Mireille Gravel

Tout le monde peut faire un logo

(mais ce n’est pas parce qu’on peut qu’on doit)

En théorie, un ordinateur ou même un simple crayon sont des outils suffisants pour créer un logo d’entreprise. En pratique, c’est tout le reste qui compte vraiment : la formation, la créativité, la rigueur, l’expérience.

Sous prétexte qu’ils ne sauvent pas des vies, les designers graphiques se font souvent voler des mandats par des amateurs. Chers entrepreneurs, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous faire votre logo moins cher… mais à quel prix?

Si des arguments comme «mon petit neveu, il est bon en dessin» ou «ma chum du primaire a étudié en décoration, elle va te faire ça» vous semblent des garanties de qualité suffisantes, arrêtez votre lecture ici.

Aucune loi ne vous oblige à confier votre logo à un spécialiste, sauf celle du bon sens.

Le design – de logos, de trottinettes ou de jouets érotiques – requiert une solide formation, un bon sens de la communication, une sensibilité particulière, et un bon œil. Photoshop ne fait pas plus le designer que le marteau ne fait le charpentier. Ou la pince le dentiste. Bref, aucune loi ne vous oblige à confier votre logo à un spécialiste, sauf celle du bon sens. Si votre marque compte vraiment, ne la confiez pas à n’importe qui sous prétexte que n’importe qui possède les outils pour exécuter le mandat. Voilà pour les évidences.

Sauf que certains pensent autrement.

Il y a d’abord ces sites – qui seraient trop heureux que je les nomme ici – qui vous proposent un logo «professionnel» en échange de 5, 10 ou 30 beaux dollars. Oui, votre logo aura été créé par un pro… mais pas pour vous! Vous achetez un design préfabriqué qui ressemble à mille autres et qui sera impossible à enregistrer comme marque de commerce, puisqu’il n’est pas unique.

Il y a ensuite le mythe de la «démocratie visuelle». Je m’explique. Demander l’avis de 10 000 personnes avant de prendre une décision, c’est une belle preuve de respect. Mais quand il s’agit de créer une image de marque, c’est une aberration, puisqu’un logo n’est ni un programme ni un compromis : c’est un concept. Vous le trouvez convaincant, le nouveau logo démocratiquement élu de Québec Solidaire? C’est ça.

Parlant de solidarité, vous comprendrez que le code d’éthique des designers graphiques les empêche de s’adonner au travail spéculatif, c’est-à-dire aux concours dans lesquels plusieurs créateurs travaillent, mais un seul est payé. En plus, ces concours, surtout ceux qui s’adressent à tout le monde, débouchent rarement sur des propositions solides. Un merveilleux exemple nous est fourni par la municipalité de Sainte-Christine d’Auvergne, qui a organisé un concours de logo en 2017 dont le résultat parle de lui-même:

Nous avons tous vu une compagnie de plomberie, un salon de coiffure ou un peintre en bâtiment dont le logo était l’équivalent d’un coup de poing dans l’œil.

Il y a aussi le phénomène «c’est moi qui paye, c’est moi qui dessine» selon lequel un entrepreneur décrète qu’il a bien le droit de concevoir son logo lui-même. Il connaît tellement bien sa marque qu’il est le plus qualifié pour la faire rayonner! Conséquemment, nous avons tous vu une compagnie de plomberie, un salon de coiffure ou un peintre en bâtiment dont le logo était l’équivalent d’un coup de poing dans l’œil. Ne tuez pas la beauté du monde, SVP.

C’est aussi ce qui est arrivé quand Melania Trump a décidé de dessiner le logo de sa fondation Be Best. Pourquoi payer un pro quand on est capable de tenir un feutre, hein?

Et puis, bien sûr, il y a la fâcheuse tendance qui pousse à produire des logos sans la moindre créativité.

Finissons sur un rappel amical : le design n’est ni une sale manie ni un passe-temps. C’est un métier.

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