Trois livres, 29 jours : ce qu’il faut lire en février

Les Libraires nous font leurs suggestions.

Vous avez lâché Tinder et vous ne savez plus comment meubler vos trajets de métro? Vos virées au chalet manquent de bonnes lignes? Votre voisine Monique vient ENCORE de vous refiler une caisse de vieux Harlequin qui sentent le sous-sol humide en vous disant  « y’a du bon stock là-dedans » avec un clin d’oeil ? La gang de la coopérative des Librairies indépendantes du Québec, a.k.a. Les Libraires, vient à votre rescousse et vous propose trois livres qui valent le détour. Comme dirait le libraire Philippe Fortin : Lisez-moi ça!

Buzzkill

Bruno Massé (Québec Amérique)

Dans ce roman, nous suivons la quête de trois amis quasi inséparables, une parfaite triade du vide. Il y a d’abord Gaspard, programmeur de jeux vidéo et geek ambitieux qui rêve de devenir le prochain gourou techno à la Steve Jobs. Ou, à tout le moins, le prochain influenceur de l’heure. Il y a ensuite Marcus, l’ancien participant de télé-réalité, reconverti en acteur médiocre, puis ultimement, en chef de parti politique, parce qu’un beau gosse un peu con qui sourit de toutes ses belles dents blanches sur une affiche, c’est winner. Puis Océane, prêtresse zen au puits sans fond de phrases creuses et psychologue reconnue dans le traitement des rabat-joie nihilistes qui badtrippent sur les inégalités sociales et l’imminente fin du monde. Pffff… Avec toutes leurs manifestations et leurs actes de désobéissance civile, ils ruinent vraiment l’ambiance, ceux-là.

Malgré tous ces buzzkills, parviendront-ils à atteindre le fame dont ils rêvent depuis toujours? Ils ne sont pourtant qu’à quelques likes du but.

Grinçant à souhait, ce roman est un bijou d’humour noir à lire absolument. On prend un réel plaisir à suivre ces hilarants personnages dont la vacuité égocentrique n’a d’égal que leur infinie naïveté.

Josée Laberge
, de la Librairie La Liberté (Québec)

La mort de Roi
Gabrielle Lisa Collard (Le Cheval d’août)

Lorsque Roi, vieux berger allemand de 15 ans, meurt et quitte la vie de Max, une trentenaire montréalaise « constamment en tabarnak », tout éclate dans la vie de celle-ci. Ou plutôt, tout ce qui avait été comblé par la présence de Roi se vide, laissant place à une folie démesurée qui s’exprime par le meurtre. De la mort de Roi renaît l’autre Max, cette partie d’elle-même que l’amour canin avait réussi à endormir. Cette Max sur qui l’intimité des gens exerçait une étrange fascination qui la poussait, enfant, à entrer par effraction chez ses voisins. Et c’est maintenant celle qui est brûlée par l’envie d’ouvrir les gens pour en observer le contenu anatomique.

Gabrielle Lisa Collard signe ici un premier roman percutant dont la lecture peut difficilement être interrompue. J’ai été captivée par l’évolution de Max, personnage féminin attachant malgré sa folie grandissante, folie qui, grâce à la plume de Gabrielle Lisa Collard, prouve de manière touchante que le chien reste et restera le meilleur ami de la femme. 

Lauriane Angers-Gauthier, de la Librairie l’Alphabet (Rimouski)

Libérer la colère
Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy (Remue-ménage)

Il était une fois, deux femmes, Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy, qui décidèrent d’entamer une jolie correspondance. Mais il ne s’agit pas ici d’une belle histoire stéréotypée entourée de fioritures, mais plutôt d’une revendication qui naîtra du célèbre procès Gomeshi. Grâce à cet événement, les deux autrices vont enfin lâcher la colère qui était prisonnière dans leur œsophage. C’en était trop, il fallait absolument parler, se libérer de toute cette frustration ainsi que de ce refoulement émotif. Elles commencèrent alors à en discuter avec d’autres femmes autour d’elles, pour vite se rendre compte qu’elles avaient plusieurs raisons d’être indignées. En plus des agressions sexuelles et du non-consentement, il y avait aussi toutes les questions identitaires, les préjugés raciaux, le sexisme et j’en passe… Avec la collaboration de plusieurs personnalités québécoises (Marie-Claude Lortie, Pénélope McQuade, les sœurs Stratis, Elkahna Talbi…), elles s’unissent en chœur pour nous interpréter un chant puissant et colérique. Étant moi-même souvent révoltée par l’image de la femme dans notre actualité, j’ai dévoré chaque page de cet essai, encore plus choquée, mais amplement rassasiée. Je vous conseille fortement de prendre le temps de lire ce recueil et de laisser, enfin, toute votre colère se libérer!

Émilie Bolduc, de la Librairie Le Fureteur (Saint-Lambert)

+++

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