Logo
Tout ce que je sais sur Claudie et Mathieu

Tout ce que je sais sur Claudie et Mathieu, je le sais contre mon gré

C'est assez.

21 juillet 2026
Publicité

Il existe des événements dont tout le monde se souvient. Le 11 septembre 2001. La mort de Lady Di. Celles de Robin Williams ou de Michael Jackson. La victoire de Barack Obama en 2008. Celle de Pauline Marois en 2012. Le déraillement de train à Mégantic.

À cette liste d’événements qui ont ébranlé les colonnes du temple, on peut désormais ajouter la séparation de Claudie Mercier et Mathieu Pellerin, deux ex-candidats d’Occupation double (OD) recyclés en influenceurs.

Je sais. Ça n’a absolument aucun sens de mettre tous ces événements dans la même phrase. On se calme, c’est de la satire. Mais si vous avez passé plus de cinq minutes sur Internet au cours des derniers jours, vous comprenez peut-être où je veux en venir.

Bref, le jour fatidique où ma vie va défiler devant mes yeux, il y a de fortes chances que je me rappelle avec une précision troublante où j’étais quand les publications annonçant la fin de l’idylle entre Mathieu et Claudie ont envahi mon fil d’actualité.

Publicité

Je n’ai jamais demandé à posséder ces informations. Et pourtant, impossible d’y échapper. C’était une éclipse médiatique – ou plutôt une éclipse numérique. Durant tout le week-end, leurs visages ont tapissé mes réseaux sociaux. Elle, en mode ugly cry face, la face rougie par les larmes. Lui, avec le sourire triomphant d’un homme qui vient tout juste d’obtenir sa libération de Shawshank. Dobby is a free elf, semblait-il dire, les yeux pétillants.

Deux visages. Deux émotions. Deux versions d’une même histoire. Une fin écrite d’avance, un récit vieux comme le monde, une morale à réciter en chorale : dès le premier regard, il est déjà trop tard.

Une rupture amoureuse quoi.

Rien pour écrire à sa mère. Et pourtant, je me suis ramassée comme des centaines d’internautes à faire l’autopsie d’un chagrin d’amour entre deux parfaits inconnus comme s’il s’agissait d’une scène de crime.

Une internaute ravagée
Une internaute ravagée
Publicité

J’ai plongé tête première dans le drama alors que je n’ai jamais écouté Occupation double de ma vie. Je ne suis aucun candidat sur les réseaux sociaux (à l’exception de Nao, mon ancienne collègue chez URBANIA que j’ai connue quelques semaines avant qu’elle s’envole pour Chypre). Et tel Ulysse dans un film de Christopher Nolan, je résiste malgré vents et marées au chant des sirènes des Ficelles, un balado qui propose une analyse sociologique de la téléréalité depuis quelques années.

Pourtant, samedi, en moins de 10 minutes, je connaissais absolument tous les détails de la rupture très publique de Claudie et Mathieu, ces deux candidats qui se sont fait connaître durant la 13e saison d’OD, celle qui s’est déroulée en Afrique du Sud, tout juste avant la pandémie.

Moi qui ne savais même pas à quoi ressemblait Mathieu Pellerin. L’information est arrivée comme un bulldozer dans mes affaires, et là, c’est rendu un trop plein que j’ai décidé de déverser sur vous, question que la roue tourne. Si je sombre, vous sombrez avec moi, c’est comme ça.

Publicité
@spottedmtl

Une séparation, ça ne se vit pas de la même façon pour tout le monde. 💛 Certains pleurent devant la caméra. D’autres préfèrent sourire, partir en voyage ou s’occuper l’esprit. Aucune réaction ne prouve qui a aimé le plus ou qui souffre le plus. Avant de juger ou d’envoyer des messages de haine, rappelons-nous qu’on ne connaît qu’une petite partie de leur histoire. Soyons humains. 🤍 Bonne chance @Claudie Mercier et @mathieupellerin._

♬ son original – spottedMTL

J’ai été briefée par un public investi dans leur histoire comme s’il fallait absolument trouver un responsable à la rupture, ou encore choisir un camp pour décider qui allait avoir la garde du chien. Le décalage de réaction entre les deux protagonistes étant supposément suspect, j’ai vu des femmes réagir comme si Claudie était leur sœur, des hommes comme si Mathieu était leur chum de gars.

Publicité

Il faut dire que le contraste entre les deux était étonnant, mais aussi terriblement prévisible comme une énième manifestation du sempiternel combat entre le bien et le mal. Claudie en train de s’autoflageller en parlant de ses défauts et évoquant un sentiment de désespoir, Mathieu en train de virer su’l top dans un live de 12 heures qui l’aura mené au Festival d’été de Québec pour trouver des filles « avec des gros totons » (je le cite).

D’un bord, le trou de cul. En face, la crisse de folle. Les gars d’un côté, les filles de l’autre.

Publicité

Le couple Mathieu-Claudie est devenu le théâtre de toutes les projections, l’épicentre de la guerre des sexes. La femme qui souffre, à fleur de peau versus le sans-coeur qui veut faire le party et qui multiplie les déclarations pas-de-classe. À ce sujet, je ne peux m’empêcher de relever des incohérences flagrantes dans les discours féministes (déso). Si les rôles étaient inversés et que c’est Claudie qui s’était tannée de jouer à la psy avec Mathieu, est-ce que le public l’aurait accusée d’être une sans-coeur?

Publicité

Peut-être qu’il y a des propos blessants et de mauvais goût qui ont été formulés au cours des dernières heures, mais il convient de rappeler qu’une rupture acrimonieuse au sein d’un vieux couple peut aussi s’expliquer par des choses aussi banales que l’usure et la fatigue.

Seuls ensemble

Claudie et Mathieu n’ont pas eu besoin de gagner OD pour devenir un couple chouchou dont la présence est devenue incontournable sur les Internets. Pendant près de sept ans, ils ont fait de leur relation un feuilleton quotidien. TikTok, Twitch, Instagram, podcasts, entrevues : les deux tourtereaux ont partagé des pans entiers de leur vie, et raconté leur quotidien, leurs projets, leurs moments de faiblesse.

Publicité

Claudie a parlé ouvertement de son trouble d’anxiété généralisé et de ses troubles obsessionnels compulsifs. Mathieu, de son côté, s’est construit une présence en ligne de petit comique où sa vie personnelle occupait une place importante. À force de les voir apparaître dans leurs fils d’actualité, des internautes ont fini par développer l’illusion qu’on est tous un peu buddy dans l’fond alors qu’il n’en est rien.

C’est clair, ok???
C’est clair, ok???

C’est ce qu’on appelle des relations parasociales : des relations à sens unique dans lesquelles un public développe un sentiment de proximité avec une personnalité qui, elle, ignore l’existence de la majorité de ses fans.

Publicité

Cette illusion de proximité donne l’impression d’avoir accès à toute l’histoire alors qu’on n’en voit qu’une infime partie. Des vidéos, des stories, des clips viraux de balado, des streams sur des plateformes de visionnement en continu. Ça représente des centaines d’heures de contenu qui donnent une impression de transparence. Or, on oublie que ces contenus sont soigneusement pensés et mis en scène pour donner un bon show.

Je suis désolée, mais connaître quelqu’un à travers son contenu, ce n’est pas connaître quelqu’un à travers son couple.

On ne connaît pas les dessous de la relation de Claudie et de Mathieu; on connaît uniquement le récit qu’ils ont choisi de nous raconter.

Tout le monde perd

Ce qui ne me revient pas dans toute cette histoire c’est à quel point tout le monde paraît mal. Le couple, évidemment, qui a décidé de vivre sa rupture bruyamment, for everyone to see, sous le signe du cringe. Le public, qui s’est investi dans une histoire qui ne lui appartient pas du tout et qui se ramasse à faire le deuil d’une relation dont il n’a jamais été témoin autrement qu’à travers un écran. Les autres créateurs de contenu, dont yours truly, qui font semblant de se placer au-dessus de la mêlée alors qu’ils participent eux aussi à alimenter le spectacle pour du clout.

Publicité

C’est aussi probablement la démonstration la plus éloquente qu’il existe désormais deux star-systèmes au Québec. Celui des médias traditionnels où l’on suit des power couple comme celui composé de Véronique Cloutier et Louis Morissette. Et celui des réseaux sociaux où des influenceurs peuvent susciter un niveau d’engagement tout aussi grand, sinon plus, à cause de ce satané sentiment de proximité.

En voulez-vous de la culture québécoise fédératrice? En v’la.

Publicité

Ce qui me dérange ce n’est pas que des influenceurs choisissent de partager leur vie ni même que des gens s’y intéressent. C’est plutôt le fait qu’à force de transformer l’intimité en *contenu*, on finit par déshumaniser les gens. On agit comme si toutes les ruptures de personnes connues étaient des événements d’intérêt public pour lesquels il faut choisir un camp et rendre un verdict, le tout alimenté par un algorithme qui a compris comment capitaliser sur notre curiosité insatiable. Le nombre de vues explosent au même titre que le nombre d’abonnés pendant que nous restons scotchés à notre téléphone en faisant « refresh » pour lire les nouveaux commentaires, découvrir le plus récent take.

C’est malsain pour toutes les parties impliquées. Parce qu’une société qui s’habitue à consommer la vie privée des autres finit par perdre le réflexe de la respecter. Je parle en connaissance de cause. On a tellement normalisé l’accès à la vie privée des autres qu’on ne remarque même plus qu’on franchit une frontière. On appelle ça de l’intérêt, de la curiosité, du divertissement pour faire chic. Mais le plus souvent c’est vraiment juste du voyeurisme avec un vernis de respectabilité.

Publicité

J’ai l’impression qu’avec le temps, la téléréalité a brouillé nos repères. C’est comme si Claudie et Mathieu n’avaient jamais quitté la maison des célibataires à OD, qu’ils sont sous observation permanente, que nous le sommes tous en fait. Dans Occupation double, on nous invite littéralement à observer des inconnus tout ce qu’il ont de plus ordinaire, vivre des émotions, former des alliances, tomber amoureux, se séparer. Nous sommes juges et parties. Nous exigeons des comptes.

La téléréalité nous a habitués à regarder des inconnus vivre leur vie comme un spectacle. Et les réseaux sociaux ont poussé le concept plus loin : maintenant, chacun peut devenir le personnage principal de sa propre émission, et chacun peut devenir le spectateur de celle des autres.

Je m’ennuie du gazon.

Commentaires
Vous voulez commenter?
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
ou
Aucun commentaire pour le moment.
Soyez le premier à commenter!

À consulter aussi

Publicité
Publicité