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cet été j’ai soutenu les regards comme le font les chauffeurs de taxi dans le rétroviseur
eux qui font parler toute une vie en chiffonnant que la lisière des yeux
cet été j’ai parcouru les quatre coins d’une ville de migrants
ce drapeau blanc figé sur mon visage
j’ai enjambé des corps mats et fuyants comme les craques du trottoir qu’on évite en marchant
cet été j’ai choisi mes tomates au marché sans les palper ni les humer
mes doigts n’ont pas tenu la porte aux étrangers ni effleuré une nuque humide au bar
chaque matin je me suis réveillé les poings fermés
la peau fissurée des fruits trop mûrs
cet été je n’ai pas mis de crème solaire
une négligence pour survivre à la distance
j’ai buriné des soleils de plomb entre mes minces couches de plexiglas
figé à même le corps d’infimes traces de vie
sur mes épaules rousses s’écaillent des étreintes artificielles
cet été je n’ai pas écrit
seulement quelques mots au crayon-feutre sur le dos d’un galet
à quoi bon lancer une bouteille à la mer
quand il n’y a plus personne sur l’autre rivage
et l’automne arrive avec ses paris fous
alors il faut verser du sable sur l’incendie qui consume la terre
ou allumer le dernier feu de bengale
la violence insoutenable des choix à faire
sauver la mère ou l’enfant
cet été
je n’ai pas écrit
pour ne pas perdre espoir en demain
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Simon Painchaud est un homme de parole. Il écrit pour faire entendre celle des autres, et pour comprendre la sienne. Entrepreneur dans le très vaste champ du «contenu», il écrit aussi de la poésie. Son premier recueil Nul si découvert est disponible en librairie.