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Trois ans sans consommer : hommage à nos mille et une fées

Elles sont là, suffit parfois d'ouvrir les yeux.

Par
Eliane Gagnon
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Mon quotidien de nouvelle maman se résume à : allaiter bébé, faire faire le rot à bébé, changer les couches de bébé ! Répéter. Toute la journée. Quand j’ai une petite minute à moi, j’en profite pour prendre une douche, manger, caler un grand verre d’eau et faire deux-trois poses de yoga pour me donner bonne conscience. Au moment précis où je pense pouvoir relaxer, j’entends les pleurs de bébé alors je me mets à chanter. Même si je veux me faire croire que j’ai le contrôle sur chaque instant de ma vie, je sais bien qu’en vérité, ce n’est pas tout à fait ça, ni pour moi ni pour personne. Tout peut se produire sans l’avoir vu venir, sans avoir la moindre idée de l’impact que X, Y ou Z puisse causer ou créer dans notre vie avant que ce soit arrivé. C’est logique, non ? Sauf qu’il arrive souvent que la magie opère sans qu’on s’en rende compte. Et elle est là, la beauté de ce que je vais vous raconter; la vie s’organise toujours pour nous faire croire aux miracles, à notre bonne étoile…

Même si je veux me faire croire que j’ai le contrôle sur chaque instant de ma vie, je sais bien qu’en vérité, ce n’est pas tout à fait ça, ni pour moi ni pour personne.

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Au moment de rédiger ces lignes, j’avoue que je ne suis pas trop inspirée. Je me demande ce que je vais écrire dans mon billet qui souligne chaque année, mon anniversaire de sobriété depuis Récit d’une vie de party. Je cherche l’inspiration quand le téléphone sonne et me sort de mes pensées, de ma rêverie. Numéro inconnu. Je réponds même si j’ai pas vraiment l’temps. Je cours souvent après lui depuis que je ne suis plus le centre de mon univers ! Au bout du fil, j’entends la voix d’une femme qui manque d’assurance, qui me dit : « Soberlab ? » C’est rare qu’on m’appelle, la plupart des gens de la communauté utilisent la plateforme et les réseaux sociaux, simplement. L’inconnue me confie qu’elle n’en peut plus de se détruire avec l’alcool, qu’elle se sent prête à poser des actions pour changer sa vie. Des actions pour changer sa vie… Je comprends le feeling. On jase seulement quelques minutes, mais en raccrochant elle me remercie d’exister, pas moi mais Soberlab.

Elle ajoute doucement : « Pis toi, t’es comme une petite fée de la sobriété. Merci. » Je raccroche, je berce bébé pis j’éclate en sanglots. Fouille-moi si c’est les hormones ou quoi, mais j’ai été touchée par cette femme, par sa détresse et son humanité. Et grâce à la puissance de ses mots, elle m’a fait décrocher un maudit beau rôle sans audition : une fée de la sobriété ! Yé ! J’aime tellement l’image : une minimoi, baguette magique en main, un joli kit sur mesure qui brille et surtout… un sourire bienveillant sur mon visage.

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Moi, c’est le 27 février 2016 que la magie a opéré; j’ai rencontré une fée qui m’a écoutée et elle m’a fait comprendre que j’étais pas seule au monde, que si je réussissais à admettre (enfin !) que le plus grand obstacle à mon bonheur, à mon bien-être et à mon amour-propre c’était l’alcool, ça me permettrait d’avancer, d’évoluer et de grandir spirituellement. Fait que c’est ça, je trouve ça important de parler de ces fées-là qui croisent notre route au bon moment. Il y en a beaucoup plus qu’on pense, elles sont là, toujours prêtes à aider une personne qui souffre, qui a besoin de réconfort. Elles se partagent, se dévoilent et osent parler de leurs démons parce qu’elles savent qu’ainsi, nous pourrons réellement ressentir leur amour inconditionnel, leur bienveillance. Et ça, ça peut changer le cours d’une vie.

Oups ! En parlant de changement, j’ai des petites fesses à nettoyer.

Yé ! La chance me sourit, c’était un tout petit pipi !

Sans blague, ça tire du jus un nouveau bébé, mais c’est tellement grandiose et miraculeux à la fois, que ça nous fait oublier que devenir maman, c’est l’expérience la plus confrontante qu’on puisse vivre. Je m’égare là, je vais garder ça pour un autre billet !

Dans les trois dernières années, j’ai compris que l’idée ce n’est pas de se battre contre l’alcoolisme ou la dépendance; on perd tous le combat d’avance parce qu’elle est vraiment sournoise cette bête-là. L’idée, c’est d’apprendre à s’aimer, d’arrêter de fuir, pour de vrai.

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En réalité, ce que j’ai envie d’exprimer c’est que si tu souffres à cause de l’alcool, d’une autre substance ou d’un comportements destructeur, c’est possible que tu ne voies pas les fées qui essaient de t’aider. Ça se peut que tes perceptions soient embrouillées dans les vapeurs de lendemains de veille. Aucun jugement. Mais si tu remarques que ta vie empire chaque fois que tu consommes, je te souhaite sincèrement de t’arrêter à temps. Je te souhaite juste d’essayer d’ouvrir ton cœur ou de prier pour trouver une personne de confiance avec qui cheminer dans une nouvelle vie. Peut-être que c’est d’une thérapie dont tu as besoin, mais que ton ego te raconte sans cesse qu’il y a du monde ben pire que toi, que tu peux t’en sortir tout seul ? Sache qu’il y aura toujours des gens pires (et moins pires !) que nous. Mais la souffrance, la tienne ou la mienne, elle ne se mesure pas ni se compare. Tu es peut-être plutôt du genre sevrage « cold turkey » ou bien ce sont les groupes de soutien qui vont t’aider à t’en sortir. J’peux pas vraiment savoir, mais une chose est sûre, il y a des solutions et beaucoup de ressources. Il s’agit juste de s’arrêter pour aller voir ce qui se passe en dedans, arrêter de croire que tu as le contrôle et surtout de trouver TA fée… celle qui est prête à te tendre la main, à t’écouter sans juger. Il existe du bon monde sur Terre, mais encore faut-il ouvrir son esprit et avoir le courage de mettre de nouvelles lunettes. C’est pas facile, je l’sais. Mais tu n’es pas seul. Promis.

Dans les trois dernières années, j’ai compris que l’idée ce n’est pas de se battre contre l’alcoolisme ou la dépendance; on perd tous le combat d’avance parce qu’elle est vraiment sournoise cette bête-là. L’idée, c’est d’apprendre à s’aimer, d’arrêter de fuir, pour de vrai. L’idée, c’est d’être fier de son parcours, de qui on est et de ne plus avoir peur d’être jugés ou stigmatisés. À l’heure où tu lis ces lignes, ça fait 1070 jours que j’ai pas consommé.

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C’est mon anniversaire de sobriété et mis à part que je célèbre ce mois-ci, le fait qu’en trois ans j’ai arrêté de boire pis de me geler, je fête aussi la sortie de mon premier bouquin Carnets de fuite, le voyage de mes alter ego Lili-Love et Lili-Destroy, le récit de ma quête de liberté et de bonheur à travers un itinéraire rempli de détours, un chemin qui, je le souhaite profondément, donnera un brin d’espoir à tous ceux qui en ont besoin, à tous ceux qui tentent de se rétablir d’un trouble de dépendances, d’un trouble de destruction, au fond. C’est un sujet encore trop tabou.

On fait quoi dans ce temps-là ? On brise le silence. Même si l’idée c’est plus de se battre, quand je regarde la bette de mon fils, je me dis qu’il est ma meilleure raison au monde de continuer de le faire.

L’inconnue au bout du fil n’a pas la moindre idée de l’impact qu’elle a eu, elle ne se doute pas qu’elle aussi, le temps d’un instant magique, elle a été la fée de quelqu’un. Elle ne sait pas qu’elle m’a fait un cadeau immense, celui du souvenir. Cette femme à la voix tremblante m’a rappelé pourquoi je fais tout ça, pourquoi je dois continuer dans cette voie, un jour à la fois. Je suis bien consciente que je ne peux pas changer le monde, mais avec ma baguette magique imaginaire, avec mes mots, je peux te jeter un beau sort : celui d’apprendre à t’aimer, d’arrêter de fuir, pour de vrai. Je te jure que ça peut donner des ailes. En tout cas, moi ça m’en donne une maudite belle paire.

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Eliane vous invite à visiter le soberlab.ca pour vous inspirer la sobriété ainsi qu’à joindre son équipe #soberisbadass pour la durée du défi 28 jours sans alcool de la Fondation Jean Lapointe dont elle est une fière ambassadrice. L’argent amassé servira à la prévention de la toxicomanie auprès des jeunes dans les écoles secondaires de la province.