« Trottoir bloqué » : comment faire pour s’éviter 1001 détours louches ?

Et si on considérait le piéton comme un VIP ?

Mise en situation : c’est le matin à Montréal, vous marchez pour aller au travail, quand tout à coup, une pancarte « trottoir bloqué » vous arrête. Vous êtes rendus loin de l’intersection, vous êtes donc forcé de piquer un sprint entre deux voitures pour traverser la rue. Quelques pas plus loin sur ce nouveau trottoir, encore une pancarte : « trottoir bloqué ».

Oh oui mesdames et messieurs, c’est confirmé : la saison des cônes orange est arrivée!

Évidemment, personne n’aime les détours, et les automobilistes sont aussi enclins à chialer après ceux-ci que les piétons. Mais pour les marcheurs, on peut quand même remarquer qu’en général, les constructeurs se permettent un plus grand laxisme. Pourtant, c’est bien plus dangereux de longer à pied un chantier dans le trafic que d’allonger de 5 minutes son trajet de voiture…

Odeur de printemps. / Crédit photo : Fred:

«Les piétons sont des usagers assez sobres, qui n’ont pas besoin de beaucoup d’espace et qui ne sont pas encombrants, donc on a tendance à les oublier. »

Les deux trottoirs barrés face à face dont on parlait plus tôt ne sont malheureusement pas une invention fictive. Jeanne Robin, porte-parole de Piétons Québec, confirme que cette situation lui est rapportée de temps à autre par des piétons.

Il arrive encore plus souvent qu’on se retrouve devant un chemin bloqué entre deux intersections, sans aucun avertissement préalable ou détour proposé. Pourquoi se permet-on de « botcher » autant?

« C’est un peu la grande misère des piétons : ce sont des usagers assez sobres, qui n’ont pas besoin de beaucoup d’espace et qui ne sont pas encombrants, donc on a tendance à les oublier », remarque Jeanne Robin.

Dans le groupe Facebook Piétons engagés, des citoyens de partout à travers le Québec signalent d’ailleurs quotidiennement des obstructions à leur circulation.

(Et certaines sont quand même un peu drôles/Crédit photo)

« Lorsque des entreprises savent qu’elles vont faire des travaux pendant plusieurs mois, elles installent des aménagements relativement perfectionnés, et c’est apprécié. Le problème, c’est plutôt la multiplication des chantiers dont on ne sait pas combien de temps ils vont durer. Officiellement, ils sont là pour quelques jours et leurs installations sont plus rudimentaires, mais ça se transforme souvent en plusieurs mois, tant et si bien qu’on ne sait plus s’il y a vraiment un projet de construction en cours ou si le trottoir est occupé pour toujours… », poursuit Jeanne Robin.

Se faufiler entre les voitures

C’est insultant et potentiellement dangereux de devoir se faufiler entre les voitures pour échapper à un trottoir bloqué, mais plusieurs piétons sont rendus habitués à le faire. Par contre, pour les personnes à mobilité réduite, avec une poussette ou même une simple valise, c’est loin d’être aussi aisé.

«  Pour certaines personnes, un trottoir bloqué rend tout simplement le chemin impraticable. Dès qu’on est en chaise roulante, par exemple, on ne peut pas forcément descendre facilement du trottoir ou se glisser sur un trottoir rétréci. Pour les gens qui ont un handicap visuel, c’est encore pire, ça devient un piège », souligne Jeanne Robin.

(Pour un fauteuil roulant, c’est comme une course à obstacles, sauf que c’est pas drôle. /Crédit photo)

Tout n’est pas orange

À la place de désespérer et de développer une allergie aux compagnies de constructions négligentes, on peut agir quand même assez efficacement pour résoudre le problème.

« Il faut responsabiliser les constructeurs, mais aussi reconnaitre le pouvoir d’encadrement, de réglementation et d’inspection de la ville »

La ville de New York a des règlements d’aménagement de corridors alternatifs pour piétons assez stricts, et même à Montréal, théoriquement, les compagnies sont tenues de respecter la norme 4.42.4 du ministère des Transports, qui précise que si un trottoir est obstrué pour travaux, il faut aménager un passage alternatif pour les piétons. Quand la Ville de Montréal délivre un permis de construction, elle doit aussi approuver les aménagements pour piétons, en toute connaissance des autres chantiers aux alentours.

« Il faut responsabiliser les constructeurs, mais aussi reconnaitre le pouvoir d’encadrement, de réglementation et d’inspection de la ville », résume Jeanne Robin.

Et en plus, ça marche : signaler un problème en appelant au 311 est encore la meilleure façon de débloquer un trottoir.

Avant l’appel au 311, la voie piétonnière à gauche était bloquée par un ruban rouge. / Crédit photo

  • « On observe que quand il y a de la bonne volonté des deux parts, beaucoup de choses se règlent, il ne faut pas hésiter à faire des demandes, à signaler et même à re-signaler », dit Jeanne Robin.

Et les compagnies de constructions qui n’avaient juste jamais vraiment pris le temps de penser aux piétons peuvent s’inspirer de mesures mises en place sur des chantiers sécuritaires, qui protègent aussi les piétons de la poussière et des chutes d’objets.

Crédit photo

Jeanne Robin avance aussi que les Suisses ont sorti d’intéressantes propositions de bonnes pratiques pour gérer les travaux, et celles-ci sont assez simples. Les entreprises auraient tout simplement à afficher sur le chantier les coordonnées d’une personne à joindre en cas de problème, un itinéraire de remplacement suggéré si le détour est compliqué, ainsi que la durée prévue des travaux. « Comme ça, si on arrive et qu’on voit qu’une barrière est tombée, que des gravats sont détachés, que le trottoir est impraticable, que c’est dimanche et qu’aucun ouvrier n’est sur le chantier, on peut le souligner. Et si le chantier est bien géré, il n’y aura pas de coups de téléphone intempestifs », explique la porte-parole.

« D’ailleurs, c’est un beau défi pour les ingénieurs et les techniciens de développer de bonnes pratiques dans ce domaine-là! » conclut-elle. « Avec la valorisation du transport actif et la réduction des émissions de GES, le piéton devrait être traité comme un usager VIP. »

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