Trump, ton oncle Jean-Guy et le reste de la gang

Tout le monde et son beau-frère ont partagé cette semaine cette vidéo de Michelle Obama qui accuse, avec beaucoup d’émotion, le haut niveau de “s’il vous plait, dites-moi que je rêve!” que nous a livré Trump dans les derniers jours. Je vous comprends d’avoir partagé son discours, c’était admirablement bien livré et fort inspirant.

Sauf qu’elle a beau terminer en disant que nous ne sommes pas devant de la politique ordinaire (tout en montrant le visage innocent d’une jeune fille pendue à ses lèvres), c’est de la politique pareil. Et ça ne prenait pas un génie des relations publiques pour penser à envoyer Michelle au front pour protéger son parti, j’y aurais même pensé moi-même tellement elle était parfaite pour le rôle!

Ce qui m’intéresse, c’est de voir si cette gigatonne de clics va avoir un impact au-delà de cette surréelle élection américaine.

Sur internet, la dénonciation est commune. Sexisme, racisme, appropriation culturelle, etc., tout y passe. Et Trump nous rend la vie facile avec son sexisme brut et sans équivoque. On dénonce ce spectacle grossier et on pense faire sa part, mais qu’adviendra-t-il de la vraie vie? Cette prise de conscience collective est déjà bien mieux qu’une claque sur la gueule, j’en conviens, mais est-ce que ce sera assez?

J’ai l’impression qu’on regarde tout ça aller comme une gigantesque parodie sans la connecter avec la réalité. Pourtant, toutes les femmes autour de moi ont connu un Trump dans leur vie. Toutes. Et ça, c’est la vraie de vraie vie. Ça ne se passe pas juste sur un écran. Je vous le jure.

Quelles seront les retombées réelles de cette comédie? On pourrait peut-être recommencer le procès de Gomeshi, juste pour voir? Je serais curieuse de voir si au lendemain du jugement, je vais encore entendre une collègue dans l’ascenseur dire : “Oui, mais les filles n’avaient rien qu’à ne pas mentir.”

Vais-je encore me faire répondre “on peut plus rire de rien”, chaque fois que je reprends une blague déplacée? Est-ce qu’on va arrêter de m’expliquer comment faire mon travail comme si j’étais une enfant de 5 ans? Est-ce que les monsieurs vont me laisser finir mes phrases? Mieux encore, est-ce qu’on va considérer que ce que je dis est aussi pertinent que si j’étais un garçon? Et dites-moi, est-ce que mon compte okCupid va, comme par magie, se libérer de tous les “Allo chérie, tu veux baiser?” comme phrase d’introduction?

On verra.

Pour l’instant, je me réjouis de voir un mouvement collectif se dessiner contre cette horrible masse de cheveux jaunes, mais j’espère que “vos bottines vont suivre vos babines”, comme disent les monsieurs.

Pour lire un autre texte sur la présidentielle américaine : “Décrire la présidentielle américaine, un titre de film à la fois”

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