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Un bonhomme de neige «laid» qui fait boule de neige
Il y a quelques semaines, les Montréalais se sont improvisés sculpteurs sur neige le temps d’un weekend alors qu’une importante bordée venait de tomber sur la métropole. Un véritable cadeau du ciel, au propre comme au figuré, pour les habitants à la recherche de toutes les excuses possible pour sortir de leur logement.
Parmi cette belle galerie, un vilain petit canard s’est pourtant démarqué par son «originalité» (aka sa laideur). Un bonhomme de neige baptisé «le Cri de Munch» est passé en quelques jours de «petite joke pandémique» à un phénomène web.
On s’est entretenu avec le créateur de l’oeuvre pour aller au fond des choses.
Un «chef-d’oeuvre» accidentel
Toute cette histoire a commencé par un mignon moment en famille. Jérémie Lemieux, « l’artiste » derrière le projet, sa conjointe la comédienne Ève Landry et leurs deux enfants ont d’abord créé un bonhomme de neige «classique» lors d’une des premières bordées de la saison juste avant les fêtes. «On a pris des légumes un peu laids pour faire la bouche, les yeux, le nez, etc. et on le trouvait déjà un peu comique, mais pas plus que ça», témoigne Jérémie au bout du fil.
Le 24 décembre, la température merdique et le mercure bien au-dessus des normales saisonnières ont eu raison du pauvre bonhomme. «Il avait semi-fondu et notre chien a mangé la carotte qui lui servait de nez. Les yeux en navet étaient en train de tomber et ça m’a fait penser à la toile Le Cri de Munch. Je trouvais ça ben drôle donc je l’ai mis sur mon mur Facebook avec le caption: “Si 2020 était un bonhomme de neige, ça ressemblerait à ça”.
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«Les yeux en navet étaient en train de tomber et ça m’a fait penser à la toile Le Cri de Munch»
Le lendemain de son post, Jérémie se fait cibler par une annonce de concours de bonhomme de neige organisé par la Ville de Montréal. Il n’hésite pas une seconde à inscrire sa «terrifiante» création au concours dans la catégorie «Professionnel». «Je me voyais déjà compétitionner contre des sculpteurs aguerris du Japon ou de l’Europe avec mon bonhomme laid et je trouvais ça hilarant», confie le père de famille.
Finalement, son «Cri de Munch» givré n’a pas eu à se frotter à des créations de haute folie. Au moment de s’inscrire au concours, il n’y avait qu’un Olaf version géant qui lui faisait de l’ombre. «C’est là que la marde a pogné. J’ai fait un post sur Facebook pour inciter mes amis à voter pour mon bonhomme en disant qu’il fallait faire quelque chose pour empêcher que l’empire Disney l’emporte sur les beaux-arts et la consommation locale de légumes», explique Jérémie entre deux éclats de rire.
Au moment d’écrire ces lignes, on compte 4296 votes pour sa création.
Les votes se sont alors accumulés pour le «Cri de Munch» de Jérémie sur la page du concours. Au moment d’écrire ces lignes, on compte 4296 votes pour sa création.
Un bonhomme viral
Déjà sur une bonne lancée, l’aventure de Jérémie a connu un virage encore plus absurde et inattendu lorsque son amie l’humoriste Christine Morency et sa conjointe Ève Landry s’en sont mêlées. «Christine a parlé du bonhomme à l’émission de radio Véronique et les Fantastiques et Ève a fait un post sur sa page Facebook avec le concours et a parlé du bonhomme à l’émission La Tour. Ça a créé encore plus d’engouement et les votes se sont enflammés», confie Jérémie.
Une centaine de crewnecks et cotons ouatés à l’effigie du «Cri de Munch» ont même été mis en vente par Christine Morency et se sont envolés comme de petits pains chauds. «Tous les profits iront à l’organisme Mères au front, qui souhaite sensibiliser les gens sur les changements climatiques», précise cet employé d’une institution financière.
Pour ajouter une couche de plus au gag, le sculpteur d’un jour a également créé un filtre pour les photos de profil sur Facebook avec le «Cri de Munch». «Je me sentais un peu mal, parce que j’ai créé le badge la veille de Bell Cause pour la Cause et il y avait plus de monde sur mon Facebook qui arborait mon badge que celui de Bell…», explique Jérémie, qui estime qu’environ 200 personnes ont mis le badge sur leur photo de profil jusqu’à maintenant.
«Quand une occasion de rire bien fort entre amis se pointe, on la prend»
Le moindre qu’on puisse dire, c’est que la création de Jérémie a eu un effet boule de neige (dernier jeu de mots, promis) dans les dernières semaines. Mais pourquoi au juste? «Tout le monde est confin é. Quand une occasion de rire bien fort entre amis se pointe, on la prend. Je pense que sans la pandémie, mon bonhomme serait passé dans le beurre», selon Jérémie.
Dans toute cette franche rigolade, celles et ceux qui s’inquiètent du sort du bonhomme en question ont toutefois bien raison de craindre le pire. Depuis quelques semaines déjà, le «Cri de Munch» est retourné à l’état de slush piétinée. Est-ce que cette expérience a donné envie à notre magicien de la neige collante de recréer une œuvre comico-ironique? «C’est sûr que je me rembarque pas dans quelque chose comme ça. J’ai passé beaucoup trop de temps là-dessus», conclut Jérémie en riant.
Morale de cette histoire: la beauté se trouve parfois là où on ne l’attend pas, genre dans une sculpture informe devenue plus virale que le virus le plus viral du moment.