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Trouver une job quand on est enceinte : mission impossible ?

Trouver une job quand on est enceinte : mission impossible ?

Si les femmes cachent leur grossesse en entrevue, c’est parce qu’elles savent comment le monde du travail les perçoit.

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Sur LinkedIn, une femme confie avoir passé une entrevue en gardant son gros sac à main sur ses genoux. Trop gros pour être élégant, ce sac lui servait plutôt de rempart, de bouclier. Un bouclier pour se protéger des préjugés du monde du travail envers les femmes enceintes..

Pourtant, cette femme n’avait rien à dissimuler. Légalement, les femmes ne sont pas obligées de divulguer leur grossesse à des employeurs potentiels lors d’un entretien d’embauche. La loi empêche aussi les recruteurs de discriminer les candidates en raison de leur grossesse, que ce soit pendant ou même au retour du congé de maternité.

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Or, dans les faits, nombreuses sont les femmes qui hésitent à annoncer leur grossesse en entrevue, de peur de ne pas être retenues pour cette raison.

Mais pas Élizabeth Brosseau, qui, à six mois de grossesse, a décroché en octobre dernier le poste de directrice générale de Ma place au travail, un organisme qui milite pour le retour au travail des mères.

Assumer sa grossesse pour rassurer l’employeur

« Je ne cherchais pas d’emploi à temps plein, mais quand j’ai vu ce poste, j’ai su que je devais envoyer ma candidature, relate la principale intéressée, qui vient d’accoucher de son deuxième enfant. C’est d’ailleurs le seul poste sur lequel j’ai appliqué. »

Pour maximiser ses chances d’être retenue, Élizabeth s’est présentée en entrevue en assumant pleinement sa grossesse – de toute façon impossible à cacher – et en proposant un plan de contingence qui couvrirait son congé de maternité de six mois.

Dans son plan, elle a d’ailleurs inclus deux personnes de son réseau prêtes et disponibles pour assurer l’intérim. La candidate a aussi rédigé un document présentant sa vision pour l’organisation et le plan d’action qui permettrait de la concrétiser. Enfin, elle s’était préparée en parlant avec d’autres femmes occupant des postes de direction qui ont vécu un congé parental.

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« C’était important pour moi de montrer que j’étais proactive et que j’avais à cœur le bien-être de l’organisation », explique-t-elle

Le fait qu’elle soit arrivée préparée et qu’il y ait eu un « fit » entre elle et l’organisation – entièrement féminine, précise-t-on ici – a pesé lourd dans la balance, reconnaît Élizabeth Brosseau en entrevue.

« En toute humilité, je pense que j’étais la meilleure candidate pour ce poste, et j’ai voulu le leur démontrer en planifiant mon congé de maternité », résume-t-elle.

« Je ne le cache pas : je sentais que j’avais une pression supplémentaire de performance étant donné ‘’ma condition’’ et ce qu’elle représentait comme ‘’risque’’ pour l’organisation », ajoute-t-elle.

Une pression qu’aucun homme ni aucun père ne subit.

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Un début de grossesse vécu en silence

Martine Desjardins, elle, a vécu une situation un peu différente : elle a découvert qu’elle était enceinte de son deuxième enfant à peine deux semaines après avoir débuté son nouveau boulot de gestionnaire. Un moment peu idéal, même si elle et son conjoint souhaitaient agrandir la famille depuis un certain temps.

La nouvelle directrice générale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec se demandait bien comment ses nouveaux patrons prendraient la nouvelle, eux qui fondaient beaucoup d’espoir en elle.

« Je me suis demandé comment ils allaient réagir, confirme-t-elle. Mais surtout, je ne me sentais pas à l’aise de leur annoncer avant d’être certaine que j’allais porter cette grossesse à terme. »

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Question de ne pas décevoir son entourage, Martine a préféré attendre d’avoir mené le premier trimestre à terme avant d’en faire part à ses proches et à son employeur. Elle a donc gardé le secret pendant plus de deux mois, ce qui était plus facile à dire qu’à faire.

Cette crainte d’être jugée, d’être considérée comme moins performante en raison de sa grossesse l’a habitée. Comme si les changements dans son corps la rendaient moins compétente.

La culpabilité a aussi hanté la gestionnaire. « Ils viennent de m’embaucher et je m’apprête à leur dire que je repars pour plusieurs mois. Je me sentais coupable d’avoir accepté un emploi et de partir après quelques mois seulement, admet-elle. Je me demandais si ça allait créer des problèmes. »

Heureusement, les membres du conseil d’administration ont accueilli la venue de la cigogne avec enthousiasme.

« Finalement, ça a été super simple, et les gens ont été d’un grand soutien », relate-t-elle.

Toutefois, elle se dit encore marquée par une entrevue survenue plusieurs années auparavant où on lui avait demandé si elle voulait avoir des enfants. « J’avais compris, sans qu’on me le dise, que la seule réponse acceptable à cette question était non », lâche-t-elle.

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Changer le regard sur les femmes enceintes

En décembre, Élizabeth a partagé sa stratégie d’embauche sur les réseaux sociaux. Elle espère ainsi sensibiliser les employeurs au potentiel de candidates enceintes, et encourager les femmes à tenter leur chance, malgré leur grossesse.

« Tout le monde y gagne : en étant acceptée, l’employée aura à coeur son travail et apportera son expertise à l’organisation. L’employeur va bénéficier de ça », avance-t-elle.

Celle qui milite aussi pour la fin de la « pénalité à la maternité » espère que la société accueillera mieux les travailleuses enceintes et traitera mieux les mamans, puisqu’elles souvent celles qui doivent s’absenter pour prendre soin de leurs enfants.

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« Notre système est fait pour les hommes qui travaillent à temps plein, observe-t-elle. Déjà, on s’attend à ce que les femmes puissent travailler enceintes comme si elles ne l’étaient pas. Et puis, on s’attend à ce qu’elles reviennent au travail et performent avec la même efficacité qu’avant. »

En rappel

Si vous passez une entrevue d’embauche, il est interdit pour le recruteur de vous demander si vous avez des enfants ou si vous envisagez d’en avoir.

Si vous êtes enceinte, il ne peut pas vous demander combien de temps vous songez prendre lors de votre congé parental.

Si vous pensez qu’on vous a refusé un poste en raison de votre grossesse, vous pouvez porter plainte à la Commission de la protection des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

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