de rock d’ici.

– Jean et son équipe ont posté les fameuses lettres anonymes à 150 personnes, dont le journaliste Sylvain Cormier qui s’est promis de ne pas offrir d’espace rédactionnel à l’artiste derrière cette campagne douteuse. Avisée de l’ultimatum par Guy A. Lepage, la rockeuse a répliqué qu’il n’aurait probablement pas critiqué l’album de toute façon. Pourquoi lui envoyer alors? Encore là, passons à la joke suivante…

– Oh, et pendant qu’on y est : avec des invités plus «d’actualité» comme Yan England et Roméo Saganash, notamment, est-ce que les extraits d’entretien portant sur le souper de fondue avec Jean-Nicolas Verreault ou l’imitation dont elle a fait les frais lors du Bye Bye… 2010 étaient vraiment pertinents et méritaient de demeurer au montage final? Gardez ces anecdotes pour le souper après l’enregistrement, bordel!

Évidemment, tout ceci relève de la gérance d’estrade sans prétention, mais cette litanie tient aussi du voeu pieux (désolé, j’abuse vraiment du champ lexical ecclésiastique!).

Au moment où nous sommes bombardés de parties de hockey (et les Glorieux ne déçoivent toujours pas! Prions le Seigneur pour les affrontements à venir!) et de chanteurs tellement talentueux pis comme nous aut’ pis qui ont souffert par en d’dans par le passé et qui sont dans les poulains de Marc Dupré, j’aurais souhaité une alternative un peu plus intellectuelle à la SRC. Les trente premières minutes de cette énième saison de TLMEP étaient plus allocentriste que… que… non, c’était que de la bonasserie, point barre. En espérant que l’équipe se reprendra au fil des semaines à venir…

Bien sûr, vous me direz que ça s’est replacé par la suite (ouf!), mais mon autoflagellation a ses limites, quand même! Je me suis donc fourré le nez dans un bouquin…

Tiens, tiens…

Petites suggestions de littérature rock pour combler votre prochain dimanche : Our Band Could Be Your Live de Michael Azerrad et Ti-Rock de Julie Gauthier

Sûrement un des meilleurs ouvrages relevant du genre, celui-ci compile treize biographies de groupes rock et punk aussi cultes qu’underground, dont Black Flag, Sonic Youth et Fugazi. Les récits sont courts, punchés et foutrement recherchés.

Pour un livre plus local, je vous suggère Ti-Rock, une oeuvre concoctée par la photographe Julie Gauthier où les clichés d’un hôtel abandonné se juxtaposent aux nouvelles de rockeurs de la trempe de Richard Desjardins et Bernard Adamus.

PS : Bien sûr, j’ai été «victime» de la campagne de Mme Jean et, comme mentionné sur différentes tribunes, j’ai trouvé le tout plus rigolo qu’épeurant… jusqu’à hier soir où « l’excuse » de la sensibilisation à l’intimidation – un sujet, répétons-le, avec lequel il ne faut pas niaiser – a volé en éclat au profit de la création d’un quelconque buzz clinquant pour les radios. Là, ce n’est plus amusant. C’est même triste… pour elle, surtout.

(photo: Radio-Canada)

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Lettre à Francine Pelletier : les femmes trans méritent le même respect – et la même rigueur journalistique – que les autres

Réponse à la chronique de Francine Pelletier du 11 décembre dernier dans le Devoir.

Dans le même esprit